Un editorial fondamental. Comprendre les dynamiques contemporaines du capitalisme.

Comprendre les dynamiques contemporaines du capitalisme financiarisé.

La capitalisation boursière mondiale a atteint 166 000 milliards de dollars.

Ce chiffre m’a conduit une fois de plus à m’interroger sur l’inflation du capital fictif et le cercle vicieux de la suraccumulation.

En juin 2026, la capitalisation boursière mondiale a atteint un record historique de 166 000 milliards de dollars, selon les données Bloomberg. Cela représente une hausse de +32 000 milliards (+23,6 %) en seulement un an, et de +94 000 milliards (+131 %) depuis le creux de la pandémie en 2020.

Depuis vingt ans, la capitalisation boursière mondiale a progressé à un rythme annuel composé d’environ 7 %. Or, la croissance économique mondiale est nettement plus faible. Cette divergence s’est accentuée après 2008 et surtout après 2020.

Rapportée au PIB mondial, elle frôle les 134 %, un niveau sans précédent sur longue période.

Le ratio « market cap / PIB » americain, (souvent appelé Buffett Indicator dans sa version américaine) est aujourd’hui à des niveaux historiquement élevés. Cela signifie que la valeur des entreprises cotées représente une part de plus en plus importante de la richesse produite annuellement.

Ces chiffres impressionnants posent une question fondamentale : cette inflation des marchés est-elle le reflet d’une économie productive en pleine santé, ou le symptôme d’un système où le capital financier s’est largement autonomisé et doit sans cesse chercher de nouvelles sources de « rentabilité ».

L’origine de cette inflation boursière se trouve dans les univers de la monnaie et de la dette. Nos monnaies modernes sont essentiellement créées par le crédit : quand une banque accorde un prêt, elle crée simultanément un dépôt. La dette (publique et privée) est donc au cœur du système monétaire.

Après la crise de 2008 et pendant la pandémie, les banques centrales ont injecté des milliers de milliards de dollars via le Quantitative Easing. Ces liquidités n’ont pas toutes été absorbées par l’investissement productif. Une grande partie s’est dirigée vers les marchés financiers, faisant grimper les valorisations sans nécessairement correspondre à une augmentation équivalente de la production réelle.

C’est précisément ce que Marx appelait le capital fictif : des titres (actions, obligations, produits dérivés) qui représentent des droits sur des surplus futurs, et non du capital physique déjà engagé dans la production. Ces titres circulent comme du capital et peuvent se valoriser de manière autonome, parfois et maintenant de plus en plus, de façon spéculative.

Plus la masse de capital enfle et plus le besoin impérieux de rentabilité se fait sentir. Ce que Mélenchon , même lui, a compris quand il parle de licenciements ou d ‘autérité imposés par la Bourse. La masse de capital produit un besoin de compression salariale, ou si on veut être dur, de surexploitation des salariés. Dans un système où les capitaux du monde entier sont en concurrence, chaque fraction de capital fictif doit générer un rendement. Or, plus la masse de ce capital fictif grossit, plus le besoin de profit absolu augmente.

Pour maintenir ou accroître ces profits :

  • Les entreprises compriment les coûts salariaux,
  • Réduisent les avantages sociaux,
  • Délocalisent ou automatisent,
  • Augmentent les prix (quand c’est possible).

Cela réduit le pouvoir d’achat des salariés, qui constituent la grande majorité des consommateurs. Pour que la production continue d’être absorbée, il faut alors recourir massivement au crédit à la consommation, à l’endettement des ménages et de l’état qui ne collecte plus assez d’impots . On entre ainsi dans ce que l’on peut appeler le cercle vicieux de la suraccumulation :

  1. Accumulation de capital fictif produit un besoin de rentabilité élevée
  2. Compression salariale induit une baisse de la demande solvable
  3. Recours accru à la dette pour maintenir la consommation
  4. Nouvelle création monétaire et gonflement des actifs financiers
  5. Retour au point 1… jusqu’à la prochaine crise.

Elle met en lumière plusieurs mécanismes réels :

  • La capitalisation boursière mondiale a effectivement atteint un record de 166 000 milliards de dollars en juin 2026 (selon Bloomberg), avec une hausse de +23,6 % en un an et +131 % depuis le creux de 2020.
  • C’est largement supérieur à la croissance du PIB mondial qui est d’environ 3-4 % par an en nominal ces dernières années).
  • Le lien entre inflation monétaire, création de dette et valorisation des actifs financiers est direct : dans le système actuel, la monnaie est majoritairement créée par le crédit bancaire (dépôts = dettes).
  • Les politiques de Quantitative Easing post-2008 et post-COVID ont massivement gonflé la liquidité, qui s’est reportée sur les actifs (actions, immobilier, etc.).
  • Le concept de capital fictif chez Marx (Capital, Livre III) est tout à fait applicable : les actions et obligations ne sont pas du capital productif réel, mais ce sont des titres de propriété sur des profits futurs, ce sont des droits qui sont conférés sur les profits et le surproduit futur.
  • La valeur du capital fictif est desancrée, autonomisée puisqu’il est lui même inflaté par une création monétaire libérée depuis 1971 et 1973.
  • La masse de capital fictif peut s’emballer de manière autonome comme elle le fait maintenant sous la pression de l’esprit de jeu, créant une sphère financière qui se détache de l’économie productive. Comme je le répète inlassablement, la finance autonome c’est la disjonction des ombres et des corps, des signes et du réel.
  • La masse considérable de capital boursier, de capital autonome a besoin d’être rentabilisée sinon la bourse chute et tout l’édifice financier s’écroule entrainant avec lui le système bancaire , les assurances et les retraites; donc cette masse produit mécaniquement un besoin de profit, un besoin de mise en valeur. L’investissement colossal dans l’IA va tout aggraver et accélérer.
  • C’est la pression de la Bourse sur le système: plus la bourse est haute et plus elle contient de promesses futures qu’il faut honorer sauf à courir le risque d’instabilité financière.
  • Plus la masse boursière est colossale plus il faut délivrer de profit et plus il faut de productivité et moins de salaires. Les firmes pour simplifier sont obligées de licencier , de mécaniser, de moderniser, de passer à l’IA; d’augmenter l’intensité capitalistique afin de maintenir la profitabilité non seulement du capital productif qu’elles ont engagé mais aussi la profitabilité de leur capital boursier inflaté par le jeu et l’abondance monétaire.
  • La pression sur les salaires et le pouvoir d’achat pour maintenir les taux de profit est une tendance observable : la part des salaires dans le revenu national a baissé dans la plupart des pays développés depuis les années 1980 (globalisation, automatisation, affaiblissement du contre-pouvoir syndical).
  • Le pouvoir d’achat gagné, distribué par la vraie activité économique productive devient de plus en plus insuffisant et il faut le compléter sans cesse par plus de crédit ou de redistributions payées par la dette. Cela crée un besoin structurel de crédit à la consommation et de déficit du gouvernement pour absorber la production , il renforce le cercle vicieux: dette qui demande plus de dette et toujours plus de dette.

Comme tout cercle vicieux, il s’auto entretient, et se comporte comme un Ogre; toujours plus au point de dévorer ses enfants comme Ugolin; la finance, une fois qu’elle a pris le dessus gouverne et impose sa loi, tout devient otage de la finance. Ce qu’avait deja compris et formulé le Secretaire au Trésor Geithner dans les années qui ont suivi la révulsion de 2008.

Il faut tout mettre à son service car si elle se révulse c’est le chaos. Elle exige toujours plus et mange ses enfants c’est à dire la sphère productive réelle.

Par nature, de façon endogene la finance et son espace boursier sont envahissants. C’est sous une forme complexe la loi simpliste de l’accumulation et de l’intérêt composé qui est à l’oeuvre avec son horizon: l’impossible.

Les risques systémiques d’une suraccumulation financière et d’un découplage entre finance et économie réelle sont endogènes au système qui s’est mis en branle en 1971par la libération de la monnaie puis au debut des 80 par la déregulation, par la libération des actifs financiers et bancaires, puis par la soumission à la tyrannie de la Bourse.

Nous sommes dans une phase de financialisation avancée, phase avancée mais qui ne se fait pas en ligne droite , ce qui fait croire que cela peut s’interrompre.

Le système devient de plus en plus fragile ce que faisant il exige toujours plus, et dicte une loi de plus en plus destructrice et inique; la pensée bourgeoise détecte cela de façon tronquée en caractérisant ces moments comme des moments dits Minsky. ( « Minsky moment »).

Cela n’implique pas un effondrement imminent, car des contre-tendances sont à l’oeuvre qui retardent et repoussent les échéances comme en 2008 et en 2020.

Cependant l’instabilité devient structurelle et c’est cette instabilité qui produit : les phases d’euphorie financière: chaque fois qu’il y a risque de chaos alors le système produit plus de liquidités et ces liquidités produisent l’euphorie.

Et l’inversion qui va avec:

On croit que c’est parce que les choses vont bien alors qu’en réalité c’est parce que les choses vont mal!

Aujourd’hui, plusieurs signaux convergent :

  • Niveaux records de dette mondiale (près de 350 000 milliards de dollars, soit plus de 300 % du PIB mondial).
  • Concentration extrême des gains boursiers sur quelques méga-capitalisations technologiques.
  • Inégalités croissantes entre détenteurs d’actifs financiers et salariés.

La résilience remarquable qui est constatée est artificielle et elle a un cout; ce cout c’est :

200 trillions de liquidtes globales

166 trillions de capitalisation bourseire

350 trillions de dette mondiale

Le capital fictif, loin d’être un simple accessoire, est devenu central dans le fonctionnement du capitalisme contemporain c’ est la béquille qui fait tenir le système tout en le minant en continu!

Un débat sérieux sur la régulation financière, la fiscalité du capital, le partage de la valeur ajoutée et le rôle de la monnaie et de la dette dans nos sociétés s’impose plus que jamais.

Il n’aura jamais iieu car ceux qui disposent du pouvoir de le décider sont ceux qui devraient se faire hara kiri pour que le système se survive.

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