L’Iran. John Mearsheimer et Seyed Mohammad Marandi. Interview du 6 juillet

L’Iran John Mearsheimer et Seyed Mohammad MarandiArticle basé sur l’interview du 6 juillet 2026 diffusée sur la chaîne YouTube « Community Alliance for Peace and Justice » avec les professeurs John Mearsheimer et Seyed Mohammad Marandi.

Les funérailles de l’Ayatollah Ali Khamenei, décédé récemment, ont rassemblé des millions d’Iraniens dans les rues de Téhéran et accueilli près de 50 délégations étrangères.

Cet événement, décrit comme « sans précédent » par le professeur iranien Seyed Mohammad Marandi, révèle selon lui une société iranienne beaucoup plus résiliente et unie qu’on ne le pense souvent à l’Ouest.

Marandi souligne que la perception occidentale d’une Iran « fragile et faible » a été contredite par la réalité : malgré des décennies de sanctions, l’Iran a développé une société très éduquée (taux d’alphabétisation élevé), des institutions d’État solides et une capacité technologique notable (missiles, drones, biotech).

L’interview tourne largement autour du fragile cessez-le-feu (ou Memorandum of Understanding) signé à Islamabad qui a mis fin à la guerre directe entre les États-Unis, Israël et l’Iran

Pour John Mearsheimer (Université de Chicago), ce MOU représente une victoire claire pour l’Iran :

  • Les bombardements américains et israéliens (fin février – début avril) n’ont pas atteint leurs objectifs.
  • Le blocus naval n’a pas non plus fonctionné.
  • L’Iran conserve un levier important : le détroit d’Hormuz et son programme nucléaire.

Mearsheimer estime que Washington n’a plus vraiment d’option militaire crédible pour relancer une guerre aérienne majeure. Selon lui, l’administration Trump (ou ses successeurs) est contrainte de négocier, même si le lobby pro-israélien rend les choses compliquées, notamment sur le dossier du Liban.

Marandi, de son côté, reste très prudent. Il rappelle que les Iraniens ont une mémoire vive du JCPOA de 2015 : les États-Unis n’ont pas respecté leurs engagements.

Pour que les discussions nucléaires avancent, Téhéran exige d’abord des gestes concrets de la part de Washington (libération d’avoirs gelés, retrait israélien du Liban, etc.).

Le cadre Israël-Liban du 26 juin 2026, qui lie le retrait israélien au désarmement du Hezbollah, est vu comme une source de tension supplémentaire pour le MOU.

Mearsheimer observe que les États du Golfe (notamment les Émirats et l’Arabie saoudite) cherchent de plus en plus un modus vivendi avec l’Iran, effrayés par les ambitions régionales d’Israël. Marandi ajoute que l’Iran n’a pas frappé l’Arabie saoudite ni les Émirats lors des violations du cessez-le-feu, signe d’une volonté de désescalade

Mearsheimer considère que l’Iran n’est pas encore une grande puissance mondiale, mais qu’il est devenu un acteur régional majeur. Il note que la Chine et la Russie voient de plus en plus les États-Unis comme un « ennemi mortel » et que l’Iran constitue pour elles un allié naturel.

Marandi insiste sur le succès de la « guerre de l’information » menée par l’Iran et sur le fait que de nombreux pays du Sud global ont envoyé des délégations aux funérailles malgré les pressions américaines.

Dans sa conclusion, Mearsheimer livre deux enseignements majeurs tirés de l’histoire récente des États-Unis :

  1. Les limites du pouvoir militaire : les guerres du Vietnam, d’Afghanistan, d’Irak et maintenant d’Iran montrent que la supériorité militaire ne garantit pas la victoire politique.
  2. L’échec du changement de régime et de l’ingénierie sociale : vouloir « démocratiser » le Moyen-Orient par la force a été un désastre (Irak, Syrie, etc.).

L’interview dresse le portrait d’un Iran qui sort renforcé de l’affrontement direct avec les États-Unis et Israël, même s’il reste confronté à de nombreux défis internes et à une méfiance profonde envers Washington.

Le MOU de juin 2026 est fragile, mais il offre selon Mearsheimer une fenêtre de négociation que les États-Unis auraient tort de refermer.

Pour Marandi, tout dépendra de la capacité de l’administration américaine à honorer ses engagements — ce qui reste, pour l’instant, très incertain.

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