L’intervention de Jeffrey Sachs sur la montée en puissance économique de la Chine
Le 30 juin 2026
Dans cette courte séquence extraite d’une conférence (Founders’ Lecture à l’UNISA en Afrique du Sud), l’économiste américain de renommée mondiale déconstruit avec force les perceptions occidentales obsolètes sur la Chine.
Qui est Jeffrey Sachs ?Jeffrey Sachs est professeur d’économie à l’Université Columbia (New York), directeur du Center for Sustainable Development, et ancien conseiller spécial des secrétaires généraux des Nations Unies sur les Objectifs du Millénaire puis les Objectifs de développement durable. Il est l’auteur de best-sellers comme The End of Poverty ou The Ages of Globalization. Connu pour ses positions critiques envers les politiques étrangères américaines (notamment sur l’Ukraine et les relations avec la Russie), il plaide depuis plusieurs années pour une approche plus réaliste et coopérative avec la Chine, loin du discours dominant de « menace existentielle ».
Le cœur de l’intervention : « L’Amérique pensait que la Chine était un pays de riziculteurs pauvres »
« Les États-Unis pensaient que la Chine était un pays de riziculteurs appauvris, mais son économie a été multipliée par 40 depuis 1980. […] Ce n’est pas comme ça que fonctionne l’économie en réalité. […] Pas dans tous les secteurs, mais dans la plupart d’entre eux aujourd’hui. Ils [les Chinois] vont produire les véhicules électriques chinois. Avec Elon Musk en tête, mais c’est la Gigafactory de Shanghai qui… »
Il poursuit en expliquant que la Chine a réussi là où beaucoup l’avaient sous-estimée, marquant « la fin d’un autre cycle » après l’âge impérial britannique (terminé en 1945).
Jeffrey ajoute des précisions chiffrées:
- En 1999, l’économie chinoise était plus petite que celle de l’Italie.
- Aujourd’hui, elle dépasse la somme des économies de l’Allemagne, du Royaume-Uni, de la France, de l’Italie et du Canada.
- La Chine a déjà surpassé les États-Unis en PIB à parité de pouvoir d’achat (PPA/PPP).
Les chiffres confirment largement son propos :
Grâce aux réformes de Deng Xiaoping (ouverture progressive au marché tout en gardant un fort rôle de l’État), la Chine est passée d’une économie très pauvre à la deuxième , voire première selon les mesures, puissance mondiale. La croissance annuelle moyenne a souvent dépassé 9-10 % pendant des décennies, avant de se stabiliser autour de 5 % ces dernières années.
PIB à parité de pouvoir d’achat (PPP) – 2026 (projections FMI)
- Chine : environ 44,3 billions de dollars
- États-Unis : environ 32,4 billions de dollars
La Chine est donc clairement n°1 mondial en termes de taille réelle de l’économie ajustée au pouvoir d’achat local.
En dollars courants , les États-Unis restent devant (environ 31-32 billions contre ~20-21 billions pour la Chine), mais l’écart se réduit rapidement.
En 1999, la Chine était effectivement derrière l’Italie. Aujourd’hui, elle dépasse largement les cinq pays européens + Canada mentionnés.
Cette intervention est à rappeocher d’une déclaration récente de Trump qualifiant le « communisme » de plus grande menace pour les États-Unis depuis la fondation du pays (devant les deux guerres mondiales, Pearl Harbor et le 11-Septembre).
Sachs, lui, insiste sur le fait que la réussite chinoise n’est pas un « miracle communiste » au sens soviétique, mais le résultat d’une hybridation intelligente : ouverture économique massive + investissement massif dans l’éducation, les infrastructures, la technologie et l’industrie.
Il souligne aussi l’avance chinoise dans de nombreux domaines technologiques actuels :
véhicules électriques, batteries, haute vitesse ferroviaire, panneaux solaires, drones, 5G/6G, etc.
Les partisans d’une ligne dure envers Pékin accusent souvent Sachs d’être trop indulgent envers le régime chinois. Ses défenseurs répondent qu’il adopte une posture réaliste d’économiste : ignorer ou sous-estimer la transformation chinoise depuis 1980 revient à se tromper sur les réalités du XXIe siècle et à mener des politiques (guerre commerciale, découplage technologique) qui risquent d’affaiblir les États-Unis à long terme.
Sachs répète souvent que le monde n’est pas un jeu à somme nulle et que la coopération (notamment sur le climat, la santé mondiale ou la stabilité financière) reste possible et nécessaire.