Le déficit commercial américain depuis la mise en place des « grands et beaux tarifs »de Trump.
KobeissiLetter (4 juillet 2026) annonce des données du Commerce Department pour mai 2026 :
- Le déficit commercial américain en biens (goods trade deficit) s’est creusé de 22,8 milliards de dollars en un mois (+27 %), pour atteindre -105,8 milliards de dollars.
- C’est le plus important depuis mars 2025.
- Exportations en baisse de 11,8 Md$ (-5 %) → 207,7 Md$ (plus bas depuis février).
- Importations en hausse de 10,9 Md$ (+4 %) → 313,4 Md$ (plus haut depuis mars 2025).
- Raisons principales :
- Baisse des exportations d’énergie et de fournitures industrielles.
- Forte hausse des importations d’équipements pour data centers (ordinateurs, semi-conducteurs, équipements télécom) lié au boom de l’IA et des investissements tech.
Le graphique joint (source Bloomberg/Commerce Dept.) montre l’évolution du déficit en biens depuis 2024 : il fluctue, avec un creusement marqué début 2025, une amélioration relative ensuite, puis un nouveau élargissement en mai 2026 (point mis en évidence).
Les « grands et beaux tarifs » sont intervenus le 2 avril 2025, jour de Liberation Day. Trump a proclamé le « Liberation Day » et signé un décret imposant des tarifs réciproques massifs :
- Tarif de base universel de 10 % sur presque toutes les importations (dès le 5 avril).
- Tarifs plus élevés (jusqu’à 50 % ou plus) sur des dizaines de pays partenaires (dès le 9 avril).
- Objectif déclaré : réduire fortement le déficit commercial américain, ramener les usines aux États-Unis, protéger l’industrie et générer des revenus.
Ces tarifs ont ensuite été ajustés, partiellement suspendus ou modifiés face aux réactions des marchés et aux représailles des partenaires commerciaux ; ce sont les caprices du TACO!
Le taux moyen effectif des droits de douane américains est passé d’environ 2,4 % à des niveaux beaucoup plus élevés (jusqu’à ~9-10 % ou plus selon les périodes).
Évolution du déficit depuis avril 2025, voici ce qu’on observe sur la période :
- Effet « anticipation »début 2025
Avant et juste après l’annonce, les entreprises ont massivement importé pour stocker avant la hausse des tarifs produisant un pic de déficit avec les importations qui explosent). - 2025 dans son ensemble
- Déficit global biens + services : environ 901 milliards de dollars (presque identique à 2024 : 903,5 Md$).
- Déficit en biens seulement : légèrement en hausse (quelques dizaines de milliards de plus).
- Réduction notable du déficit avec la Chine (baisse d’environ 32 % sur l’année dans certains chiffres).compensé par des déplacements ailleurs
- Les tarifs ont généré des recettes douanières supplémentaires et accéléré une apparente diversification des approvisionnements et l’illusion d’un découplage partiel avec la Chine.
- 2026 et le creusement récent de mai
Le déficit en biens redevient très large en mai 2026.
Pourquoi ?- Importations qui montent : boom des investissements dans l’IA et les data centers (semi-conducteurs, serveurs, etc.). C’est en partie « bon » pour l’économie américaine (investissement productif).
- Exportations qui baissent : notamment l’énergie et les biens industriels.
- Les tarifs n’ont pas freiné suffisamment les importations globales, car la demande intérieure reste forte et certains produits (high-tech) sont moins sensibles ou proviennent de chaînes d’approvisionnement complexes.
- le vrai problème est macro economique, cest le taux dépargne insuffisant de l’Amerique
Ce que disent les économistes / analyses
- Le déficit commercial n’est pas seulement déterminé par les tarifs. Il reflète surtout l’écart entre l’épargne et l’investissement aux États-Unis (macroéconomie fondamentale). Les tarifs peuvent modifier la composition des échanges (moins avec la Chine, plus avec d’autres pays), mais n’inversent pas le déficit global.
- Résultats mitigés des tarifs jusqu’ici :
- Points positifs : recettes fiscales, réduction du déficit bilatéral avec certains pays, incitation à la relocalisation partielle.
- Points négatifs / limites : coûts plus élevés pour les consommateurs et entreprises américaines, volatilité des échanges, impact limité sur le déficit global, et parfois des effets de représailles sur les exportations