L’Europe doit faire face à des couts directs et indirects du travail trop élevés. Les pressions pour restaurer les compétitivités et reconstruire les économies vont être considérables. Nos systèmes sont fracturés, démocratiquement fragiles et leur légitimité a disparu. Le spectre des années 1930 profile son horrible tête. De nombreux indices indices montrent que certaines couches sociales y pensent, elles réhabilitent la solution fasciste.
L’illusion d’une substitution massive et indolore des emplois par l’intelligence artificielle s’estompe. Comme l’ont montré les données récentes, de nombreuses entreprises qui ont supprimé des postes pour déployer l’IA réembauchent ou peinent à réaliser les économies attendues.
Résultat : les coûts salariaux directs et indirects restent au cœur des défis de compétitivité européens. L’espoir de solutions miracles s’estompe.
Dans ce contexte, une question s’impose avec force : comment réduire les coûts du travail – salaires, charges sociales, absentéisme, protections – alors que les principaux gouvernements européens manquent d’assise électorale solide et de légitimité pour imposer des ajustements douloureux, et alors que les dettes publiques atteignent des niveaux préoccupants ?Comment dégager les ressources d’un redressement?
Les pressions économiques sont réelles et elles seront persistantes. L’Europe subit depuis 2022 un choc énergétique structurel. Elle ne s’est jamais remis de celui de 2008! Les prix de l’électricité et du gaz pour l’industrie restent significativement plus élevés qu’aux États-Unis (environ deux fois) et en Chine (plus de 50 %). les marches porteurs sont envahis par la concurrence.
L’Allemagne, particulièrement exposée après la fin du gaz russe et la sortie du nucléaire, se desindustrialie. Elle en ressent les effets dans ses secteurs industriels. Ces coûts, combinés à une croissance de la productivité plus lente que chez les concurrents et à un environnement réglementaire dense, pèsent sur la compétitivité.
Pour y répondre, les entreprises et les pouvoirs publics cherchent à compresser les coûts du travail. Ce sera l’enjeu de toutes les prochaines élections en Europe.
Cela passe par :
- Des réformes du marché du travail (flexibilité des embauches et licenciements, décentralisation des négociations collectives).
- La réduction des charges sociales patronales.
- Le durcissement des conditions d’indemnisation (chômage, arrêts maladie).
- L’automatisation et l’IA (comme nous l’avons vu précédemment).
L’exemple allemand récent est révélateur : face à un absentéisme élevé (près de 19,5 jours par salarié en 2025), le gouvernement a rendu obligatoire un certificat médical dès le premier jour de maladie, supprimant les arrêts par téléphone.
Mesure présentée comme une lutte contre les abus, elle est perçue par l’opinion et les syndicats comme une mise au service prioritaire de la productivité des entreprises.
Le problème est que ces ajustements exigent une forme de discipline salariale et sociale que les démocraties européennes peinent à imposer. Beaucoup de gouvernements actuels disposent de majorités fragiles ou de coalitions hétéroclites. Il suffit d’observer l’Allemagne et la France.La confiance dans les institutions traditionnelles est érodée, les partis populistes pèsent lourd dans les équilibres, et les réformes structurelles suscitent rapidement des oppositions syndicales et sociales.
Parallèlement, les dettes publiques restent élevées : environ 87,8 % du PIB dans la zone euro et 81,7 % dans l’UE fin 2025. Plusieurs grands pays (Italie, France, Grèce, Belgique) dépassent largement les 100 %. Dans ce contexte, les marges de manœuvre budgétaires pour compenser des baisses de charges ou accompagner des transitions sont limitées.
Baisser les coûts du travail sans croissance forte ni productivité en hausse rapide risque d’alimenter une spirale déflationniste ou de réduire encore la demande intérieure.
L’analogie avec les années 1930 s’impose de plus en plus : c’est une comparaison qui éclaire les tensions d’un jour inquiétant.
L’histoire des années 1930 offre une analogie puissante, souvent invoquée dans les débats actuels sur la compétitivité. La Grande Dépression a placé les économies européennes devant des choix brutaux.Face à la déflation et au chômage de masse, de nombreux pays ont pratiqué des dévaluations compétitives en abandonnant l’étalon-or (Royaume-Uni en 1931, États-Unis en 1933, puis d’autres). Ces mesures visaient à restaurer la compétitivité-prix à l’exportation. Elles ont souvent été accompagnées de tentatives de compression des salaires et des coûts sociaux pour améliorer les marges des entreprises.
Ces ajustements ont rencontré de fortes résistances : grèves, troubles sociaux, instabilité gouvernementale.Dans les démocraties, les syndicats puissants et les mécanismes parlementaires rendaient les coupes salariales ou la remise en cause des protections socialement et politiquement très coûteuses.
Le résultat a souvent été un chômage persistant plutôt qu’une baisse généralisée des salaires. Chomage qui a encore plus fracassé les consensus sociaux et détruit les classes moyennes.
En Allemagne, la République de Weimar n’a pas réussi à imposer une discipline suffisante dans un cadre démocratique. L’arrivée au pouvoir des nazis en 1933 a changé la donne. Le régime a supprimé les syndicats indépendants, remplacés par le Front du travail allemand, interdit les grèves, contrôlé les salaires et imposé une forme de service du travail.
Le chômage a fortement reculé grâce aux grands travaux publics et surtout au réarmement. Les salaires réels sont restés globalement stagnants ou en baisse pour une large partie de la population pendant plusieurs années.
Les milieux d’affaires allemands – et dans une moindre mesure européens – ont apporté un soutien pragmatique au nouveau régime. Des industriels comme Krupp, IG Farben ou Fritz Thyssen ont vu dans Hitler une garantie d’ordre, de lutte contre le communisme et de contrats publics (notamment militaires).
Des réunions secrètes, comme celle de février 1933, ont permis de collecter des fonds substantiels auprès de grands groupes. Ce soutien n’était pas idéologique chez tous, mais souvent motivé par l’intérêt économique : stabilité, fin des grèves, perspectives de croissance via l’État.
L’histoire a montré que ce calcul s’est révélé dramatique à long terme. La problématique européenne contemporaine n’est pas très différente , surtout avec les progrès des outils de propagande et les moyens soft – mais de plus en plus cyniques- d’imposer l’autorité.
L’analogie avec les années 1930 n’est évidemment pas une prédiction.
L’Europe dispose d’outils que les années 1930 n’avaient pas. Mais les defis sont beaucoup plus grands et surtout complexes dans un univers de lutte feroce comme celui dans lequel nous entrons.
La tension fondamentale est la meme que dans les années 30 : comment procéder aux ajustements nécessaires sur les coûts directs et indirects du travail dans un cadre « démocratique », alors que les gouvernements manquent de légitimité forte pour les imposer et que les dettes limitent les compensations budgétaires ?
Les solutions autoritaires des années 1930 ont apporté un soulagement temporaire mais au prix d’une destruction des libertés et d’une trajectoire barbare catastrophique.
La marche insensée de l’Europe vers la guerre donne à penser que certaines élites ne seraient pas fachées de réediter le coup qu’elles ont tenté dans les années 30, puis avec la Seconde Guerre Mondiale.
Pour y parvenir il faut fabriquer un ennemi, nous l’avons.
Il faut mentir et interdire la vérite, nous y sommes,
il faute ensuite une opportunité , ces élites la recherchent et la provoquent jour après jour!
L’histoire des années 1930 rappelle que les impasses économiques, quand elles s’accompagnent d’une perte de légitimité des institutions, peuvent ouvrir la porte à des solutions radicales.
Elle rappelle aussi que ces solutions, une fois adoptées, s’avèrent rarement durables mais toujours catastrophiques .