Editorial. Le choix de la guerre et de la barbarie.

BRUNO BERTEZ

le 1er Juillet

Il faut masquer les fils conducteurs qui permettraient de comprendre notre époque.

La désinformation ne constitue pas un accident du système politico-économique : elle en est le cœur battant.

Elle est l’outil principal par lequel ce système tente de se perpétuer malgré la crise profonde et systémique qui le ronge.

Cette désinformation opère par trois voies : la propagande, le mensonge assumé, et surtout la non-information – l’art de taire ce qui relie les faits.

Car il s’agit bien d’empêcher toute convergence.

Il faut briser les luttes, atomiser les organisations, saboter les alliances.

Il faut diviser, fragmenter, isoler.

Surtout, il faut occulter tout ce qui pourrait unir les consciences, faire converger les colères et dégager un objectif commun.

« Ils » – ce grand « Ils » anonyme et omnipotent – se moquent que vous soyez mécontents, que vous protestiez, que vous pestiez sur les réseaux sociaux . Ce qu’ils redoutent par-dessus tout, c’est que vous vous organisiez.

C’est pourquoi le maintien des divisions passe par la multiplication infinie des sujets de discorde. Il faut noyer le citoyen sous un kaléidoscope d’événements déconnectés, afin qu’aucune perspective unifiante n’émerge jamais.

Or, rien ne serait plus unifiant que de reconnaître enfin l’évidence : nous vivons depuis 2008 dans une crise globale dont rien n’a été réglé. Tous les maux actuels découlent directement de la défaillance du capitalisme financier et de la fuite en avant qui a alors été choisie.Cette fuite a produit :

  • le laxisme monétaire illimité,
  • l’explosion des inégalités,
  • la socialisation des pertes privées,
  • la dictature du marché boursier,
  • la paupérisation organisée des plus fragiles,
  • la militarisation de la police,
  • la fin de la concertation internationale,
  • le retour assumé de l’impérialisme et des logiques coloniales,
  • l’abandon des règles libérales au profit de la loi du plus fort,
  • l’instabilité politique chronique,
  • l’affaiblissement des classes moyennes, socle historique de la démocratie,
  • la montée de l’extrême droite, qui permet au centre oligarchique de gouverner sans majorité réelle,
  • la censure et la restriction des libertés.
  • Sans oublier le plus grave : le cynisme triomphant des élites .

Tout ce à quoi nous assistons est lié.

Tout ce à quoi nous assistons est lié. Y compris, et surtout, la marche accélérée vers la guerre et la fascisation rampante de nos sociétés. Le moyen de cette gestion de crise est simple : empêcher la prise de conscience collective.

Tant que les citoyens ne perçoivent pas le fil rouge, les partis et les médias n’ont pas à en débattre. Chaque événement reste isolé, absurde, incompréhensible. L’éclatement des consciences devient l’arme suprême de l’oligarchie.

Cette marche vers le fascisme suit la technique classique de la grenouille ébouillantée : progressive, insidieuse, presque imperceptible.

Normaliser Bandera et l’UPA, banaliser les symboles nazis, minimiser le rôle de l’URSS dans la défaite d’Hitler, réarmer l’Allemagne à marche forcée : tout cela forme une ligne cohérente. Une évolution historique dont le fil n’a jamais été rompu.

Le capitalisme a achevé un grand cycle.

Il n’a plus les moyens de se reproduire sous sa forme libérale. Il ne lui reste que sa version historique et logique lorsqu’il est acculé : le fascisme à l’intérieur, l’impérialisme à l’extérieur.

Nous sommes dans une crise aussi grave que celle des années 1930. Elle produira les mêmes effets : montée des fascismes, autoritarisme d’État, corporatisme, massification, militarisation des sociétés, culte du chef et, surtout, dévouement total aux véritables maîtres – la haute kleptocratie, ses alliés du grand capital et de la haute administration.

Relire aujourd’hui Le Choix de la défaite d’Annie Lacroix-Riz avec ces clefs d’interprétation est éclairant. Le titre est même trop modeste : il aurait fallu oser Le Choix du fascisme, de la guerre et de la défaite.

Le système, mortellement blessé, sera sans pitié.

La barbarie est de retour, même si elle semble encore lointaine comme en Ukraine.

L’homme redevient un loup pour l’homme.

L’Internationale Noire est de nouveau à l’œuvre.

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