Des spéculations relayées par The Cradle évoquent une lutte entre le camp de Rubio et celui du vice-président J.D. Vance, avec des ramifications allant jusqu’aux ambitions présidentielles de 2028.
L’accord-cadre trilatéral entre les États-Unis, Israël et le Liban, annoncé le 26 juin 2026 au département d’État par le secrétaire d’État Marco Rubio, ne se limite pas à une avancée diplomatique bilatérale ou régionale.
Il s’inscrit dans un contexte plus large de tensions internes à l’administration Trump, où les approches divergentes sur le Liban, l’Iran et le Golfe reflètent des rivalités de pouvoir, des visions stratégiques opposées et des influences de lobbies et de réseaux parallèles.
Le 26 juin 2026, Rubio a supervisé la signature d’un accord-cadre entre les ambassadeurs israélien et libanais à Washington. Ce document prévoit un processus structuré pour renforcer la souveraineté du gouvernement libanais fantoche , désarmer le Hezbollah, faciliter un retrait israélien progressif du sud-Liban. Il inclut un pouboire humanitaire de 100 millions de dollars coordonnée avec l’ONU. Rubio l’a qualifié de « première étape vers une paix et une sécurité durables ».
Parallèlement, le vice-président J.D. Vance a porté une piste diplomatique distincte : un mémorandum d’entente (MoU) américano-iranien visant une désescalade plus large, incluant le Liban via des mécanismes de déconfliction impliquant l’Iran, le Qatar et d’autres acteurs. Cette approche donne indirectement à Téhéran un rôle dans la gestion des affaires libanaises, ce qui contraste avec la volonté de Rubio d’exclure ou de marginaliser l’influence iranienne via un accord direct État-État entre Beyrouth et Jérusalem.
Ces deux voies coexistent au sein de la même administration, créant des frictions visibles.
Vance a publiquement critiqué les frappes israéliennes sur Beyrouth après le MoU, qualifiant les victimes civiles d’« inacceptables » et avertissant qu’une escalade risquait de saper les efforts diplomatiques.
Rubio, de son côté, a défendu le droit d’Israël à l’autodéfense et insisté sur la séparation des dossiers Liban et Iran.
Marco Rubio, sénateur de Floride est considéré comme un faucon traditionnel républicain pro-israélien, allié a Graham Lindsy , il incarne l’establishment du Parti républicain. Confirmé à l’unanimité comme secrétaire d’État en janvier 2025 , il privilégie les alliances traditionnelles, les processus diplomatiques institutionnels et une ligne ferme envers l’Iran et ses proxies comme le Hezbollah. Son influence est associée aux réseaux pro-israéliens durs (AIPAC notamment) et à des figures comme Graham.
J.D. Vance, vice-président et figure montante du populisme « America First », représente une sensibilité plus prudente voire sceptique vis-à-vis des engagements militaires américains au Moyen-Orient. Il est protégé des réseaux technologiques avec Peter Thiel et d’autres milliardaires de la tech, il privilégie une approche transactionnelle, centrée sur les intérêts américains directs et la désescalade avec l’Iran. Son soutien à un MoU avec Téhéran illustre cette priorité accordée à la négociation large plutôt qu’à l’isolement ou à la confrontation systématique.
Ces différences de fond — Rubio plus « globaliste » et conventionnel, Vance plus pugnace et restrictif — se manifestent concrètement sur le Liban : l’un veut renforcer l’État libanais contre le Hezbollah en marge de l’Iran ; l’autre intègre Téhéran dans une architecture régionale plus large.
Selon des sources proches relayées par The Cradle, les tensions ont atteint un point critique lorsque Vance a appris que Rubio prévoyait une tournée dans le Golfe (Émirats arabes unis, Koweït, Bahreïn) sans le consulter. Cette tournée visait à rassurer les alliés du Golfe sur les concessions du MoU américano-iranien (notamment un fonds de reconstruction évoqué à 300 milliards de dollars). Vance y a vu une tentative de marginalisation sur un dossier stratégique qu’il pilotait au moins en partie.
Les proches de Vance soupçonnent Rubio de travailler en coulisses avec Jared Kushner (gendre de Trump, architecte des Accords d’Abraham et désormais envoyé spécial pour la paix) et Steve Witkoff (envoyé spécial américain pour le Moyen-Orient, impliqué dans les négociations Iran) pour saper les succès diplomatiques du vice-président.
Une « alliance informelle » entre Rubio, Kushner et Lindsey Graham serait même envisagée pour écarter Vance de la course à la présidentielle de 2028.
Kushner et Witkoff sont effectivement très actifs : ils ont récemment rencontré le Premier ministre qatari à Doha pour discuter des pourparlers avec l’Iran, et Witkoff a conduit des négociations techniques en Suisse. Ces interventions parallèles nourrissent les perceptions de concurrence au sein de l’équipe Trump.
Rubio a publiquement minimisé les divergences (« tout le monde est aligné »), tout comme Vance qui qualifie Rubio de « proche collaborateur ». L’administration insiste sur l’unité derrière Trump. Pourtant, les analystes notent des tons différents et des pistes diplomatiques distinctes qui reflètent des courants concurrents au sein de la droite américaine.
Ces tensions s’inscrivent dans un paysage plus large :
- Ambitions de 2028 : Trump a loué les deux hommes et les a positionnés comme potentiels successeurs. Des marchés de paris (Polymarket, Kalshi) donnent actuellement un léger avantage à Vance, mais Rubio bénéficie d’un réseau solide. Trump semble parfois jouer sur cette rivalité pour maintenir l’équilibre.
- Influences extérieures : Rubio reste marqué par son long alignement avec le lobby pro-israélien traditionnel. Vance tire sa force des donateurs technologiques et d’une base « America First » plus isolationniste ou transactionnelle. Le lobby chrétien libanais conservateur (maronite notamment), souvent anti-Hezbollah, penche plutôt vers l’approche de Rubio renforçant l’État libanais.
- Précédents historiques : Sous le premier mandat Trump, des fractures similaires opposaient Kushner (Accords d’Abraham, approche transactionnelle) aux faucons traditionnels (Bolton, Pompeo). Aujourd’hui, le retour de Kushner et Witkoff dans les négociations Iran/Liban ravive ces dynamiques.
- Contexte régional : L’accord-cadre de Rubio vise explicitement à « garder les Iraniens dehors » en renforçant Beyrouth et Jérusalem. Certains proches de Vance y voient une incompatibilité potentielle avec le MoU Iran, même si l’administration affirme qu’il s’agit d’une mise en œuvre cohérente.
En cas de confrontation ouverte, plusieurs facteurs jouent :
- Rubio dispose de l’institution (State Department), d’un réseau sénatorial et d’alliances avec les lobbies traditionnels et les faucons du parti. Sa tournée dans le Golfe montre une capacité à mener des initiatives visibles.
- Vance bénéficie de la proximité avec Trump sur les grands dossiers stratégiques (Iran), du soutien de la base MAGA et des réseaux tech influents. Son rôle dans le MoU lui confère une visibilité sur le dossier le plus sensible.
Les démentis officiels ne masquent pas des approches distinctes qui pourraient façonner la politique américaine au Moyen-Orient dans les mois à venir : une ligne plus multilatérale et inclusive de l’Iran (Vance) face à une approche bilatérale et anti-proxy renforcée (Rubio).