Vous trouverez en pied d’article l’essentiel du discours de Bessent qui a inspiré mon éditorial. Allez le lire il est en italiques.
Ce discours est un plaidoyer intellectuellement faible et malhonnête ; il vise justifier la politique de Trump et surtout tout ce qui va suivre au cours des prochains mois, il nous justifie le future chaos .
L’administration est déterminée à prolonger des conditions laxistes et à alimenter coute que coute la bulle spéculative pour atteindre ses objectifs politiques. Déréglementation au plus fort de la bulle spéculative. Des déficits de plus de 2 000 milliards de dollars à perte de vue. Une politique monétaire de changement à la Greenspan pour accompagner les gains de productivité. La trajectoire actuelle de la croissance de la dette, des excès financiers et du déséquilibre économique garantit une crise de confiance terriblement déstabilisante.
En réinterprétant quatre décennies d’histoire économique mondiale, il justifie une politique « America First » présentée comme un retour à la Raison et à la Nation Souveraine, alors qu’elle risque d’être profondément irresponsable à l’échelle planétaire.
C’est un révisionnisme historique sélectif! Bessent décrit l’ouverture des marchés américains comme une naïveté bienveillante à l’égard du reste du monde qui aurait dégénéré en vulnérabilités. Selon lui, l’Amérique aurait « toléré les déséquilibres » parce qu’elle se croyait invincible, avant de prendre enfin conscience des risques sous Trump..
Cette lecture est une réécriture commode de l’histoire. Elle passe sous silence que la globalisation et l’ouverture des marchés ont permis :
- Une croissance mondiale sans précédent depuis les années 1990 ;
- Une baisse spectaculaire de la pauvreté extrême dans les pays émergents ;
- Des gains de pouvoir d’achat pour les consommateurs américains grâce à des importations bon marché.
- une constitution de dettes colossales aux USA, une explosion du credit
- Une absence totale d’épargne domestique car on a pillé l’épargne mondiale
- des profits colossaux grace a la moderation des prix et des salaires
Les déséquilibres (déficits commerciaux, endettement) ne sont pas seulement le fruit d’une « faiblesse » américaine. Ils résultent aussi d’un modèle où les États-Unis ont sciemment utilisé le privilège du dollar comme monnaie de réserve pour financer leur consommation et leurs déficits.
Inonder le monde de liquidités en dollars n’était pas une erreur passive : c’était une stratégie active qui a généré des bulles, de l’inflation importée et des déséquilibres structurels.
Les Cinq principes de Bessent masquent une politique unilatérale inspirée par la détresse face à l’insolvabilité réelle actuelle des Etats Unis. Ces cinq principe se traduisent et se reduisent a un seul: nous répudions tous nos engagements; et nous pouvons le faire parce que nous sommes encore les plus forts et les plus cyniques.
Bessent énonce cinq principes : sécurité économique nationale, réciprocité, définition des règles, leadership financier, service au peuple américain.
En apparence raisonnables, ils servent surtout à légitimer la loi de celui qui est encore le plus fort, son approche transactionnelle asymetrique et protectionniste :
- La « réciprocité » devient un outil de renégociation permanente des accords existants.
- Le « leadership financier » comme instrument de politique étrangère transforme le dollar en arme,
- La priorité absolue au « peuple américain » ignore les externalités mondiales : disruption des chaînes d’approvisionnement, asphyxie financière du Reste du Monde , inflation importée pour les alliés, et fragmentation du commerce international.
L’irresponsabilité mondiale est assumée. Le discours de Bessent minimise dangereusement les conséquences globales d’une politique centrée uniquement sur les intérêts immédiats américains. Trois décennies de finance laxiste, d’excès de crédit et de bulles spéculatives ont effectivement créé des vulnérabilités. Mais la solution proposée — un recentrage souverainiste agressif — ne les résout pas : elle les déplace. Elles les reporte.
En voulant « consolider » sécurité économique et sécurité nationale, l’administration Trump risque de précipiter :
- Des guerres commerciales coûteuses pour tous ;
- Une volatilité accrue des marchés (comme on l’a vu récemment avec l’IA et les devises émergentes) ;
- Une accélération du repli des pays émergents et de la Chine vers des blocs alternatifs.
Le vrai débat est éludé. Bessent a raison sur un point : une nation ne peut durablement dépendre de ses adversaires stratégiques pour des biens essentiels. Mais il a tort de présenter la période précédente comme une simple erreur de naïveté plutôt que comme un choix délibéré d’hyper-mondialisation financiarisée pour doper le capital américain. Ce qu’elle a été en réalité.
Ce révisionnisme permet de justifier une rupture brutale sans assumer les responsabilités partagées (politiques monétaires accommodantes de la Fed, déréglementation financière, etc.).
La politique économique risque de se réduire à un bras de fer permanent. Nous allons vers un monde où la première puissance renie partiellement les règles qu’elle a elle-même contribué à créer ; elle engage dans un monde qui risque de devenir plus fragmenté, plus inflationniste et moins prospère pour tous — y compris pour le peuple américain qu’elle prétend servir en priorité.
Le discours de Bessent se croit habile mais il n’est qu’un exercice de réthorique simplet et malhonnete. Il habille une vision nationaliste et transactionnelle d’un vernis intellectuel. Mais derrière la rhétorique professionnelle se cache une relecture partisane de l’histoire qui élude les complexités et surtout externalise tous les coûts.
À l’heure des tensions géopolitiques, ce n’est pas une stratégie de souveraineté : c’est un pari risqué sur l’imperialisme aux conséquences potentiellement destructrices .
EN PRIME
Extraits du discours de politique générale de Bessent, prononcé mercredi :
« Dans mon intervention devant l’Economic Club de Dallas, j’ai expliqué en détail comment les vulnérabilités structurelles que nous avons laissées s’accumuler au fil du temps ont précipité une dérive vers la dépendance. Et le mois dernier… j’ai constaté que, sous la présidence de M. Trump, l’Amérique a pris conscience des risques que nous ne pouvons plus ignorer et est désormais consciente des responsabilités que nous ne pouvons plus négliger. Ce soir, je souhaite donc franchir une nouvelle étape et décrire notre stratégie de politique économique, c’est-à-dire l’utilisation disciplinée de la puissance économique américaine au service de notre souveraineté. »
« Nous avons ouvert notre marché parce que cela contribuait à créer un monde plus prospère. Et nous avons toléré les déséquilibres parce que la force économique américaine semblait inébranlable. Avec le temps, cependant, ces choix se sont transformés en habitudes. Les habitudes en présupposés. Et les présupposés, non examinés, en vulnérabilités. Nous en sommes venus à croire que l’accès au marché américain pouvait être étendu sans condition – et donc sans conséquence. »
« Et pour rétablir ces déséquilibres avec le monde, il ne s’agit pas de s’en retirer. Au contraire, il s’agit de s’engager selon des conditions qui renforcent l’Amérique. Il s’agit d’insister sur un commerce équitable, réciproque et conforme à nos intérêts nationaux. Et il s’agit de consolider ce que nous n’aurions jamais dû laisser se séparer : notre sécurité économique et nationale. »
« Ainsi, ce soir, guidé par ces priorités, je souhaite structurer notre politique économique sous la présidence de Donald Trump autour de cinq principes fondamentaux.
Le premier est que la sécurité économique repose sur les capacités nationales… Une nation qui dépend de ses adversaires pour des ressources essentielles n’est pas véritablement souveraine. Et une nation qui réduit son économie à la consommation n’est pas véritablement prospère. »
Le deuxième principe est que l’ouverture de l’Amérique s’accompagnera de réciprocité, fondement d’une coopération durable.
Le troisième principe est que l’Amérique définira les règles de la prochaine économie.
Le quatrième principe est que le leadership financier est un instrument essentiel de la politique étrangère. Ce rôle de leader confère bien sûr d’énormes avantages, notamment des coûts d’emprunt plus bas, des marchés de capitaux plus profonds, des capacités de sanctions renforcées et une grande influence sur le système financier mondial.
Le cinquième et plus important principe est que la politique économique américaine doit servir le peuple américain. Son objectif est de lier la puissance nationale à la prospérité des ménages.