Le lien étroit entre le NASDAQ et la liquidité mondiale
Raoul Pal, fondateur de Global Macro Investor (GMI) et co-fondateur de Real Vision, a publié une analyse interessante même si elle n’est pas nouvelle.
Il y affirme que le NASDAQ affiche une corrélation de 97,5 % avec l’indice de liquidité totale mondiale (GMI Total Liquidity Index).
Cette observation, illustrée par le graphique remet en question les approches traditionnelles d’évaluation des marchés actions et met en lumière le rôle central de la liquidité dans la dynamique des actifs risqués.
je vous rappelle que tout ceci n’a rien de nouveau pour mes lecteurs et moi puisque je soutiens et démontre regulierement que depuis le des-ancrage des monnaies il y a également désencrage des actifs financiers et en particulier des actions ce qui en fait des avatars, des bestioles monétaires et non plus des reflets de l’économie réelle.
Le constat visuel montre une corrélation quasi parfaite
Le graphique présenté par Raoul Pal compare l’évolution du GMI Total Liquidity Index (en milliards de dollars, axe gauche) à celle du NASDAQ (axe droit) sur la période 2010-2026. Les deux courbes progressent de manière extrêmement synchronisée : hausses parallèles, corrections similaires et tendances structurelles alignées.
Ce n’est pas un phénomène isolé. Des analyses antérieures de GMI et des données de sources comme LSEG Datastream confirment des corrélations historiques très élevées (souvent citées entre 95 % et 97,5 % selon les périodes) entre la liquidité globale et le NASDAQ. Des scatter plots similaires montrent des coefficients de détermination (R²) élevés pour des mesures de liquidité agrégées.
Qu’est-ce que la « liquidité mondiale » dans ce cadre ?Le GMI Total Liquidity Index est un indicateur propriétaire de Global Macro Investor. Il agrège les mesures de liquidité fournies par les principales banques centrales mondiales (Fed, BCE, Banque du Japon, Banque populaire de Chine, etc.). Il inclut typiquement :
- L’évolution des bilans des banques centrales
- Les agrégats monétaires élargis (M2 et équivalents)
- D’autres proxies de liquidité convertis en dollars américains
Dans le cadre théorique de Raoul Pal, baptisé « Everything Code », cette liquidité n’est pas un facteur conjoncturel parmi d’autres, mais une variable structurelle. Elle découle de la combinaison de trois forces :
- Démographie — Vieillissement des populations et ralentissement de la croissance du PIB réel.
- Dette — Niveaux d’endettement élevés qui ne peuvent plus être servis par la seule croissance économique réelle.
- Débasement monétaire — Expansion nécessaire de la liquidité par les banques centrales pour maintenir la solvabilité du système.
La liquidité de Pal n’est pas celle de Michael Howell que je suis sur mon service.
Michael Howell (fondateur de CrossBorder Capital / GL Indexes, auteur de Capital Wars) est l’un des plus grands spécialistes mondiaux de la liquidité globale. Il est souvent appelé le « Liquidity King » et collabore régulièrement avec Raoul Pal. Son analyse complète et nuance le constat de Pal sur le lien étroit entre le NASDAQ et les actifs risqués en général et la liquidité.
Définition de la liquidité selon Howell.
Pour Howell, la liquidité n’est pas simplement la masse monétaire (M2) ou les bilans des banques centrales.
C’est :« Tout le cash et le crédit disponible pour les marchés financiers, une fois que les besoins transactionnels immédiats de l’économie réelle ont été satisfaits. »
Il mesure cela via les Global Liquidity Indexes (GLI™), qui couvrent environ 80 pays et décomposent la liquidité en trois sources principales :
- Banques centrales (provision officielle).
- Secteur privé (banques traditionnelles + shadow banks).
- Flux transfrontaliers (capitaux internationaux).
C’est une mesure plus large et dynamique que les simples agrégats monétaires, car elle tient compte de la capacité des bilans du secteur financier et des flux réels vers les marchés.
Le lien avec les marchés et le NASDAQ selon Howell :
- La liquidité globale est le principal moteur des prix des actifs risqués (actions, crypto, etc.), bien plus que les fondamentaux économiques ou les earnings dans de nombreux cycles.
- Les marchés actions (y compris le NASDAQ) réagissent fortement à la croissance et à la vélocité de cette liquidité. Une accélération de la liquidité alimente les hausses (expansion des multiples, rachats d’actions, prise de risque), tandis qu’un ralentissement ou un pic entraîne souvent une correction ou une phase de volatilité élevée.
- Le NASDAQ, en tant qu’indice growth/tech à forte sensibilité aux taux d’actualisation et à la spéculation, est particulièrement réactif. La corrélation élevée observée par Raoul Pal s’explique par le fait que la liquidité abondante baisse les taux réels et gonfle les valorisations des entreprises de croissance.
Howell insiste sur les cycles de liquidité (souvent d’environ 5-5,5 ans) :
- Phases d’expansion prosuisent les bull markets et spéculation.
- Phases de contraction ou de ralentissement insuisent les bear markets ou correction, même si l’économie réelle semble forte (la liquidité est « absorbée » par l’économie réelle ou se resserre).
Il suit aussi la Financial Conditions Index comme indicateur avancé de la liquidité totale.
Différences de nuance avec Raoul Pal
- Pal met l’accent sur la débasement structurel (dette + démographie) qui force une expansion quasi-permanente de la liquidité, favorisant durablement le tech/crypto.
- Howell est plus cyclique et data-driven : il alerte régulièrement sur les pics de liquidité et les risques de ralentissement (par exemple, absorption par l’économie réelle, resserrement en Chine ou aux US). Il a souvent anticipé des tournants (bear market fin 2021, bottom fin 2022).
En 2026, Howell a notamment signalé que le cycle de liquidité avait probablement touché un pic en fin 2025/début 2026, avec un ralentissement progressif qui pourrait impacter les actifs risqués (y compris le NASDAQ), même si des injections ponctuelles (Chine, etc.) peuvent temporiser.
Implications pratiques selon Howell
- Suivez la liquidité avant tout : Croissance hebdomadaire/mensuelle des GLI, conditions financières, flux cross-border.
- Les actifs les plus sensibles (crypto, tech/NASDAQ) sont des « canaris dans la mine » pour détecter les changements de liquidité.
- Dans un environnement de liquidité en baisse : plus de volatilité, rendements plus faibles pour les actifs risqués, possible rotation vers commodities ou or.
- La liquidité interagit avec la dette, la géopolitique et la politique fiscale, ce n’est pas seulement une affaire de banques centrales.
En résumé, pour Michael Howell comme pour Raoul Pal, la liquidité est le roi : elle explique l’essentiel des mouvements nominaux des marchés comme le NASDAQ.
Mais Howell apporte une grille plus granulaire et cyclique, avec des alertes précoces sur les retournements. Ses indices (GLI) et son Substack Capital Wars sont des références incontournables pour suivre cela en temps réel.
Je suis les agrégats de liquidités en particulier ceux de Howell tout en ne partageant absolument pas les hypothèses méthodologiques.
Pour moi les liquidités ne sont pas une réalité, une chose, un agrégat mais un état d’esprit; c’est l’état d’esprit qui fait croire que l’on va vendre plus cher que le prix que l’on acheté.
Une chose, un « objet liquidité » n’a pas de sens car cette liquidité est du mercure, elle coule selon la ligne de plus grande pente des gains et profits et le pouvoir d’achat financier est aussi subtil que le pouvoir d’achat de l’économie des biens et services car il peut tourner plus ou moins vite.
Pourquoi le NASDAQ est-il si sensible à la liquidité ?Parce qu’il est speculatif et qu’il est dominé par les animal spirits, par l’appétit pour le jeu.