Ce titre correspond à mon idée centrale qui est que dans la post modernité , l’Imaginaire a pris le dessus, d’autant plus facilement que cet imaginaire produit une prime de jouissance! Il enrichit!
Nos représentations se sont libérées, elles ont pris leur envol, elles sont détachées des réalités qu’elles sont censées représenter!
Tout et faux, tout est mensonger y compris les comptabilités du système.
Le mensonge total du système sur lui même « prend » comme on dit qu’une mayonnaise « prend »; il prend parce qu’il offre des repas gratuits , rien n’est payé, les contreparties négatives, les coûts sont rejettés hors du système. nuls et non avenus. En fait ils sont externalisés, ils ne disparaisent pas, ils sont reportés.
« Tout le monde ment sur tout » : Jeff Gundlach et le triomphe de l’imaginaire dans la finance postmoderne. Dans une discussion récente avec Felix Zulauf (15 juin 2026), Jeff Gundlach a lâché cette phrase qui sonne bien à mes oreilles, elles sonnent comme un diagnostic clinique, Gundlach a inspiré ce texte.
« I’m getting that feeling that I had in 2005, 2006, where I feel like everybody’s lying about everything.» dit-il.
Il parlait du Private Equity, du Credit Privé , de la Réassurance offshore et d’autres constructions financières opaques.
Ce n’est pas une simple remarque de trader cynique.
Gundlach est comme je dis « un bon » comme je dis s’agissant de Dalio ou Hussman ou Grantham.
Gundlach pointe le symptôme d’une époque: dans la postmodernité, l’imaginaire a définitivement supplanté le réel.
Les chiffres, les valorisations, les bilans ne décrivent plus le monde — ils le fabriquent, le simulent et le masquent. Ils construisent un imaginaire dont il est de plus en plus difficile de sortir car la pression de conformité est colossale.
De 2005-2006 à 2026 : le mensonge systémique s’est perfectionné.
En 2005-2006, le mensonge portait sur les subprimes, les CDO notés AAA par complaisance, et une chaîne entière qui transformait du risque toxique en « rendement sûr ». La fameuse alchime que j’ai maintes fois décrite comme transformant le plomb en or et l’eau des égouts en eau claire.
La crise de 2008 a explosé la fiction .Aujourd’hui, Gundlach retrouve exactement le même goût.
Mais l’échelle est supérieure :
-Les valorisations mark-to-model (niveau 3) du Private Equity et Private Credit reposent sur des hypothèses internes optimistes, rarement vérifiées par le marché.
-Les rendements promis, les multiples de sortie, les projections de croissance : tout peut être ajusté pour que les performances restent « belles » sur papier.
-La réassurance offshore et les structures croisées entre PE, crédit privé et assureurs ajoutent des couches d’opacité supplémentaires.
Comme en 2006, tout le monde a intérêt à ce que la musique continue : gestionnaires (frais et commissions ), investisseurs institutionnels (besoin de rendement dans un monde de taux bas ou négatifs pendant des années), régulateurs (peur de faire éclater la bulle).
Le mensonge n’est plus seulement individuel, il est structurel et performatif.
Le mensonge enveloppe tout: c’est un syndrome envahissant , il s’inscruste.
La postmodernité c’est cela pour moi; quand l’imaginaire devient la seule réalité. Quand le monde des signes, des mots, des chiffres, des ombres peu a peu remplace les corps, le réel..
Nous ne sommes plus dans une économie « réelle » où les comptes reflètent des faits. Nous sommes dans une ère postmoderne celle de Baudrillard avec les simulacres, les signes (chiffres, narratifs, valorisations) qui se sont détachés de tout référent et créent leur propre hyper-réalité.
Les comptabilités sont devenues hedoniques, des œuvres de fiction. Les normes IFRS et GAAP autorisent une telle latitude d’interprétation (fair value, modèles internes, estimations) que le résultat net devient une construction narrative.
Les valorisations boursières ne reflètent plus des flux de trésorerie futurs probables, mais un récit collectif : « l’IA va tout changer », « cette fois c’est différent », « soft landing garanti ». On capitalise les croyances.
Les statistiques macro elles-mêmes sont lissées, retraitées, ajustées jusqu’à devenir méconnaissables.
Même les « fondamentaux » sont performatifs: une entreprise qui annonce un bon chiffre grâce à un ajustement comptable voit son cours monter… ce qui valide rétroactivement le mensonge.
Tout est devenu image, storytelling et consensus. Le réel n’a plus besoin d’exister tant que l’imaginaire collectif y croit.
Les signes visibles de cette déconnexion:
Concentration extrême sur quelques titres (les « Magnificent Whatever ») tandis que le reste du marché montre des faiblesses. Le mot « Magnificent » dit tout, les croyances magnifient!
Explosion des actifs illiquides dont personne ne connaît vraiment la vraie valeur en cas de stress. Ce qui permet le maintien des fausses valeurs.
Narratif dominant (« soft landing », « IA transformative ») qui ignore les divergences croissantes entre surface et profondeur du marché.
Une génération d’investisseurs élevée dans l’idée que les banques centrales peuvent tout résoudre, que leurs patrons sont des magiciens et que la réalité est négociable.
Dans ce monde, la vérité devient presque subversive. Celui qui la dit encoure le bannissement.
Dire que « tout le monde ment sur tout » n’est pas une exagération paranoïaque, c’est une description lucide du régime postmoderne.
Jeff Gundlach ne prédit pas forcément un krach immédiat (les tops sont des processus, pas des événements). Mais il sent le même malaise qu’avant 2008 face à un système où la fiction comptable et narrative a remplacé la substance.
Tant que l’imaginaire collectif tient, le château de cartes reste debout. Mais comme toujours en finance, le réel finit par reprendre ses droits, souvent violemment. La peur, un jour se charge de décaper les couches de mensonges et d’illusions. Un jour « ILS », ils, c’est à dire les mensonges, ne paient plus.
Quand la marée descendra, on verra qui nageait nu — et combien de bilans étaient purement imaginés/imaginaires. C’est le mythe de la fameuse continuité qui un jour volera en éclats. ..
Nous vivons l’apogée de l’ère où l’image et le récit ont vaincu le fait. Gundlach vient simplement de le formuler avec la clarté brutale d’un homme qui a vu plusieurs cycles mourir de leurs propres mensonges.
Le Pacte Méphistophélique de Faust : vendre l’âme pour l’illusion
Cette situation évoque irrésistiblement le Pacte Méphistophélique dans Faust de Goethe.
Faust vend son âme à Méphistophélès en échange de connaissances, de plaisirs et de pouvoirs illimités dans l’instant. Dans la finance postmoderne, les acteurs (gestionnaires, entreprises, États, investisseurs) ont passé un pacte similaire : ils troquent la réalité durable (flux de trésorerie réels, valeur intrinsèque, solvabilité à long terme) contre une illusion de richesse immédiate mesurée en valorisations gonflées, rendements promis sur papier et narratifs collectifs.
Le diable financier ne demande pas l’âme en une fois, mais par petites tranches , via des ajustements comptables, des multiples de sortie optimistes et des modèles internes fantaisistes .
Le prix à payer ? Un réveil brutal quand l’imaginaire s’effondre.
La disjonction des ombres et des corps. Comme Je le répète à satiété, nous assistons à une disjonction totale entre les ombres et les corps. Les ombres — les signes, les images, les valorisations boursières, les bilans comptables — se sont détachées des corps (l’économie réelle, les actifs tangibles, les flux concrets).
Les cours de bourse flottent comme des ombres hyperréelles, indépendantes des réalités productives.
Un titre monte non pas parce que l’entreprise crée de la valeur durable, mais parce que le récit collectif (« l’IA va tout changer ») l’emporte.
Cette disjonction, déjà relevée chez Keynes avec son « concours de beauté » (où l’on anticipe ce que les autres anticipent), est devenue la norme en postmodernité.
La fausse monnaie et l’homologie avec les mots. Tout cela repose sur une fausse monnaie émise sans limite, généralisée. Non pas seulement la monnaie fiduciaire, mais l’ensemble des signes financiers : actions surévaluées, dettes restructurées, rendements « mark-to-model », statistiques macro lissées.
La fausse monnaie circule tant que personne ne la refuse; ces actifs fictifs maintiennent l’illusion tant que la confiance collective perdure.
Il existe une homologie profonde avec les mots : le langage, comme la finance, est un système de signes. Et il y a des faux monnayeurs dans les deux domaines.
En postmodernité (Baudrillard), les mots et les chiffres se sont émancipés de tout référent stable. Les comptabilités deviennent des œuvres de fiction performative : on ajuste les modèles, on réecrit les théories, on choisit les hypothèses, on raconte une histoire — et le marché la valide… jusqu’au moment où la réalité (le « corps », les besoins, ) reprend ses droits.
Les mots ne disent plus le monde, ils le créent.
Les bilans ne reflètent plus la valeur, ils la fabriquent.