« Trump a conclu un accord par “désespoir” » — Le Guide suprême iranien.
Le président Trump a-t-il vraiment conclu un accord ou a-t-il plutôt trahi une nouvelle fois l’opinion publique – pour la énième fois ? Une telle trahison n’est possible que parce que personne ne lit les détails. Il le sait. Les médias grand public [mainstream] le savent. Les politiciens influents le savent.
La confusion délibérée quant au lieu de signature de l’« accord » : d’abord Genève, puis, sur l’insistance de Macron, à Évian où s’est tenu le G7 (du 15 au 17 juin 2026), puis sur le mont Buergenstock en Suisse (où se sont déroulées les absurdes négociations de paix ukrainiennes de mai 2024, sans présence russe, et où les Bilderbergers se réunissent fréquemment) ; et enfin la signature d’un protocole d’accord (MoU), et non d’un traité de paix, le 17 juin, finalisé le 18 juin 2026, à Versailles, près de Paris.
Macron, dont la cote de popularité est « au plus bas », souhaitait jouer un rôle dans cet accord afin de flatter son ego et de remonter dans les sondages, sans tenir compte du passé controversé de Versailles, qui pourrait bien hanter cet accord comme tant d’autres avant lui.
La ville de Versailles fait l’objet de nombreuses controverses, notamment en raison des divers scandales d’empoisonnement survenus à la fin du XVIIe et au XVIIIe siècle, mais le traité le plus controversé signé après la Première Guerre mondiale est le Traité de Versailles (1919) lui-même, avec son tristement célèbre article 231. Ce traité de paix, également appelé « traité de culpabilité », attribuait l’entière responsabilité de la Première Guerre mondiale à l’Allemagne. À l’époque, ce traité (article 231) a mis fin à la guerre entre l’Allemagne et les puissances alliées. Mais en a-t-il vraiment été ainsi ?
Le traité était mal vu par la quasi-totalité des pays qui l’ont signé et est largement considéré comme un facteur majeur ayant ouvert la voie à la Seconde Guerre mondiale. Il a été signé le 28 juin 1919 dans la Galerie des Glaces du château de Versailles et est entré en vigueur le 10 janvier 1920.
Macron sait certainement tout cela. C’est plutôt de mauvais augure pour tout nouveau « traité de paix » – ou protocole d’accord destiné à devenir un traité de paix.
Examinons cela de plus près. Le protocole d’accord, signé le 17 juin 2026 à Versailles, a été présenté comme un cadre en 14 points visant à mettre fin à la guerre entre les États-Unis et l’Iran.
Les principaux points du protocole d’accord :
- Cessation immédiate et permanente des hostilités dès la signature.
[Selon les informations disponibles, le protocole d’accord définit cette cessation de 60 jours comme un arrêt immédiat et durable des actions militaires sur tous les fronts, les deux parties et leurs alliés s’abstenant de lancer des attaques ou de proférer des menaces les uns contre les autres. Il est décrit comme couvrant l’ensemble de la zone de conflit, y compris les affrontements entre Israël et le Liban, et exigeant un désengagement mutuel plutôt qu’une trêve unilatérale.
Cela ne couvre toutefois pas les agressions continues d’Israël visant à étendre son territoire vers le « Grand Israël », un projet qui figure sur les plans depuis des siècles. L’Israël sioniste prétend que le « Grand Israël », et à terme la domination du monde, lui ont été promis par son Dieu, Yahweh, une ancienne divinité sémitique.]
- Le respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, sans ingérence dans les affaires intérieures.
- L’engagement de négocier un accord final global dans un délai de 60 jours, prolongeable d’un commun accord.
- La levée du blocus naval américain et le rétablissement d’un accès normal à la navigation dans le détroit d’Ormuz, l’Iran rouvrant le détroit au trafic commercial.
- Un ensemble de mesures économiques plus larges, comprenant notamment un fonds de reconstruction ou de développement de 300 milliards de dollars destiné à l’Iran [le texte ne précise pas d’où proviendront ces fonds ni qui les gérera].
- Un allègement des sanctions, comprenant la levée des sanctions américaines selon un calendrier à fixer dans l’accord définitif, ainsi que des dérogations pour les exportations iraniennes de pétrole et de produits pétrochimiques pendant la période transitoire.
- L’engagement de l’Iran à ne pas se doter d’armes nucléaires.
- Aucune nouvelle sanction ni escalade militaire majeure de la part des États-Unis tant que l’accord provisoire restera en vigueur.
- Le déblocage des fonds et avoirs iraniens gelés.
- La création d’un mécanisme de mise en œuvre chargé de superviser le respect des engagements.
- L’accord final devra être soumis à l’approbation du Conseil de sécurité des Nations unies par le biais d’une résolution contraignante.
À première vue, cela ressemble à une défaite pure et simple pour les États-Unis. Cependant, ce protocole d’accord est loin d’être un traité de paix ; il s’agit plutôt d’un accord-cadre qui suspend le conflit, fixe les conditions relatives au transport maritime et aux sanctions, tout en laissant les questions nucléaires et autres points en suspens à régler dans l’accord final.
Cela inclut les décisions de fond les plus importantes concernant les restrictions nucléaires de l’Iran (l’enrichissement ou non, la gestion de l’uranium déjà enrichi et le « jeu des sanctions »), qui restent toutes indéfinies et sont entièrement à la merci des États-Unis.
Pour les 60 prochains jours – durée du protocole d’accord et des négociations –, les éléments les plus importants sont les suivants : cessez-le-feu, réouverture du détroit d’Ormuz, allègement des sanctions, absence d’armes nucléaires, reconstruction économique et une période de négociation de 60 jours.
Ce délai de 60 jours est crucial pour résoudre les aspects les plus importants pour l’avenir de l’Iran dans la région, notamment :
- L’engagement de l’Iran à ne pas se doter d’armes nucléaires.
- La gestion de l’uranium hautement enrichi de l’Iran et de ses activités d’enrichissement.
- L’allègement des sanctions et les dérogations concernant les exportations de pétrole.
- Les conditions relatives au transport maritime, aux droits de passage et au blocus dans le détroit d’Ormuz.
- Le financement de la reconstruction ou du développement lié à l’accord final.
Ce délai de 60 jours ne sert pas uniquement à prolonger le cessez-le-feu ; c’est la période au cours de laquelle les parties sont censées s’entendre sur le fond de l’accord final de paix et sur le dossier nucléaire.
Et cela, à y regarder de plus près, ne constitue pas une victoire pour l’Iran.
Parallèlement, il semblerait, bien que peu d’informations aient été publiées à ce sujet, qu’Israël et le Hezbollah se soient mis d’accord sur un cessez-le-feu à compter du vendredi 19 juin, selon un article de Reuters. Toutefois, aucune confirmation officielle n’a été donnée ni par les Forces de défense israéliennes ni par le Hezbollah.
Le protocole d’accord américano-iranien signé et finalisé les 17 et 18 juin 2026 stipule que la guerre doit prendre fin sur tous les fronts, y compris au Liban. Or, Israël a poursuivi ses frappes contre son voisin, tuant au moins 18 personnes dans la seule nuit de vendredi 19 juin, a indiqué plus tôt le ministère de la Santé du pays.
Depuis sa création, Israël est connu pour ne respecter aucun accord, ni aucune résolution de l’ONU lui imposant de mettre fin aux massacres.
Le comportement d’Israël au cours des 60 prochains jours sera déterminant pour que le protocole d’accord puisse être transformé en un véritable accord de paix. Compte tenu de son prétendu droit divin de contrôler non seulement le Grand Israël, mais le monde entier, les chances d’une paix réelle après l’expiration du délai de 60 jours sont minces.
Peter Koenig
Article original en anglais : Trump and the Iran Deal – Another Programmed Deception, le 22 juin 2026.
Traduction : Mondialisation.ca
Image en vedette : Capture d’écran. Source : thebulletin.org
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Peter Koenig est un analyste en géopolitique et un ancien économiste principal à la Banque mondiale et à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), où il a travaillé pendant plus de 30 ans dans le monde entier. Il est l’auteur de Implosion – An Economic Thriller about War, Environmental Destruction and Corporate Greed et co-auteur du livre de Cynthia McKinney « When China Sneezes : From the Coronavirus Lockdown to the Global Politico-Economic Crisis » (Clarity Press – 1er novembre 2020).
Peter est chercheur associé au Centre de recherche sur la mondialisation (CRG). Il est également Senior Fellow non-résident de l’Institut Chongyang de l’Université Renmin de Pékin.