Mearsheimer degonfle les baudruches ukrainiennes et occidentales

John Mearsheimer: The End of Russian Restraint & New U.S. Grand Strategy

John Mearsheimer : « La fin de la retenue russe et la nouvelle grande stratégie des États-Unis »


Compte rendu de l’entretien avec le professeur Glenn Diesen

– 3 juillet 2026

John Mearsheimer a accordé un long entretien au professeur Glenn Diesen

.L’échange porte sur l’évolution de la guerre en Ukraine, la retenue dont fait preuve la Russie malgré les provocations, et la nécessité urgente pour les États-Unis de redéfinir leur grande stratégie face à un monde de plus en plus multipolaire.

Mearsheimer analyse les frappes massives russes récentes contre la capitale ukrainienne et les aérodromes militaires. Selon lui, il ne s’agit pas d’une riposte punitive aux frappes de drones ukrainiens, mais d’une poursuite logique du ciblage des infrastructures militaro-industrielles stratégiques.

Il souligne que le bilan civil reste relativement faible (environ 20 morts), ce qui contredit l’idée d’une campagne délibérée de terreur contre les populations. La Russie, selon le professeur, « spinne » probablement ces frappes à des fins de communication interne, mais sur le fond, elles s’inscrivent dans la logique militaire habituelle du conflit.

Pourquoi la Russie reste-t-elle encore relativement retenue ?C’est l’un des points centraux de l’entretien. Malgré l’implication croissante de l’OTAN (renseignement en temps réel, fourniture de drones, soutien aux frappes longue portée), la Russie n’a pas encore franchi le seuil d’une riposte directe contre les pays de l’Alliance.

Mearsheimer identifie plusieurs facteurs explicatifs :

  • La Russie parvient encore à parer efficacement les attaques de drones ukrainiens.
  • Elle obtient des résultats significatifs sur le front du Donbass.
  • Elle est capable d’absorber les « piqûres d’épingle » occidentales sans que la douleur devienne insupportable.

Tant que ces conditions perdurent, les incitations à frapper directement le territoire de l’OTAN restent faibles.

Le professeur évoque toutefois les appels plus radicaux de certains analystes russes (comme Karaganov) qui plaident pour une escalade conventionnelle puis nucléaire si l’aide occidentale se poursuit.

Mearsheimer est particulièrement sévère sur la manière dont la guerre est présentée en Occident. Il dénonce le récit dominant selon lequel Vladimir Poutine serait un agresseur aux ambitions impériales démesurées, et que l’Ukraine servirait de « bélier » pour affaiblir durablement la Russie.

Sur les pertes humaines, il rejette catégoriquement les chiffres avancés par le New York Times et le CSIS (environ 450 000 morts russes contre 150 000 ukrainiens). Ces estimations sont, selon lui, mathématiquement impossibles compte tenu de l’avantage russe massif en artillerie (rapport de 5 pour 1 ou plus) et de la stratégie prudente de Moscou visant à minimiser ses propres pertes.

Il estime que les pertes ukrainiennes sont beaucoup plus élevées, probablement proches du million.

Il compare la propagande occidentale actuelle aux « body counts » de la guerre du Vietnam : on gonfle les succès ukrainiens pour justifier la poursuite d’une aide qui, selon lui, ne changera pas l’issue du conflit.

Le cœur de l’analyse de Mearsheimer porte sur la stratégie globale des États-Unis. Il estime que l’administration Trump poursuit une stratégie remarquablement mais non priorisée :

  • Engagement profond dans l’hémisphère occidental (Venezuela, Cuba, canal de Panama…) ;
  • Implication importante dans le Golfe Persique (Iran) ;
  • Retour en force en Ukraine/Europe ;
  • Menace principale identifiée : la Chine en Asie de l’Est.

Or, les États-Unis manquent aujourd’hui des capacités industrielles, des stocks de munitions et de la solidité financière nécessaires pour mener simultanément plusieurs conflits de haute intensité sur le long terme.

Mearsheimer insiste : « Nous allons devoir prioriser ». Le monde multipolaire impose des choix clairs que Washington semble encore refuser de faire.

Conclusion de l’entretienPour John Mearsheimer, la guerre en Ukraine révèle les limites de la puissance américaine et l’illusion d’une hégémonie globale indéfinie.

La Russie fait preuve, jusqu’à présent, d’une retenue stratégique remarquable. Mais cette retenue n’est pas infinie. Si l’Occident continue d’escalader (notamment en permettant des frappes depuis le territoire de l’OTAN), les risques d’un élargissement du conflit deviennent très réels.

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