Editorial. L’ère de l’inversion généralisée. La Grande Inversion: le capital est en crise mais plus il est en crise et plus ils s’enrichit!

BRUNO BERTEZ

LE 19 Juillet

Nous vivons dans un monde d’inversion.

C’est l’une des caractéristiques les plus profondes de la postmodernité.

L’inversion — cette façon systématique de faire croire que l’on marche sur la tête — n’est pas un simple paradoxe. Elle constitue une structure sous-jacente de la pensée moderne.

Elle n’est pas illogique : elle obéit à sa propre logique, froide et implacable.

Vous vous étonnez que les élites affirment rechercher la paix en faisant la guerre ? Réfléchissez-y.

Vous vous étonnez qu’elles prétendent que la paupérisation des salariés soit nécessaire à la prospérité ? C’est étrange au premier abord, mais parfaitement logique dans leur système : pour « investir », il faut accumuler des profits massifs ; pour accumuler ces profits, il faut comprimer les coûts salariaux, surexploiter le travail et paupériser les travailleurs.

Du mal jaillit le bien.

La dialectique simpliste des contraires trouve ici son application la plus cynique.

Cette inversion plonge ses racines dans deux découvertes majeures de la modernité : la dialectique hégélienne vulgarisée (« du mal naît le bien ») et les avancées de la linguistique structurale qui ont dissocié le signe du réel qu’il est censé représenter.

Les mots ne disent plus les choses : ils les remplacent, les masquent ou les inversent. Le sens des mots glisse sur le réel.

Ainsi, dans le monde des publicitaires et des communicateurs, quand vous dépensez votre argent chez Carrefour, on vous annonce que vous « faites des économies ».

Quand le gouvernement vous retire des droits, vous surveille, vous contrôle et vous punit au quotidien, il prétend agir pour votre bien, votre sécurité et votre liberté.

Comme on le disait à une époque où l’on feignait encore de croire à ces formules : « La liberté est une plante fragile qui ne fleurit qu’en pot bien protégé par des barreaux. »

C’est une logique implacable qui s’est imposée à nous.

Elle marque toute notre culture, c’est devenu une structure, une forme, une Gestalt.

Cette inversion est devenue la règle.

Aux yeux du sens commun, presque tout finit par apparaître à l’envers : ce qui affaiblit les masses passe pour du progrès, ce qui enrichit les dominants passe pour de la vertu collective, et ce qui relève de la manipulation systémique devient de la fatalité inéluctable.

Seuls les mercenaires intellectuels au service des élites ploutocratiques perçoivent encore, dans une large mesure, la véritable architecture du monde qu’ils ont contribué à bâtir.

Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit : ces clercs qui ont trahi et ces mercenaires de la pensée n’ont pas conçu sciemment un monde inversé par pure volonté maléfique. Ils accompagnent, presque pas à pas, les évolutions spontanées, inconscientes, cybernétiques et régulatrices d’un système doté d’une intelligence adaptative redoutable. Ils accompagent ce que l’on pourrait appeler le Blob.

Ils se contentent souvent de rationaliser après coup ce que le système produit de lui-même.Comme vous le savez je soutiens que le système est un inconscient , et qu’il n’a qu’un projet: s’étendre, durer, se reproduire; comme le Blob!

Au service des dominants et des élites qui partagent avec eux une partie des fruits du système -la plus value-, ces intellectuels organiques ont abandonné toute prétention à servir les masses. Bien au contraire : à l’instar des publicistes, des médias dominants et de nombreux artistes, ils exercent une fonction de mystification et de pacification. Leur rôle est de rendre acceptable, voire désirable, ce qui devrait révolter.

Le monde post-moderne s’est en effet développé de façon profondément inégale.

Très inégal.

Des pans entiers de la population ont été laissés pour compte, transformés en « traînards » chroniques d’un progrès qui n’avance plus que pour quelques-uns.

La démocratie est un mythe, elle repose au minimum sur une tendance aux progrès de la conscience populaire, pas sur son obscurantisation volontaire. Le Pari Républicain de l’Intelligence s’est retourné en son contraire.

C’est précisément à la faveur de ce développement inégal — économique, politique, sociologique et culturel — que s’est creusé le fossé qui largue et paupérise les masses.

On ne le répétera jamais assez: le développement inégal des savoirs, des consciences, des pratiques et des expériences collectives explique en grande partie la capacité des élites à prélever sans rencontrer de résistance réelle.

Quand les peuples ne disposent plus des outils intellectuels et culturels pour nommer leur exploitation, la parade devient presque impossible.

C’est dans ce cadre que j’ai développé, depuis plusieurs décennies, une idée simple mais puissante: les marchés boursiers ont muté. Ils ne sont plus le reflet fidèle d’une prospérité réelle, mais au contraire le symptôme d’une crise structurelle et permanente.

Ils illustrent désormais la « loi du train » : crise → remèdes → résultante apparente de prospérité.

Ainsi par exemple les rachats d’actions par les entreprises ne sont pas un signe de prosperite, ils sont objectivement un signe de crise; c’est parce que rentabilité du capital investi est insuffisante que les entreprises préfèrent -et les capitalistes aussi bien sur- le distribuer plutot que l’employer dans l’exploitation productive. Par les rachats d’actions les firmes font la grève du capital, elles ne le mettent pas au travail parce qu’il ne rapporte pas assez.

Ce n’est pas la santé économique qui produit la hausse boursière, mais le recours incessant à des remèdes pour faire semblant que l’économie est prospère.

Ces remèdes sont multiples et multiformes.

Au niveau classique, ils se regroupent autour de trois grands piliers : les remèdes monétaires (création de liquidités, taux bas, quantitative easing), les remèdes budgétaires (déficits publics, dépenses massives) et les remèdes fiscaux et réglementaires (subventions, marchés publics, détaxations ciblées, etc.).

C’est précisément cette dynamique que nous allons examiner dans les lignes qui suivent.

Les déficits publics ne « vident » pas l’économie privée… ils la nourrissent.

Je développe cette idée depuis près de deux décennies, quand j’ai pris conscience de la portée de la réflexion de Keynes qui a explique que dans un système dominé par le crédit, on ne prête plus les épargnes. Les banques ne prêtent plus des excédents, les banques créent la monnaie en produisant les crédits, et les gouvernements créent la monnaie qui … finance et solvabilise leurs déficits.

Les hausses de la Bourse sont souvent le résultat des « remèdes » aux crises, elles ne son pas ou ne sont plus, le signe d’une prospérité réelle

Nous vivons dans un monde où la crise du système est endogène et endémique, les crises économiques sont plus que fréquentes, elles sont récurrentes! Et les fréquences se rapprochent. .

Face à ces déséquilibres de toutes sortes (chômage, récession, inflation, bulles de dette privée…), les gouvernements et les banques centrales mettent en place des remèdes.

Ces remèdes (création de monnaie, déficits publics, taux bas, subventions…) injectent des liquidités dans l’économie. Une grande partie de ces liquidités finit par aller vers les marchés financiers, ce qui fait monter les cours de la Bourse. Ce n’est pas le signe d’une économie en bonne santé, mais souvent le résultat de ces interventions.

Voici une explication/démonstration simple et claire de ce mécanisme, en s’appuyant sur l’analyse de l’économiste Steve Keen et les identités macroéconomiques de Keynes.

1. Le contexte : une dette publique qui semble « exploser »Le Government Accountability Office (GAO) américain prévoit que la dette publique des États-Unis pourrait atteindre 250 % du PIB dans environ 30 ans. Cela semble alarmant : une dette « qui explose ».

L’économiste post-keynésien Steve Keen détruit ce discours. Il explique que le GAO se trompe sur un point essentiel : un déficit public crée de la monnaie et ajoute de la richesse au secteur privé au lieu de la lui enlever.

Quand l’État dépense plus qu’il ne collecte en impôts, il injecte de l’argent neuf dans l’économie via les banques. Ce n’est pas un « trou » qu’il faut combler à tout prix, mais c’est un flux de liquidités vers les ménages et les entreprises.

2. Les équivalences macroéconomiques de Keynes : les déficits publics créent des excédents privés En comptabilité nationale, il existe une identité simple et incontestable (valable pour tous les pays) :Excédent du secteur privé = Déficit public + Excédent commercial.

Note : en simplifiant pour une économie sans commerce extérieur important : Excédent privé ≈ Déficit public

Cela signifie exactement ceci : Les déficits du secteur public sont la contrepartie des excédents du secteur privé. quand on y reflechit bien c’est une évidence, mais personne ne s’avise de le dire publiquement! Surtout pas les Gôches qui adorent les deficits! Tout en prétendant lutter contre le profit!!!

Deficits du secteur public= profits du secteur privé et si les déficits du secteur public américain sont financés par les étrangers comme c’est plus ou moins le cas, on peut sans exagérer dire que les profits du système capitaliste américain sont produits par le reste du monde! Eh oui!

Eh oui le monde réel objectif, celui du savoir n’est pas celui des apparences!

3. Comment les déficits créent concrètement des liquidités. Voici le mécanisme pas à pas :

  1. L’État décide de dépenser (salaires des fonctionnaires, retraites, investissements publics, aides…).
  2. Il n’a pas assez d’impôts donc il y a un déficit.
  3. La banque centrale crédite les comptes des banques des bénéficiaires ainsi de la monnaie nouvelle est créée.
  4. L’État émet des obligations pour financer ce déficit. Quand ces obligations sont achetées par les banques, le ratio dette/PIB tend à se stabiliser (selon l’analyse de Steve Keen), contrairement aux modèles simplistes qui prévoient une explosion.

Résultat : le secteur privé dispose de plus de liquidités et de plus d’actifs financiers nets.C’est l’inverse du discours classique qui dit « la dette publique prend l’argent des contribuables ». En réalité, elle en crée pour le privé.

4. Mon idée clé est bien sur connue des conseillers des Princes. Ils lisent comme moi les grand auteurs , soit les anciens comme Keynes soit les modernes comme les post keynesiens soit les théoriciens de la MMT, ils lisent même Minsky, Hussman et Mandelbrot ou Keen. Mais chut il ne faut pas que cela se diffuse, cela ne doit surtout pas traverse l’épaisseur du crane des politiciens, des médias et des syndicats.

En resumé: liquidités créées + excédent privé = hausse de la Bourse

Tout s’éclaire. Les liquidités injectées par les déficits publics créent un excédent d’épargne nette dans le secteur privé. Que fait cet excédent ?

  • Il peut être consommé (effet multiplicateur : plus de dépenses entraine plus d’activité).
  • Il peut être investi dans l’économie réelle (entreprises, usines…).
  • Il peut être placé sur les marchés financiers : actions, obligations, immobilier, etc.

Quand une grande partie de cet excédent va vers la Bourse surtout quand les taux d’intérêt offerts aux épargnants sont bas ou que l’investissement productif semble moins attractif, la demande pour les actions augmente les achteurs se font concurrence, les cours montent.

C’est exactement ce qu’on a observé après les grandes crises :

  • Après 2008 et surtout après 2020 , déficits massifs liés au Covid et plans de relance déclenchent des injections énormes de liquidité, des excédents sur secteur privé et in fine forte hausse des marchés actions.
  • Les entreprises rachètent leurs propres actions avec de l’argent « bon marché ».
  • Les fonds de pension, assureurs et particuliers placent leur surplus « d’épargne » en Bourse.

En résumé si vous m’avez suivi Je prétends que la hausse des bourses est mécanique, systémique et que les les conseillers des élites, la-haut au top et au super-top le savent. Ils en savent autant que moi, il est vrai que comme j’ai été un de leurs conseillers j’en connais un bout!

Et je vais plus loin, la hausse des bourses durera tant que le système fonctionera selon ce mécanisme mais que ce mécanisme a une limite, une finitude: c’est le maintien de la possibilité de financer les deficits, c’est le maintien de l’acceptation du dollar et le maintien du drainage des ressources mondiales au profit des USA. La soi disant résilience est un truc, un artifact, elle repose sur une pompe; un cycle qui s’alimente non dans la production harmonieuse de richesses réelles mais dans la production d’un imaginaire qui met en branle des perceptions lesquelles produisent des comportements.

BREF LA RESILIENCE C’EST LE MAINTIEN DE CETTE FORME DE SEIGNEURIAGE.

Il est à peine croyable que cette analyse -en gros- ait été en son temps produite par Bin Laden en 1992 dans un de ses premiers grands textes publics.


Ce n’est pas la prospérité réelle qui fait monter la Bourse. C’est le recours aux remèdes (déficits publics = remèdes budgétaires ; création de monnaie et taux bas = remèdes monétaires ; subventions et détaxations = remèdes fiscaux) face aux déséquilibres et aux crises.

Ces remèdes créent des liquidités qui, une fois transférées au secteur privé, alimentent la hausse des actifs financiers.

Le vrai danger vient de la dette privée. Steve Keen a raison et il répète depuis des décennies: le vrai problème n’est pas la dette publique, mais la dette privée celle des ménages et des entreprises.

La dette publique est nuisible, ce que Keen ne traite pas car il est socialisant: la dette publique met dans les mains des classes nomenklaturistes, étatiques, politiques, des fonctionnaires et des administrations, des ressources considérables ce qui augmente leur pouvoir sur les autres classes sociales , ce qui ne me convient pas!

-La dette publique crée des actifs pour le privé.

-La dette privée crée des passifs (dettes à rembourser)

-la dette privée enrichit surtout les banques.

Quand la dette privée devient trop élevée par rapport aux revenus, les crises éclatent (comme en 2008). La dette publique, elle, n’a jamais fait faire faillite à un pays qui émet sa propre monnaie (États-Unis, Japon, Royaume-Uni…).

Je vous invite à repenser les hausses boursières comme ceci: elles ne reflètent plus ce que l’on appelle la prospérité , elles sont l’expression de l’état du système, et de ses difficultés à continuer à avancer, durer, se reproduite. Les riches et ultra riches sont de plus en plus riches au fur et a mesure que la crise du système devient plus enracinée, plus frofonde, plus exigeante.

Je soutiens que la richesse des ploutocrates est un profit de guerre des profiteurs de la crise existentielle du capitalisme.

C’est une autre inversion , le capital est crise mais plus il est en crise et plus ils s’enrichit!

Grâce aux équivalences de Keynes et aux analyses objectives, logiques au dela des apparecnes, on comprend mieux le monde actuel : les hausses de la Bourse ne reflètent pas une économie prospère. Elles sont le résultat des remèdes mis en œuvre face aux crises et aux déséquilibres (création de liquidités via déficits publics, politiques monétaires accommodantes, etc.).

Ces remèdes injectent de l’argent dans le privé ; cet excédent cherche ensuite un placement, et une grande partie finit sur les marchés financiers.

C’est une logique d’inversion : ce qui semble être un signe de santé (hausse boursière) peut en réalité être le symptôme d’une économie soutenue artificiellement par des interventions massives.

Les remèdes aux crises créent les conditions des hausses. je l’ecris depuis 1987

VIVE LES CRISES!

ELLES NOUS ENRICHISSENT !

Si vous souhaitez des exemples chiffrés supplémentaires, une comparaison avec la France ou l’Europe, ou un focus sur un point précis, dites-le-moi !

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