Document. Sergueï Lavrov lors de la table ronde des ambassadeurs intitulée « Crise ukrainienne : les véritables objectifs et le rôle de l’Occident », Moscou, 23 juin 2026

Mesdames et Messieurs,

Excellences,

Veuillez nous excuser pour ce problème technique. Il sera bientôt résolu, mais je suis certain que vous aurez tout de même l’occasion de vous exprimer, de poser des questions et de faire part de vos commentaires.

Avant d’aborder le point inscrit à notre ordre du jour aujourd’hui, je tiens à exprimer notre soutien à l’ambassadeur du Bélarus auprès de la Fédération de Russie, Iouri Seliverstov, et au peuple bélarusse suite à l’attaque terroriste perpétrée par les forces armées ukrainiennes dans la région de Briansk et aux menaces proférées par la junte de Kiev contre Minsk. Je fais référence à la déclaration scandaleuse de Vladimir Zelensky, qui a exigé le rétablissement de l’ordre sur le territoire d’un État souverain, faute de quoi il s’en chargerait lui-même.

Dans ce contexte, et considérant que nous mettrons l’accent sur les enjeux européens, je souhaite citer Anitta Hipper (Allemagne), porte-parole de la Commission européenne. Le 22 juin 2026, des journalistes lui ont demandé si l’UE soutenait la récente demande de Vladimir Zelensky exigeant le démantèlement par le Bélarus des stations de relais situées sur son territoire. Mme Hipper a immédiatement accusé Minsk de soutenir l’« agression » russe en Ukraine et de se livrer à des provocations présumées contre l’UE et ses États membres, notamment des violations de l’espace aérien et l’instrumentalisation des migrants comme moyen de pression.

Elle a mélangé tous les arguments possibles, concluant que c’est pourquoi l’UE a adopté des sanctions contre le « régime de Loukachenko », selon ses termes, et qu’elle continuera d’agir et de prendre des mesures à son encontre jusqu’à ce que les autorités biélorusses changent de comportement. Elle a affirmé que l’Ukraine avait tout à fait le droit de se défendre. Cette Allemande a ouvertement soutenu les menaces de Zelensky envers un État souverain, promettant d’utiliser la force si le dictateur ukrainien le demandait.

Je crois que cette tentative cynique doit être condamnée. Elle vise manifestement à impliquer le Bélarus dans le conflit et à étendre la zone des hostilités, entravant ainsi un éventuel règlement du conflit par des moyens politiques et diplomatiques.

À cet égard, je tiens à rappeler à ceux qui, à Kiev, se livrent à de telles actions de propagande et profèrent de telles menaces, ainsi qu’à ceux, en Occident, qui font de même et soutiennent également le régime nazi, que le Traité entre la Russie et le Bélarus sur les garanties de sécurité au sein de l’État de l’Union est entré en vigueur en mars 2025. Si nécessaire, nous sommes prêts à prendre toute la gamme des mesures prévues par ce traité pour assurer la sécurité de notre allié et, bien sûr, celle de l’État de l’Union.

Avec votre permission, je voudrais maintenant donner la parole à l’ambassadeur du Bélarus en Russie, Yury Seliverstov.

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Collègues,

Je souhaite à nouveau la bienvenue à tous les participants.

Merci de votre intérêt pour la situation en Ukraine. Ces événements, tels des ondes à la surface de l’eau, se propagent rapidement. Ils ont déjà touché l’Europe et au-delà, et leurs répercussions se font désormais sentir sur d’autres continents. J’en reparlerai plus tard dans la journée.

Le sujet, comme nous l’avons convenu, est le rôle de l’Occident dans l’exacerbation de la crise ukrainienne et sa contribution destructrice, pour ainsi dire, aux événements actuels.

Lors de nos précédentes tables rondes, nous avons déjà évoqué la manière dont, après l’effondrement de l’URSS, l’Occident a sapé le principe de sécurité indivisible – un principe pourtant clairement réaffirmé lors de plusieurs sommets de l’OSCE. Dans les faits, comme nous l’avons constaté, au lieu d’honorer les engagements pris par leurs présidents de ne pas renforcer leur propre sécurité au détriment de celle des autres, l’Occident n’a cessé d’étendre le bloc militaro-politique de l’Atlantique Nord jusqu’aux frontières de la Russie, créant un « arc d’instabilité » et favorisant l’émergence de régimes politiques russophobes à nos portes – le tout dans le but d’endiguer stratégiquement notre pays.

Dans le cadre de ces efforts, une attention particulière a été portée à l’Ukraine. L’Occident n’a ménagé ni argent ni efforts pour soutenir le nationalisme ukrainien, connu depuis la Seconde Guerre mondiale pour sa brutalité particulière. L’Occident a soigneusement cultivé en Ukraine des néonazis, des russophobes et des antisémites déclarés – des individus qui n’ont jamais caché leurs sympathies pour Hitler, l’idéologie nazie et les symboles nazis, et qui se glorifiaient des crimes commis par leurs prédécesseurs pendant la Seconde Guerre mondiale contre les Russes, les Biélorusses, les Juifs, les Polonais et d’autres groupes ethniques.

L’Occident a soutenu le coup d’État de Kiev en décembre 2004, lorsqu’il a imposé, en violation de la Constitution ukrainienne, un troisième tour d’élections (non prévu par celle-ci). Lors de ce troisième tour, tout a été mis en œuvre pour empêcher l’élection du vainqueur du second tour. Et lors de ce troisième tour, l’Occident a placé son candidat.

Il est indéniable que l’Occident a joué un rôle direct dans le second coup d’État de février 2014, lorsque, contrairement à l’accord conclu entre le gouvernement et l’opposition et garanti par l’Allemagne, la France et la Pologne, des néonazis et des russophobes ont pris le pouvoir et ont immédiatement entrepris l’extermination de leurs concitoyens dans le Donbass. L’armée, l’aviation et des criminels de guerre issus de bataillons nationalistes ont été déployés contre les civils, en violation flagrante de toutes les normes du droit international humanitaire.

Depuis 2004, Bruxelles impose aux Ukrainiens un choix cornélien : se ranger du côté de l’Europe ou de celui de la Russie. Par ailleurs, les acteurs occidentaux déploient cyniquement cette logique du « avec nous ou contre nous » dans bien d’autres situations. C’est précisément grâce à cette logique qu’en 2025 en Roumanie, suite à l’annulation des résultats des élections, ils ont organisé une nouvelle élection et installé à la présidence un candidat approuvé par l’Occident.

Concernant les événements récents, je tiens également à mentionner le message de félicitations adressé par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, au Premier ministre arménien Nikola Pashinyan : « L’esprit de la Révolution de velours que vous avez menée en 2018 est bel et bien vivant. Erevan peut compter sur nous. » Autrement dit, ils ne se contentent plus de tenter de changer de gouvernement par des moyens clandestins, mais s’enorgueillissent désormais de mener des révolutions « de couleur », « de velours » et autres.

Pour en revenir à l’Ukraine, depuis 2015, la Russie s’est fermement engagée à mettre en œuvre les mesures de Minsk, signées après de longs mois de négociations visant à mettre fin à la guerre illégale menée par le régime de Kiev contre son propre peuple. Cet accord a été signé à Minsk après 17 heures de pourparlers et garanti, une fois encore, par la chancelière allemande de l’époque, Angela Merkel, et le président français, François Hollande.

Suite à son approbation par le Conseil de sécurité de l’ONU, nous pensions que l’Occident resterait fidèle à ses engagements et veillerait à ce que le régime ukrainien respecte les accords signés et les garanties apportées par les principaux États membres de l’UE. Or, ni l’Occident, ni ces États membres, ni Kiev elle-même n’ont songé à respecter cet important document. Plus tard, les anciens dirigeants français, allemand et ukrainien, signataires de l’accord, l’ont reconnu avec fierté.

En 2021, avec le soutien manifeste de l’Occident, le régime ukrainien comptait régler le problème du Donbass par la force, en s’emparant des territoires qui avaient rejeté l’idéologie nazie imposée par les putschistes arrivés illégalement au pouvoir. Nous avons alors suggéré que l’Occident, l’OTAN et les États-Unis règlent par la voie diplomatique la grave crise de sécurité européenne ainsi provoquée, en adoptant et en signant deux accords visant à garantir un équilibre dans le domaine de la sécurité et à écarter les risques d’un conflit armé direct.

Ce faisant, nous avons proposé l’adoption de garanties réciproques et juridiquement contraignantes pour ces accords. Nos propositions ont été rejetées avec arrogance. On nous a affirmé que la Russie n’avait pas son mot à dire quant à l’admission ou non de l’Ukraine au sein de l’Alliance atlantique.

Aujourd’hui, le Royaume-Uni et les pays de l’Union européenne continuent d’approvisionner le régime de Kiev en armes et en argent, tout en cautionnant ses actions ouvertement terroristes. Ils vont jusqu’à justifier tous les actes criminels commis par ce régime. Ainsi, ils accusent la Russie d’être à l’origine des violations répétées des frontières des pays de l’UE par des drones ukrainiens, notamment des drones de combat transportant des explosifs susceptibles d’avoir des conséquences tragiques.

Dans leur déclaration du 19 juin 2026, les membres du Conseil européen (qui ont récemment tenu leur réunion) notent ouvertement que la Russie est pleinement responsable de toutes les conséquences, sachant que des drones de combat ukrainiens survolent le territoire des pays de l’UE et s’y abattent.

Ce même document souligne que l’Europe devrait jouer un rôle clé dans le futur règlement du conflit russo-ukrainien. On ne peut que spéculer sur le rôle en question, car un débat confus se déroule déjà dans les médias.

À la suite de la réunion du Conseil européen susmentionnée, son président, Antonio Costa, a fait remarquer que le moment n’était pas encore venu d’entamer des pourparlers avec la Russie, mais que l’UE avait besoin d’un canal diplomatique pour communiquer avec Moscou, comme s’il n’y avait pas de représentants de la Commission européenne ni d’ambassadeurs de tous les pays de l’UE à Moscou.  

Selon Politico, un média européen, le chef de cabinet de Costa, Pedro Lurti, a communiqué à deux reprises ces dernières semaines avec des responsables à Moscou. Les dirigeants français et allemand auraient également condamné le responsable portugais pour avoir tenté d’établir des contacts avec Moscou concernant le règlement du conflit ukrainien.

Selon Emmanuel Macron, l’UE ne peut a priori jouer le rôle de médiateur car elle soutient l’Ukraine et a imposé des sanctions à la Russie. Que cette information reste gravée dans la conscience de Paris, qui semble vouloir solliciter des contacts discrets avec Moscou (manifestement à l’insu de Bruxelles et des autres parties, et sans aucune autorisation), alors qu’Antonio Costa s’y voit interdire.        

Cela ne signifie pas que nous soyons particulièrement intéressés par ces contacts. Nous en connaissons la valeur. Je souhaitais simplement vous donner une idée de la manière dont l’Union européenne élabore ses politiques et vous indiquer si ses déclarations incessantes concernant la présence de la Russie à la table des négociations peuvent et doivent être prises au sérieux. Ils prétendent être disposés à dialoguer alors que c’est la Russie qui s’y oppose. Parallèlement, ils veulent avoir carte blanche pour déterminer le calendrier de ces négociations. Tout cela est confus. Je préférerais ne pas aborder ce sujet, d’autant plus que Vladimir Zelensky insiste sur la tenue de négociations en posant des conditions totalement irréalistes et susceptibles d’être perçues comme offensantes et dénigrantes, non seulement pour Moscou, mais aussi pour ses alliés européens. Pas plus tard que l’autre jour, il a déclaré que l’Europe devait réfléchir à un cadre de négociation et proposer plusieurs options, précisant qu’il reviendrait à Kiev de désigner le négociateur de l’UE. Je pense qu’il est inutile de commenter. Un Führer est un Führer. Il était acteur auparavant, et avait ensuite été choisi pour interpréter le rôle du Führer, mais il s’est finalement attaché à ce personnage.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est également exprimée sur ce sujet, déclarant que l’UE devait se préparer à entamer des négociations avec Moscou. Parallèlement, elle s’est prononcée en faveur d’un renforcement des sanctions contre notre pays et s’est félicitée du renouvellement des restrictions existantes pour une année entière, au lieu d’une prolongation de six mois.

Ce ne sont là que quelques exemples pour illustrer la position de l’Union européenne et démontrer si elle est sérieuse ou si elle mérite qu’on s’y attarde. Parallèlement, l’Union européenne persiste à vouloir représenter l’ensemble du monde occidental, y compris les États-Unis, dans le conflit ukrainien, et ce, dans tout ce qu’elle fait, pense, menace ou promet. Pendant ce temps, tous les responsables à Bruxelles et dans les capitales européennes que j’ai déjà mentionnés, ainsi que d’autres dirigeants, s’accordent à dire que l’Europe ne sera pas un intermédiaire impartial et continuera de prendre parti pour l’Ukraine. Certains ont même déclaré que les Européens continueraient à soutenir Kiev même après la crise. Leur objectif est de perpétuer ce régime.

Par conséquent, lorsque l’Europe s’impose littéralement de force dans les négociations sur le règlement du conflit ukrainien en imposant ses positions et en piétinant le moindre signe de bon sens manifesté par l’administration Trump après son retour à la Maison Blanche, nous ne nous faisons aucune illusion sur les véritables intentions des Européens.

J’ai mentionné précédemment qu’ils avaient saboté les résultats des pourparlers de 2014 et 2015. La réunion du Format Normandie, convoquée à Paris par le président français Emmanuel Macron en décembre 2019, s’inscrit dans ce contexte. Le président Vladimir Poutine, Zelensky, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron ont participé à cette réunion. Ils ont adopté un document renforçant l’application des accords de Minsk. L’enjeu principal était l’instauration d’un cessez-le-feu sur toute la ligne de contact et la conclusion d’un accord sur le statut spécial du Donbass, c’est-à-dire les zones que le régime de Kiev avait déclarées occupées par des terroristes et contre lesquelles il avait mené une guerre malgré les accords de Minsk.

Dans l’ensemble, les accords de Minsk ont ​​maintenu l’intégralité du Donbass au sein de l’Ukraine tout en accordant à ses habitants un statut spécial, se traduisant principalement par le droit de parler russe et de conserver leur autonomie administrative. Les signatures apposées par nos collègues occidentaux aux accords de 2014, de Minsk (2015) et de Paris (2019), dont le président Macron s’est tant vanté publiquement, se sont révélées vaines, un échec total.

Après le lancement de l’opération militaire spéciale, l’Europe, représentée par Londres qui aspire à être associée à l’UE et à la diriger, a fait dérailler les résultats obtenus lors des pourparlers russo-ukrainiens d’Istanbul en 2022. Les Européens sont restés passifs lorsque les contacts Moscou-Kiev ont repris à Istanbul et à Abou Dhabi en 2025 et ont été unilatéralement interrompus par le régime de Zelensky au plus fort des discussions sur des mesures supplémentaires susceptibles de rendre ces pourparlers plus productifs.

En général, l’Europe persiste dans son jeu hélas trop familier du « méchant flic et du gentil flic ». Cela ne change rien au fond. En clair, tout ce que nous entendons aujourd’hui de Bruxelles, Londres, Paris, Berlin et des autres capitales européennes revient à exiger la capitulation de Moscou. C’est précisément le sens de la déclaration publiée par le président Macron, le chancelier allemand Friedrich Merz et le Premier ministre britannique Keir Starmer à la suite de leur rencontre avec Zelensky à Londres le 7 juin. Les ambassadeurs de ces trois pays ont sollicité une rencontre au ministère des Affaires étrangères quelques jours plus tard, uniquement pour réaffirmer l’ultimatum de Londres. Aucune proposition alternative n’a été avancée.

La déclaration publiée à l’issue du sommet du G7 à Évian évoque une fois de plus le soutien inconditionnel au régime de Kiev, l’aide au renforcement des capacités militaires de Kiev, l’augmentation des livraisons d’armes occidentales et le durcissement des sanctions contre l’économie ukrainienne. Les termes « paix » ou « règlement » y sont absents. Lors d’une conférence de presse tenue après la réunion, le président Macron s’est longuement exprimé sur le rapprochement global du G7 fondé sur des approches anti-russes. Il s’est également félicité qu’à Évian, l’Europe soit parvenue à convaincre Donald Trump que les accords conclus en Alaska en août 2025 étaient une erreur et à faire revenir Washington sur sa position. Autrement dit, il s’est vanté d’avoir soi-disant détourné le président américain de la voie de la paix et de l’avoir engagé sur celle de la guerre. De même, malgré les déclarations répétées de Donald Trump affirmant que l’Ukraine ne devrait pas être intégrée à l’OTAN, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, continue d’insister sur le fait que les portes de l’Alliance restent ouvertes à Kiev.

Alors que les forces ukrainiennes perdent du terrain chaque jour sur le champ de bataille, l’Europe mise sur les tactiques ouvertement terroristes du régime de Zelensky, notamment des frappes en profondeur sur le territoire russe visant des cibles civiles, comme des bâtiments médicaux, des immeubles d’habitation, des résidences étudiantes et même des enfants, dans l’espoir de semer le mécontentement et la panique parmi notre population et de diviser la société russe. Nous le constatons sans l’ombre d’un doute.

Le véritable objectif de l’Occident derrière ses appels au dialogue est de sauver le régime de Zelensky et de préserver l’Ukraine comme base arrière pour combattre la Russie. C’est pourquoi il réclame un cessez-le-feu immédiat. Son but est de stopper l’avancée russe et, une fois encore – comme lors des accords de Minsk – de gagner du temps pour approvisionner en armes le régime de Kiev et déployer des forces d’occupation, munies d’un mandat anti-russe, sur le territoire sous son contrôle, sous la bannière de la coalition des volontaires.

L’Union européenne est à l’avant-garde.

À en juger par les agissements des États-Unis, ces derniers sont en train d’abandonner leur prétention à un rôle de médiateur objectif et de poursuivre la même politique de renforcement des sanctions contre la Russie.

Outre le renouvellement des sanctions de l’ère Biden, l’administration Trump a également imposé un important train de sanctions à la Russie. Immédiatement après le sommet d’Anchorage, le président Trump a déclaré que l’Ukraine avait besoin d’une paix durable, et non d’une paix éphémère, et que l’Alaska avait jeté les bases d’une telle évolution. Ces paroles sont tombées dans l’oubli.

Hier, le représentant permanent adjoint des États-Unis auprès de l’ONU a exigé un cessez-le-feu immédiat. Rien de plus. Il n’a pas évoqué de règlement à long terme. De plus, lors de discussions sur diverses questions internationales, il a été affirmé que Washington n’était lié par aucun droit international, qu’il s’agisse de traités multilatéraux ou bilatéraux, et que les États-Unis avaient « leur propre morale ».

L’Europe fait preuve d’un mépris tout aussi flagrant du droit international, comme en témoignent la saisie des réserves d’or et de devises de la Russie, l’imposition de sanctions secondaires contre ses partenaires commerciaux et les intimidations exercées sur les pays de la majorité mondiale, notamment les États de la CEI et les autres voisins de la Russie, ainsi que sur des pays du monde entier. Parallèlement, l’UE et Londres ont fièrement annoncé leur intention de fournir à l’Ukraine des armes sophistiquées, déclarant ouvertement se préparer à une guerre contre la Russie et proférant des menaces de frappes contre la région de Kaliningrad et la péninsule de Kola. 

Le ministère norvégien de la Défense a déclaré dans un communiqué que la Norvège, le Royaume-Uni et l’Allemagne étaient parvenus à un accord de coopération pour localiser et détruire les sous-marins dans l’Atlantique Nord. Parallèlement, Londres et Paris envisagent de créer une sorte de Conseil de sécurité européen où ils exerceraient une influence prépondérante. Ce conseil serait conçu pour réunir les russophobes les plus virulents de l’Union européenne et, vous l’aurez deviné, du régime de Kiev.

Le commissaire européen à la Défense et à l’Espace, Andrius Kubilius, a déclaré que, compte tenu de l’impossibilité pour l’Ukraine d’adhérer à l’OTAN dans un avenir proche et du temps nécessaire à son intégration à l’Union européenne, il serait judicieux d’examiner la possibilité pour certains pays de tisser des liens plus étroits au sein d’une alliance de défense. Il faut cependant appeler un chat un chat. Si le département de la Défense des États-Unis était rebaptisé « Département de la Guerre », cette future Union européenne de défense devrait être appelée « Union de la Guerre », une formulation plus honnête.

Quoi qu’il en soit, l’Europe réapparaît comme la principale menace pour la paix et la sécurité internationales. À l’instar de l’Allemagne nazie avant la Seconde Guerre mondiale, Bruxelles, de concert avec Paris, Berlin et Londres, cherche à rallier tout le continent à la cause du néonazisme et de la russophobie. Cette fois-ci, ils tentent de confier cet étendard à Vladimir Zelensky en le propulsant à la tête de la guerre contre la Russie.

Il est révélateur que les pays de l’Union européenne et de l’OTAN votent depuis 2022 contre les résolutions annuelles de l’Assemblée générale des Nations Unies visant à lutter contre la glorification du nazisme, du néonazisme et autres pratiques engendrant les formes actuelles de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et d’intolérance.

Auparavant, ils avaient la modestie de s’abstenir, mais aujourd’hui, comme vous pouvez le constater, la Pologne a été la seule à exprimer son indignation lorsque Vladimir Zelensky s’est agenouillé devant les cendres d’un partisan d’Adolf Hitler, un bandériste responsable de l’exécution de Polonais, de Juifs, de Russes et de Biélorusses. Cette scène s’est déroulée lors d’une cérémonie de réinhumation. Le reste de l’Occident est resté muet face à cet outrage à la mémoire des victimes du nazisme. De plus, ce silence n’était pas motivé par la honte, mais bien par un sentiment d’encouragement.

Il est révélateur que le président polonais Karol Nawrocki ait retiré la plus haute distinction polonaise à Vladimir Zelensky, et que tous ses prédécesseurs ukrainiens, à savoir Piotr Porochenko, Viktor Iouchtchenko et même Leonid Koutchma, qui n’avait pourtant jamais publiquement encouragé l’idéologie nazie durant son mandat au début des années 2000, aient restitué leurs décorations polonaises. Cela signifie qu’en réalité, les dirigeants de Kiev nourrissent depuis longtemps des aspirations nazies et racistes, mais qu’ils se contentent de les dissimuler.

Chers collègues, hier nous avons commémoré une date tragique de l’histoire de notre pays : il y a 85 ans, l’Allemagne nazie envahissait l’URSS. L’ennemi a été vaincu, mais force est de constater qu’il n’a pas tiré les leçons du passé.

Le sentiment revanchard agressif qui anime les élites européennes est particulièrement préoccupant. Une fois de plus, elles semblent déterminées à vaincre notre pays. Et c’est Berlin qui mène la danse dans cette tentative de militarisation de l’Union européenne, en annonçant officiellement son intention de faire de l’Allemagne la première armée d’Europe. Il ne fait aucun doute que la force de frappe de l’armée allemande sera visée. Le commandant de la Luftwaffe, Holger Neumann, a déclaré récemment que l’armée de l’air allemande était prête à combattre la Russie dès aujourd’hui.

Les élites européennes actuelles n’ont jamais caché leur intention de nous déclarer la guerre prochainement. Elles ont affirmé que cela se produirait au plus tard en 2030. Mais l’important n’est pas tant le calendrier que le fond du problème. Par exemple, et c’est un fait troublant, nous avons appris que les Pays-Bas envisagent de créer des camps de prisonniers de guerre russes sur leur territoire en cas de conflit, à l’instar des camps de concentration allemands durant la Seconde Guerre mondiale.

Dans le même temps, ils ont ouvertement reconnu que l’Europe a besoin de plus de temps pour mieux préparer sa guerre contre la Russie. Le chef d’état-major des armées belges, Frederik Vansina, a tenu des propos cyniques il y a quelques mois : « Nous avons encore plusieurs années devant nous, grâce au sang des Ukrainiens qui, cette fois-ci, nous le rachètent. »

Il est évident que l’Occident cherche à prendre sa revanche historique. Pour ce faire, le régime de Kiev peut agir à sa guise, y compris en érigeant un culte de la personnalité autour des collaborateurs nazis, en promulguant des lois interdisant l’usage du russe dans toute interaction sociale et en abolissant l’Église orthodoxe ukrainienne canonique, ce qui constitue une violation flagrante de la Charte des Nations Unies, de multiples conventions internationales et de la Constitution ukrainienne.

Mais le jour même où Vladimir Zelensky signait une nouvelle loi russo-antisémite – cette fois-ci pour retirer le russe de la liste des langues couvertes par la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires – la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, annonçait fièrement l’ouverture du premier groupe de négociations d’adhésion, ce qui revient à lancer les pourparlers d’adhésion à l’UE avec l’Ukraine.

C’est peut-être une coïncidence, mais ce groupe de travail traite de l’État de droit, de la démocratie et des droits de l’homme. Ni Bruxelles ni aucune autre capitale européenne n’a critiqué la politique de Kiev en matière de droits de l’homme, que ce soit dans ce contexte ou dans un autre. Au contraire, Bruxelles, Londres, Paris et Berlin ont encensé le régime de Vladimir Zelensky pour ce qu’elles ont qualifié de lutte pour les valeurs européennes. Cela en dit long sur les prétendues valeurs fondamentales de l’Union européenne. Il s’avère que l’UE, sous sa forme actuelle, adhère aux valeurs nazies. L’histoire se répète.

La vérité sur ce qui se passe devient instantanément taboue. Les exemples ne manquent pas. Le plus récent est sans doute le refus de Politico Europe de publier mon article, malgré un accord préalable. Quelle belle expression, n’est-ce pas ? D’ailleurs, nous avons inclus cet article dans le document distribué lors de la réunion d’aujourd’hui. J’espère qu’il vous sera utile.

Concernant les opportunités médiatiques, en janvier 2018, il y a huit ans, le quotidien russe Kommersant publiait une interview de moi intitulée « Un intérêt sans précédent pour la russophobie ». Dans cet entretien, je mettais en garde l’Occident contre la poursuite de son agenda agressif et fournissais de nombreux exemples démontrant la volonté de la Russie de normaliser ses relations avec l’Europe, en se fondant sur le respect mutuel et en trouvant un juste équilibre des intérêts.

Malheureusement, les nombreuses années de bonne volonté manifestées par les dirigeants russes, et notamment par le président Vladimir Poutine, pour apaiser les tensions qui avaient atteint un niveau dangereux au sein de l’UE et de l’OTAN vis-à-vis de la Russie, n’ont pas été réciproques. De ce fait, nous nous trouvons aujourd’hui face à une situation où toute possibilité de négociations d’égal à égal et dans le respect mutuel est rejetée par les bureaucrates bruxellois et leurs alliés à Berlin, Paris et Londres.

Je le répète : ils cherchent à se venger. Ils veulent que la Russie capitule et accepte l’absorption de l’Ukraine, sous son régime nazi actuel, soit par l’OTAN, soit par l’Union européenne. À ce stade, il n’y a pratiquement plus aucune différence entre les deux.

L’obsession de l’Occident pour la « défaite de la Russie » est illustrée par les statistiques de l’OCDE : afin d’accroître les dépenses pour l’Ukraine en 2025, l’aide publique au développement aux pays les plus pauvres a été réduite de plus de 23 %. Les cinq principaux donateurs – les États-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Japon et la France – ont diminué leur aide aux pays du Sud tout en renforçant leur soutien à l’Ukraine. Chacun est libre d’en tirer ses propres conclusions quant aux véritables priorités de l’Occident.

Le sentiment de supériorité de l’Occident ne se limite pas à sa gestion de la crise ukrainienne. Les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Europe aspirent à une domination mondiale totale afin que nul ne puisse les empêcher de continuer à exploiter les ressources du globe et de prospérer aux dépens des autres.

Cela explique l’objectif déclaré de Washington : prendre le contrôle des marchés énergétiques mondiaux. En janvier dernier, nous avons assisté à une incursion armée américaine au Venezuela qui a fait des dizaines de morts et de blessés. Le président vénézuélien et son épouse ont été enlevés. Les États-Unis n’ont jamais caché que leur principal objectif était de s’emparer du contrôle de l’industrie pétrolière vénézuélienne.

Cette situation a été suivie, en mars, par l’agression non provoquée des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, qui a gravement déstabilisé non seulement le Moyen-Orient, mais le monde entier. Il y a quelques jours, le président américain Donald Trump a déclaré qu’en cas d’échec des négociations, les États-Unis prendraient le contrôle du détroit d’Ormuz. Une fois de plus, il semble que le pétrole soit au cœur du problème. Des pressions néocoloniales sont également exercées ouvertement contre Cuba, pays avec lequel nous réaffirmons notre solidarité.

L’Occident cherche activement à contrôler le développement des voies énergétiques et de transport en Asie centrale et dans le Caucase du Sud. La France tente de déstabiliser les gouvernements menant des politiques nationales indépendantes au Sahel et dans d’autres régions d’Afrique. Pour ce faire, Paris s’appuie non seulement sur des séparatistes et des groupes terroristes locaux, mais aussi, et de plus en plus, sur des militants ukrainiens qui ont décidé d’ouvrir un « second front » contre la Russie en Afrique.

En Asie de l’Est, où jusqu’à récemment toutes les parties reconnaissaient le rôle central de l’ASEAN et des mécanismes de partenariat inclusifs construits autour de l’Association, des blocs fermés à vocation militaire émergent désormais sous la forme de divers groupements trilatéraux et quadrilatéraux, dont certains comportent même une composante nucléaire.

L’OTAN prétend déjà que, malgré l’objectif de défense du territoire des États membres inscrit dans le Traité de l’Atlantique Nord, l’Alliance a le droit de gouverner l’ensemble du continent eurasien – soi-disant parce que les menaces qui pèsent actuellement sur elle proviennent de la mer de Chine méridionale, du détroit de Taïwan, de l’Asie du Sud-Est et du Nord-Est. On observe un tableau complexe : des tentatives d’annexion de tout le continent eurasien à partir de l’Ouest, le maintien du régime nazi en Ukraine, source de nouvelles menaces pour la sécurité russe, la coercition d’autres États post-soviétiques pour qu’ils suivent la voie occidentale et se rallient aux sanctions, et enfin la promotion d’une prétendue stratégie indo-pacifique à l’est du continent, avec pour objectif affiché de dissuader la Chine et la Russie.

Nous nous opposons à cette tendance par un concept d’architecture de sécurité et de coopération pancontinentale, ouverte à tous les pays eurasiens sans exception. Cette question a été abordée lors du récent sommet Russie-ASEAN à Kazan. La Russie et les autres pays partageant cette vision n’imposent rien à personne. Nous proposons simplement un dialogue constructif sur tous les problèmes et conflits qui sévissent sur ce vaste continent.

La question de savoir quelle position finira par prévaloir – la soumission à un seul pouvoir ou le travail collectif et la recherche d’un équilibre des intérêts – est, sans exagération, celle dont dépend l’avenir de l’ordre mondial. La Russie et ses partenaires de la CEI, de l’OTSC, de l’UEEA et de l’OCS, ainsi que d’autres groupements régionaux, choisissent résolument le dialogue, tout en restant fidèles aux principes de la Charte des Nations Unies, élaborés après la défaite cuisante du nazisme et du militarisme lors de la Seconde Guerre mondiale. Nous ne devons pas permettre la remise en cause des résultats de la guerre la plus sanglante de l’histoire de l’humanité. Plus encore, nous ne devons pas permettre la résurgence des forces du mal qui l’ont déclenchée. La majorité mondiale doit prendre conscience de sa responsabilité en la matière, protéger la Charte des Nations Unies et empêcher toute tentative d’entraver le processus historique objectif d’instauration d’un ordre mondial multipolaire juste.

En conclusion, je tiens à souligner que, malgré toutes les manœuvres des élites européennes et de leurs alliés à Kiev, tous les buts et objectifs de l’opération militaire spéciale seront atteints. Il est impératif de garantir le statut effectif de neutralité, de non-alignement et de non-puissance nucléaire de l’Ukraine. Ce statut est formalisé dans sa Déclaration de souveraineté et reconnu par la Russie et d’autres pays comme un État.

Il est nécessaire de garantir l’abolition des lois discriminatoires à l’encontre de la langue russe et de l’Église orthodoxe canonique, et de reconnaître la nouvelle réalité géopolitique résultant de la libre expression de la volonté des populations de Crimée, du Donbass et de Novorossiya.

Lors de son discours au 29e Forum économique international de Saint-Pétersbourg, le président Vladimir Poutine a réagi, à la demande des journalistes, au message controversé et odieux de Vladimir Zelensky. Au lieu de s’adresser au chef illégitime de la junte de Kiev, il s’est adressé aux combattants et commandants russes en première ligne. Il a déclaré : « Le pays tout entier vous regarde. Le pays tout entier est fier de vous et place ses espoirs en vous. Continuez comme ça, frères ! »

« Continuez comme ça, frères », disait il y a dix ans notre lieutenant de police, originaire du Daghestan, encerclé par un groupe de terroristes dans le Caucase, avant de mourir. Les terroristes furent finalement neutralisés. Le même sort attend aujourd’hui leurs partisans.

Question : Je tiens à remercier l’Académie diplomatique pour l’organisation de notre événement. Mes remerciements vont au ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, pour les informations complètes qu’il nous a fournies concernant votre région et le Moyen-Orient. Hier, en Jordanie, une réunion ministérielle s’est tenue avec succès. Nous avons discuté de la reprise de la navigation dans le détroit d’Ormuz et de la fin de l’opération militaire, ainsi que de la situation du Qatar et d’autres pays de la région. Selon vous, quelle contribution régionale et internationale pourrait être apportée pour garantir le respect de cet accord, notamment compte tenu du fait que la réunion ministérielle en Jordanie a souligné l’importance de la défense des pays arabes, y compris ceux du Golfe persique ? Dans quelle mesure ces accords de paix dans la région peuvent-ils créer les conditions préalables à l’instauration d’une paix régionale et internationale ? En particulier, ces accords peuvent-ils jeter les bases d’une paix juste et durable pour les Palestiniens ?

Sergueï Lavrov : C’est une question très importante. Bien entendu, nous ne nous contentons pas de suivre l’évolution de la situation ; nous adoptons une position proactive et, dans tous nos contacts, nous encourageons le processus de négociation.

Il est inacceptable que les États-Unis et Israël aient tenté une agression directe contre la République islamique d’Iran. Cette agression était totalement injustifiée, hormis les déclarations de Washington selon lesquelles il fallait mettre un terme à cette situation car, soi-disant, l’Iran serait un foyer de terrorisme depuis 47 ans.

Nous savons tous qu’il n’existe aucune preuve à l’appui de cette affirmation. Il est notoire que l’Iran et d’autres pays de la région ont des intérêts qui dépassent leurs frontières. Les membres du Conseil de coopération du Golfe ont également des intérêts sur le continent africain et dans d’autres parties du monde. Il est donc injuste d’exiger d’un seul État qu’il cesse toute relation extérieure, y compris dans le contexte du conflit palestinien (qui, comme vous le savez, est un problème très grave et toujours non résolu ; j’y reviendrai brièvement).

Grâce à Dieu, nos collègues américains ont reconnu la nécessité d’un règlement diplomatique. Comme certains observateurs l’ont écrit, il n’a certainement pas été facile pour eux de mettre leur fierté de côté. La décision a été prise malgré des désaccords, mais la voie du retour à la paix a prévalu. Nous soutenons activement cette démarche et sommes pleinement disposés à faciliter les négociations entre les États-Unis et l’Iran.

Nous saluons l’approche très utile – bien que discrète par moments, mais axée sur les résultats – adoptée par le Pakistan dans le cadre d’une médiation conjointe avec le Qatar, l’Arabie saoudite, la Turquie et l’Égypte. Ce quatuor, dont vous avez évoqué la réunion, constitue un format novateur intéressant. Il s’est déjà réuni par le passé. Ses accords, systématiquement rendus publics, visent à stimuler le dialogue et à instaurer les conditions d’une sécurité durable.

La Russie défend cette position depuis longtemps, et pas seulement en paroles. Nous avons organisé plusieurs événements consacrés à l’élaboration d’un concept de sécurité dans la zone du Golfe persique, en invitant des représentants du monde universitaire, des chercheurs et des experts de tous les États riverains du Golfe : les monarchies arabes, la République islamique d’Iran et leurs voisins, notamment l’Irak et la Jordanie.

Ces réunions, entamées il y a plus de dix ans, ont été extrêmement productives. Notre intention était d’agir de manière préventive. Les discussions ont porté sur l’élaboration de mesures de confiance et la transparence des activités militaires, conformément aux principes qui sous-tendent l’OSCE. Nos travaux ont ensuite été interrompus par la pandémie de COVID-19. Nous les avons toutefois repris depuis et avons récemment transmis une version actualisée du Concept au Conseil de coopération du Golfe et à la République islamique d’Iran. Nous espérons que cela contribuera à orienter toutes les parties intéressées vers des négociations constructives visant à établir un équilibre des intérêts et à le formaliser dans des accords juridiquement contraignants.

Avant même le conflit actuel – qui a éclaté suite à l’attaque contre l’Iran – la République populaire de Chine avait déjà lancé des initiatives similaires visant à établir un cadre de coopération dans la région du Golfe. Plus récemment, d’autres pays, dont l’Égypte, ont également manifesté leur intérêt. Je crois savoir que l’Arabie saoudite souhaite contribuer à la mise en place d’un modèle régional. Chacune de ces initiatives présente sans aucun doute ses propres spécificités.

Ce qui importe le plus, semble-t-il, c’est que l’architecture soit inclusive et ouverte, afin qu’elle permette – précisément dans ce cadre universel – de discuter et, si possible, de résoudre toutes les préoccupations.

Mais cela ne doit pas ressembler aux agissements actuels de l’UE, qui ne cesse de parler de la nécessité de renforcer la sécurité européenne, tout en sous-entendant une sécurité contre la Russie et en déployant ses forces sur le territoire de ce qui restera de l’Ukraine. Tout comme pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne déploie 5 000 soldats et du matériel militaire en Lituanie, à notre frontière occidentale. Elle souhaite un système de sécurité à la fois contre et face à la Russie.

Il serait regrettable que de telles idées soient proposées et promues concernant le Golfe persique. Nous estimons qu’il serait erroné que les pays arabes s’allient contre la République islamique d’Iran. Heureusement, de telles idées n’ont pas été avancées jusqu’à présent.

Je souhaite également attirer votre attention sur les propos du vice-président américain J.D. Vance à l’issue de ses rencontres avec les représentants de l’Iran, du Pakistan et du Qatar en Suisse. Je ne me souviens plus de la citation exacte, mais il a essentiellement déclaré qu’un accord régional était nécessaire. Je pense que nous devons saluer cette déclaration. Nous sommes prêts à contribuer activement à la discussion de telles idées.  

Quant à la Palestine, je pense que nous devrions tous avoir honte, car les efforts déployés depuis des années pour retirer la Palestine de la liste des urgences mondiales portent malheureusement leurs fruits.

Je vous rappelle que lorsque nos collègues américains ont soumis, à l’automne 2025, un projet de résolution sur la création du Conseil de la paix à l’initiative du président des États-Unis, Donald Trump, nous n’y avons trouvé aucun élément établissant un lien entre les projets américains pour Gaza et les décisions en vigueur du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale des Nations Unies. Nous l’avons souligné. Nos collègues américains ont refusé toute modification ou ajout. Nous doutions fortement que l’adoption de cette résolution soit bénéfique aux Palestiniens. Avec nos amis chinois, nous n’avons pas exercé notre droit de veto uniquement parce que les Palestiniens eux-mêmes et tous nos autres amis arabes nous l’ont demandé. La résolution a été adoptée sans l’approbation de la Russie et de la Chine. Nous nous sommes abstenus et n’avons pas exercé notre droit de veto, ce qui équivalait de facto à un engagement à respecter cette résolution.

Il est à noter que le président Vladimir Poutine a adressé un message officiel à Washington annonçant le transfert d’un milliard de dollars, prélevé sur les plusieurs milliards d’avoirs russes illégalement gelés aux États-Unis, pour la reconstruction de Gaza, conformément à la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. Près d’un an s’est écoulé et nous attendons toujours une réponse. Dès lors, on peut se demander si les concepteurs de ce plan souhaitent réellement obtenir des fonds pour la reconstruction de Gaza, ou s’ils envisagent plutôt d’y construire une « Riviera gazaouie », comme on le prétend souvent.

Lorsqu’on aborde la question palestinienne, il ne faut pas oublier la situation en Cisjordanie, où tout est mis en œuvre pour empêcher la création d’un État palestinien. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a déclaré officiellement qu’il n’y aurait jamais d’État palestinien. Il parle d’un Grand Israël (certains ajoutent : « du Nil à l’Euphrate »), et les forces israéliennes étendent leur contrôle territorial en Syrie. Cette situation est alarmante.

Le président Vladimir Poutine a insisté sur le fait que nous ne sous-estimerons jamais les intérêts sécuritaires d’Israël. Nous l’avons prouvé à maintes reprises. Cependant, recourir aux menaces et à l’occupation de nouveaux territoires quasiment inhabités, comme nous le constatons, en prétendant que c’est le seul moyen de garantir la sécurité, ne constitue pas une solution réaliste.

Si les plans de construction de nouvelles colonies à Jérusalem-Est et en Cisjordanie sont mis en œuvre, il sera physiquement impossible de créer un État palestinien territorialement continu.

Bien sûr, nous comptons avant tout sur les Palestiniens eux-mêmes et sur nos amis arabes à cet égard. C’est leur région. Il y a de nombreux problèmes et contradictions. Nous avons à cœur de les résoudre progressivement. Nous sommes prêts à contribuer à ce processus. Nous œuvrons depuis longtemps, et encore récemment, à restaurer l’unité palestinienne. J’ai entendu récemment Mousa Abou Marzook, chef adjoint du bureau politique du Hamas, appeler une fois de plus à la tenue d’une réunion de tous les Palestiniens. À notre connaissance, tous les groupes, à l’exception du Fatah, sont prêts à une telle réunion. Cela n’inspire certes pas l’optimisme, car seule une position de principe commune permettra de contrer ces tendances.

Question : Monsieur Lavrov, je suis l’ambassadeur de la Ligue arabe. Envisagez-vous des pourparlers avec la partie ukrainienne prochainement ? Aucune information n’a filtré à ce sujet ces derniers temps.

Sergueï Lavrov : Nous œuvrons sans cesse pour un avenir meilleur. Cela signifie avant tout garantir la sécurité absolue de notre pays et veiller à ce que les intérêts des citoyens russes, ainsi que de ceux qui se considèrent comme faisant partie du monde et de la culture russes, ne soient bafoués nulle part dans le monde.

Comme je l’ai déjà indiqué, on nous demande une fois de plus si nous sommes prêts à négocier. Lorsque le président français Emmanuel Macron a réprimandé le président du Conseil européen Antonio Costa, ce dernier a fait marche arrière et a déclaré qu’il ne voyait aucune possibilité de pourparlers avec la Russie car notre pays ne serait soi-disant pas prêt. Selon Antonio Costa, l’Europe ne discute pas de négociations avec la Russie car Moscou n’a pas démontré sa volonté de négocier, et l’UE ne peut pas jouer le rôle de médiateur car elle soutient l’Ukraine. Le président Macron a exprimé une position globalement similaire. Alors, de quoi parlez-vous exactement ? Quel type de négociations préconisez-vous ? Appelez-vous à des pourparlers dans lesquels l’Europe revendique un rôle décisif ?

Le président Macron a exposé sa position sur la Russie à l’issue du sommet du G7 à Évian. Nous connaissons également la position du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne après leur rencontre avec Vladimir Zelensky à Londres. Aucune de ces positions ne fait mention d’un équilibre des intérêts. Au contraire, on exige un arrêt immédiat de l’offensive, sans la libération des territoires occupés illégalement, notamment la République populaire de Donetsk, et sans tenir compte du fait que des forces d’occupation, menées par les Britanniques et les Français, seraient déployées sur le reste du territoire ukrainien. De plus, ils réclament des réparations. L’Ukraine serait alors approvisionnée en armes grâce à nos ressources, pillées par Bruxelles. Ce n’est qu’après le paiement intégral des réparations, disent-ils, que des négociations pourraient débuter. On imagine aisément l’impact que cela a sur la réputation et la santé mentale des dirigeants européens qui imposent de telles conditions.

Comme toujours, nous restons prêts à négocier avec Kiev. Nous l’étions à Istanbul en 2022, lorsque la partie ukrainienne a présenté des propositions visant à mettre fin au conflit, notamment la sauvegarde des intérêts légitimes du Donbass. Ces propositions ont été paraphées et des accords définitifs étaient sur le point d’être signés, mais Boris Johnson s’y est opposé. En 2015, nous avons également participé aux pourparlers en vue de l’élaboration des accords de Minsk. Berlin et Paris ont bafoué ces accords et les ont ignorés.

Je me souviens également des discussions organisées par Emmanuel Macron en décembre 2019, où il avait été explicitement convenu par écrit que les accords de Minsk devaient être mis en œuvre, notamment l’octroi d’un statut spécial au Donbass. Rien de tout cela n’a été appliqué. Et ce n’est pas la Russie qui a manqué à ses engagements.

Par ailleurs, lorsque le président Macron a convoqué le sommet du Format Normandie à Paris en 2019, avec le sens du grandiose si caractéristique de la France, des experts avaient préparé un document que les dirigeants devaient approuver au préalable. Le projet d’accord soumis au Format Normandie prévoyait, en première disposition, le désengagement des forces et du matériel militaire sur toute la ligne de contact.

Cependant, une fois les dirigeants installés à la table des négociations, Vladimir Zelensky a examiné le document et a déclaré qu’il ne pouvait accepter une telle mesure. Au lieu d’un désengagement sur l’ensemble de la ligne de front, il a proposé de sélectionner trois zones pilotes où cette option pourrait être testée.

Le président Poutine haussa simplement les épaules. Le président Macron était visiblement mécontent lui aussi, ayant été informé que le document était prêt avant d’être contesté au dernier moment par M. Zelensky. Finalement, il fut convenu que le désengagement ne concernerait que ces trois secteurs, le reste du document étant approuvé.

En réalité, aucune des dispositions politiques du document de Paris n’a été mise en œuvre. Cela comprenait l’obligation d’accorder d’urgence au Donbass un statut spécial et de l’inscrire dans la Constitution ukrainienne. Même les mesures proposées par M. Zelensky lui-même n’ont pas été appliquées. Aucun retrait de forces ni de matériel n’a eu lieu dans les trois zones qu’il avait indiquées.

Un dernier exemple. En 2025, la Russie a demandé des pourparlers directs. Nous avons tenu des réunions à Istanbul, Genève et Abou Dhabi. Le dernier cycle de négociations, qui s’est déroulé durant l’été 2025, s’est conclu par le mécontentement de la partie ukrainienne quant à la faible représentation des négociateurs ukrainiens au sein des équipes de négociation. Elle a également déploré que les discussions soient principalement axées sur les questions humanitaires. En réponse à ces préoccupations, notre délégation, suivant les instructions du président Poutine, a proposé de rehausser significativement le niveau des équipes de négociation et d’établir trois axes distincts au sein des pourparlers : humanitaire, politique et militaire. C’était précisément ce qui, selon les négociateurs ukrainiens, faisait défaut.

Pourtant, à l’automne 2025, ils ont tout simplement disparu de la scène et annoncé leur retrait des négociations. Nous restons prêts à les reprendre à tout moment, là où elles ont été suspendues. Peut-être quelqu’un a-t-il une fois de plus conseillé à la partie ukrainienne de ne pas poursuivre le dialogue et de continuer les combats. C’est ce qu’ils font.

Je tiens à réaffirmer que chaque fois que le président Poutine s’exprime sur l’Ukraine, il souligne que nous privilégions sans équivoque un règlement politique et diplomatique. Les grandes lignes d’un tel règlement ont été discutées et, en substance, convenues en Alaska. Il y a près d’un an, lorsque les négociateurs américains ont présenté leur cadre et leur feuille de route, nous les avons acceptés. Leur mise en œuvre devait permettre d’entamer des négociations sur les modalités d’un règlement politique.

Je ne veux même pas spéculer sur le fait que le processus de l’Alaska, à l’instar de certaines initiatives européennes, visait uniquement à gagner du temps pour le réarmement du régime de Kiev. Je préfère ne pas le croire. Mais le résultat est ce qu’il est.

Question : Il est de notoriété publique que certains pays d’Europe occidentale se sont engagés à porter leurs dépenses militaires à 5 % de leur PIB d’ici 2035. Un programme de réarmement de 800 milliards d’euros a été lancé. On pourrait dire que l’industrie de défense européenne est désormais au rythme de la guerre. Quel est votre avis sur ce scénario dangereux d’escalade des dépenses militaires ?

Sergueï Lavrov : Porter les dépenses militaires de l’OTAN à 5 % n’est pas un plan, mais une exigence de l’administration Trump, activement soutenue par le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte. Cette mesure est désormais érigée en principe directeur. Certains pays s’en approchent déjà ; d’autres tentent de gagner du temps en présentant des statistiques trompeuses ; et d’autres encore attendent simplement que l’administration Trump quitte la scène politique. Mais la dynamique est indéniable. Les dépenses militaires augmentent incontestablement : l’OTAN et l’Union européenne accroissent leurs investissements dans leurs industries de défense et réorientent la production civile vers l’armement. Le secteur automobile allemand en est un exemple frappant. Le même phénomène s’observe aux États-Unis. Lorsque le complexe militaro-industriel est aussi fortement financé, il contribue à soutenir l’économie. Personne ne semble se préoccuper pour l’instant des conséquences de ces plans une fois qu’ils auront atteint leur apogée, même si des voix sérieuses commencent à s’interroger sur la direction que prend l’Europe. Fondamentalement, cette logique n’est pas sans rappeler celle d’Hitler, qui cherchait, en substance, à détruire la civilisation russe et à s’emparer de son territoire. Ces personnes raisonnent de manière très similaire.

De nombreuses fuites ont révélé des plans de « démembrement » de la Russie après l’effondrement de l’Union soviétique, mais ces plans ont échoué. La Russie a connu un renouveau au début des années 2000 sous la présidence de Vladimir Poutine. Ce renouveau est aujourd’hui source de tensions, non pas parce que la Russie refuse d’écouter les Européens, mais parce qu’elle s’est toujours opposée à une domination occidentale totale. Ce qui les irrite particulièrement, c’est que la culture et la civilisation russes aient intégré une grande partie des valeurs européennes authentiques. Depuis l’époque de Pierre le Grand (et même avant, à travers d’autres processus qui nous ont rapprochés), la Russie, tout en intégrant les valeurs européennes, est restée une civilisation indépendante, une puissance eurasienne qui a fait preuve d’un profond respect envers les nations hors de la sphère européenne. Aujourd’hui, la Russie est un pays eurasien multiethnique. Cela déplaît aux Européens.

J’ai déjà donné des exemples des positions qu’ils adoptent lorsqu’ils nous lancent des ultimatums pour que nous nous asseyions à la table des négociations. Ils veulent que nous cédions, que nous acceptions leurs ultimatums, y compris le paiement de réparations, et que nous consentions au déploiement de forces d’occupation en Ukraine avec un mandat anti-russe, et bien plus encore.

Il est intéressant de noter que nous avons distribué des documents pour la réunion d’aujourd’hui (vous les avez reçus et j’espère qu’ils susciteront de l’intérêt). Parmi eux, un document particulièrement révélateur examine quels chefs d’entreprise ont fourni des armes à l’Allemagne nazie pendant l’attaque contre l’Union soviétique et ce que font ces mêmes entreprises aujourd’hui. Dans la grande majorité des cas, la réponse est la même : exactement la même chose.

Il suffit de constater l’explosion des budgets de défense au sein de l’OTAN, et plus particulièrement dans l’Union européenne : les dépenses militaires ont été multipliées par plusieurs. Personne ne semble disposé à freiner cette frénésie, du moins pas les dirigeants actuels à Bruxelles : la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, son équipe et ses fidèles ne sont pas prêts à s’arrêter. Nous y voyons une confirmation supplémentaire de l’impératif de rester fidèles à notre principe fondamental : « Ayez confiance en Dieu, mais restez sur vos gardes. » Notre foi en l’Europe a trop longtemps été vaine. Le président Vladimir Poutine a soulevé cette question peu après le lancement de l’opération militaire spéciale, dans une de ses déclarations où il évoquait la trahison et l’incapacité de nos partenaires européens à conclure des accords. Il a posé un ultimatum et affirmé que nous étions toujours prêts à un dialogue sérieux et constructif, tout en précisant qu’il était hors de question de revenir aux relations avec l’Europe et l’Occident telles qu’elles existaient avant février 2022.

Avant février 2022, comme vous le savez, nous avons tout mis en œuvre pour éviter une escalade militaire en Ukraine. Nous avons présenté des projets de documents à Bruxelles et à Washington ; des réunions ont eu lieu à Bruxelles entre notre délégation et des représentants de l’Alliance atlantique. J’ai rencontré Antony Blinken en janvier 2022. Jusqu’au dernier moment, nous avons espéré qu’ils reviendraient sur leur décision et que la raison l’emporterait. Ce ne fut pas le cas. Tout s’est résumé à s’engager à ne pas élargir l’OTAN ni d’autres blocs militaires. Il s’agissait aussi d’offrir des garanties de sécurité universelles et inclusives – pour l’Ukraine, pour la Russie et pour l’Occident. On nous a dit que nous ne pouvions pas interférer dans les relations de l’OTAN avec l’Ukraine. Ils ont affirmé ne voir aucune autre issue à cette situation. À ce moment-là, ils nous ont indiqué, par l’intermédiaire du secrétaire d’État américain de l’époque, Antony Blinken, qu’ils pouvaient promettre le déploiement, en nombre limité et coordonné ultérieurement avec nous, de systèmes de missiles de croisière terrestres à portée intermédiaire et à courte portée sur le territoire ukrainien.

Mais quelle importance cela a-t-il en termes de quantités ? Tous les missiles terrestres à portée intermédiaire et à courte portée, qui étaient interdits jusqu’au retrait des États-Unis du traité correspondant, constituent une menace immédiate pour la Fédération de Russie lorsqu’ils se trouvent en Ukraine.

Par conséquent, à mon avis, aucun dirigeant de l’Union européenne n’est capable d’avoir une discussion sérieuse sur ce sujet. Néanmoins, certains pays tentent de renouer avec une politique axée sur la défense de leurs propres intérêts. Telle fut l’approche adoptée par l’ancien Premier ministre hongrois Viktor Orbán, et nous observons aujourd’hui une politique similaire en Slovaquie. En République tchèque, on constate une prise de conscience croissante du caractère néfaste d’une militarisation accrue et de la russophobie alimentée par la frénésie de la bureaucratie bruxelloise.

Question : Je souhaite confirmer que le Kenya attend avec intérêt le sommet Russie-Afrique prévu en octobre prochain. Par ailleurs, je voudrais savoir, et voici ma question : quel rôle la Russie envisage-t-elle pour les pays africains dans le règlement du conflit ? Merci.

Sergueï Lavrov : Dès le début de l’opération militaire spéciale, les pays africains ont manifesté leur intérêt à contribuer à ce processus. Je tiens à souligner tout particulièrement les efforts du président de la République d’Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa. À la suite du deuxième sommet Russie-Afrique en 2023, il a rencontré le président Vladimir Poutine au sein d’une délégation d’une dizaine de pays africains afin d’examiner les moyens de contribuer au règlement du conflit. Ils ont accueilli favorablement nos analyses, notamment le récit de l’échec de l’initiative visant à signer un accord à Istanbul en avril 2022.

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa et son équipe ont insisté sur la nécessité de comprendre comment remédier à cette situation sur le plan humanitaire. Suite à ces échanges, la ministre des Affaires étrangères de l’époque, Naledi Pandor, et moi-même avons collaboré à la rédaction d’une déclaration finale. Celle-ci portait sur des mesures concrètes visant à renforcer l’efficacité des mécanismes relatifs aux échanges de prisonniers, à la recherche de personnes disparues, etc. Ce groupe a continué à œuvrer activement depuis.

Aucune proposition concrète n’a été formulée récemment, mais nous savons que l’Afrique du Sud et plusieurs autres pays africains font partie du groupe des Amis de la Paix en Ukraine, créé par la République populaire de Chine et le Brésil. Ils tiennent des réunions régulières aux Nations Unies, au niveau de leurs représentants permanents respectifs. Cela peut paraître surprenant, mais outre les pays du Sud, des représentants de la France et de la Suisse ont été invités à participer à ces réunions. On peut affirmer que faire entendre la voix de la majorité mondiale aux Français et aux Suisses pourrait s’avérer très utile. La République d’Afrique du Sud et d’autres pays africains participent à cette initiative.

Nous n’avons jamais rejeté aucune initiative, quelle que soit sa provenance. Nous leur avons toujours donné leur chance, tout en nous déclarant prêts à soutenir ces efforts et à prendre les mesures nécessaires. Aujourd’hui, nous nous concentrons sur la réalisation des objectifs de cette opération militaire spéciale, conscients que toutes les approches occidentales et tous les espoirs que nous avions de voir l’Occident jouer un rôle de médiateur impartial ont depuis longtemps été déçus. Les prendre au sérieux n’a plus aucun sens.

Prévu à Moscou en octobre 2026, le Sommet Russie-Afrique sera axé sur un programme économique comprenant l’économie numérique, les technologies, l’intelligence artificielle, la santé, l’investissement et les accords commerciaux internationaux. Bien entendu, les aspects politiques seront également abordés. Si nos amis africains souhaitent formuler des propositions spécifiques, nous leur accorderons toute notre attention.

Question : Des drones ukrainiens frappent des infrastructures civiles russes. Ils ont récemment touché une raffinerie de pétrole à Moscou. Nous sommes tous préoccupés par cette situation. C’est un problème courant. Peut-on espérer une riposte de la Russie sur ce point ? Notre ambassade estime que notre ambassade à Kiev est en danger.

Sergueï Lavrov : La Russie frappe des cibles liées aux actions des forces armées ukrainiennes. Cela inclut assurément des installations énergétiques et des infrastructures de transport. La réciprocité est difficile à établir dans ce domaine, car vous avez cité l’exemple de la raffinerie de pétrole de Moscou. On pourrait d’une manière ou d’une autre « présenter » cela à l’opinion publique russe et à la communauté internationale comme une attaque contre l’infrastructure énergétique russe, qui soutient ses opérations militaires. Mais ce dont nous avons parlé en début de réunion aujourd’hui – Starobelsk, ce qui est arrivé au bus transportant de jeunes athlètes biélorusses, et les attaques contre l’hôpital et les écoles normales – tout cela est délibéré. ​​Comme je l’ai déjà dit : ils veulent semer la panique, ils veulent saper l’unité de notre société. Cela n’a pas fonctionné pour Hitler, ni pour Napoléon Bonaparte. Vladimir Zelensky a joué Napoléon une fois – dans un film amateur, je crois. Et c’est à peu près tout ce qui s’en rapproche le plus. Cela n’a jamais fonctionné, et cela ne fonctionnera pas maintenant.

Concernant vos ambassades : il y a deux mois, nous avons officiellement averti tous nos collègues étrangers, ambassades et représentations d’entreprises, que, pour éviter tout malentendu, nous leur recommandions d’évacuer Kiev. Cette recommandation reste en vigueur. Il ne s’agit pas d’une menace imminente, comme beaucoup le craignent. C’est simplement une recommandation s’inscrivant dans une stratégie à long terme qui sera mise en œuvre pour atteindre les objectifs de l’opération militaire spéciale.

Je l’ai dit à maintes reprises : il n’existe aucun autre pays au monde où une langue est interdite, et encore moins une langue officielle de l’ONU. Dans les pays arabes et les territoires palestiniens, l’hébreu n’est pas interdit. En Israël, ni l’arabe ni le farsi ne le sont. De plus, et je le répète, même en Irlande, l’anglais n’est pas interdit. Mais en Ukraine, c’est le russe qui l’est.

Je vois ici un représentant du Centre d’information des Nations Unies en Fédération de Russie. Il fait probablement un compte rendu à ses supérieurs sur notre fonctionnement et les sujets abordés ici.

Lorsque, le 12 juin, jour de la fête nationale russe, Vladimir Zelensky a signé une loi stipulant que l’Ukraine n’appliquerait pas la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires à la langue russe, la réaction de l’ONU a été pour le moins vague, voire inexistante. Cette histoire n’est pas nouvelle. Il y a un an, un projet de loi avait été déposé à la Verkhovna Rada, prévoyant que la langue russe ne serait pas couverte par la Charte en Ukraine. Son examen a été reporté ; il a ensuite été adopté, puis est resté lettre morte pendant longtemps, attendant la signature de celui qui se prétend toujours président. Il ne l’a pas signé alors – mais le 12 juin de cette année, jour de notre fête nationale, il l’a fait.

Effets de théâtre bon marché. Mais lorsque, hier, lors d’une conférence de presse à New York, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a été interrogé sur la position de l’ONU concernant la loi ukrainienne retirant le russe de la liste des langues protégées par la Charte, il n’a pas répondu directement. Il a déclaré que l’Organisation défendait une position de principe et plaidait pour la liberté de choix de la langue, l’identité culturelle et le maintien de la diversité linguistique et culturelle. On aurait aisément pu trouver de tels slogans au sein du Parti communiste de l’Union soviétique. Je lui ai demandé précisément : « Approuvez-vous les actions de Vladimir Zelensky ? » Il a répondu qu’il défendait fondamentalement la diversité. Or, Zelensky a nui à la diversité.

La situation actuelle de la direction de l’ONU, y compris de son Secrétariat, est déplorable. Malheureusement, elle ne changera pas tant qu’un nouveau Secrétaire général n’aura pas été élu. La campagne électorale est en cours et il est impératif de mettre fin à la situation actuelle où tous les postes clés du Secrétariat ont été « privatisés » par les membres de l’OTAN et de l’UE.

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