Editorial. Poutine et Lavrov préparent la mobilisation de la Seconde Grande Guerre Patriotique. La patience fait partie de cette préparation.

BRUNO BERTEZ

LE 25 JUIN

Lavrov lève le voile : l’Europe franco-allemande a déclaré la guerre à la Russie

L’analyse serrée des derniers propos de Sergueï Lavrov, et particulièrement de son article du 19 juin 2026 (« L’Ukraine, l’Europe et la sécurité globale »), est essentielle. On y trouve l’ébauche claire de ce que le ministre russe considère désormais comme la Grande Stratégie de l’Europe — ou plus précisément de son noyau dur franco-allemand.

Lavrov multiplie les références au nazisme. Ce n’est pas un hasard rhétorique. Il établit méthodiquement un lien direct entre :

Le néonazisme ukrainien et son intégration dans les structures de l’État,

L’éloge et la protection dont il bénéficie sous Zelensky,

La tolérance, voire la complaisance, affichée par l’Allemagne et la France.

Cette filiation est martelée avec une constance remarquable. Elle vise une assimilation stratégique : montrer que l’Europe a basculé dans une guerre existentielle contre la Russie, et que l’Ukraine n’est plus qu’un instrument, un théâtre secondaire. Une base arrière dit Lavrov.; si on le suit il faudrait d’ailleurs dire base avancée.

Les indices concrets d’une stratégie européenne assumée sont multipliés; Lavrov identifie plusieurs signaux convergents qui, selon moi dessinent cette nouvelle doctrine :

  • Le réarmement accéléré de l’Allemagne et les déclarations de Friedrich Merz sur la nécessité de faire de la Bundeswehr « la plus puissante armée d’Europe ».
  • La propagande belliciste et ouvertement russophobe qui domine désormais les médias et les discours officiels européens.
  • L’absence de plus en plus flagrante de condamnation du nazisme ukrainien, de ses résurgences et de ses célébrations publiques.
  • Le soutien sans faille apporté à un régime qui réhabilite des criminels de guerre condamnés par le Tribunal de Nuremberg.

En creux, Lavrov tourne la page de l’esprit d’Anchorage. Cette page était la dernière de la phase « ukrainienne » du conflit. En la refermant, la Russie donne un sens nouveau à la guerre — un sens qui va la légitimer pleinement aux yeux de son opinion publique.

Le grand basculement stratégique : vers une nouvelle Grande Guerre patriotique. Le mot est lâché. La stratégie de Vladimir Poutine et de Sergueï Lavrov consiste à inscrire explicitement le conflit dans la continuité de la Grande Guerre patriotique de 1941-1945.

Il s’agit de faire resurgir le même patriotisme, la même mobilisation collective et la même fierté nationale. La guerre n’est plus présentée comme une « opération militaire spéciale » limitée. Elle devient la guerre de l’Europe contre la Russie.

Dans ce récit, l’Europe actuelle reprend le grand projet du Reich des années 1930-1940 : dominer un Grand Espace européen sous direction allemande, restaurer grandeur, dignité et unité face au déclin. La russophobie joue ici le rôle autrefois dévolu à l’antisémitisme : elle fournit le bouc émissaire unificateur. Cette fois, le « Juif » des années 40 est remplacé par le Slave, et l’allié d’hier devient l’ennemi d’aujourd’hui.Ce parallèle historique n’est pas gratuit. Il possède une puissance émotionnelle et symbolique considérable, tant en Russie que dans les pays d’Europe de l’Est et du Centre qui ont souffert du nazisme.

Pourquoi cette stratégie est particulièrement habile. L’assimilation de la nouvelle stratégie européenne au projet de domination allemande des années 30-40 fonctionne parce qu’elle active des résonances historiques profondes. Elle transforme un conflit régional en affrontement civilisationnel.

Poutine ne pouvait pas changer durablement de stratégie sans lui donner un sens nouveau. L’ancien récit de l’« Opération militaire spéciale » ne suffisait plus à justifier un effort de guerre prolongé. Et surtout à préparer à une éventuelle mobilisation. En laissant les Européens eux-mêmes accréditer ce nouveau narratif — par leur réarmement, leurs déclarations et leur soutien indéfectible au régime de Kiev — la Russie reçoit sur un plateau la légitimité de son futur discours officiel.

Les agressions verbales et militaires européennes font le jeu de Moscou. Elles lui offrent la matière première de la Grande Mobilisation du nouveau Grand Combat patriotique.

Les contours d’une guerre existentielle vont se mettre en place et Poutine a besoin de l’agressivité des Européens et de montrer sa patience, cela fait partie de sa construction. Peu à peu, les lignes de cette nouvelle Grande Guerre patriotique vont se préciser, devenir plus nettes, plus riches et plus convaincantes. Elles trouveront un écho puissant non seulement en Russie, mais aussi dans les opinions publiques des anciennes victimes du nazisme et dans une partie croissante de l’Europe elle-même.

Lavrov ne se contente pas d’analyser. Il pose les fondements idéologiques et historiques d’une guerre que la Russie présente désormais comme défensive, existentielle et historique.

L’Europe, par ses choix, lui en fournit chaque jour de nouvelles preuves.

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