Editorial. Vers une nouvelle Grande Stratégie Allemande: du projet européen à une orientation géopolitique traditionnelle vers l’Est? Un autre Barbarossa ?

L’avocat américain des droits de l’homme, Dan Kovalik :

« L’OTAN informe la Russie qu’elle compte l’attaquer en 2030. Si le projet est sérieux, pourquoi prévenir l’adversaire et lui laisser le temps de se préparer ?

La seule lecture logique est que la frappe viendra plus tôt. La guerre entre la Russie et l’Ukraine est une ‘Opération Barbarossa 2.0 »

BRUNO BERTEZ

Vous savez que c’est mon analyse.

A un moment donné lorsque les Etats Unis ont cessé de vouloir être en première ligne dans la guerre par procuration contre la Russie via l’Ukraine , l’Allemagne pris le relais.

Ou plus exactement l’Allemagne a saisi une opportunité et pris un virage, elle a enclenché une marche arrière historique, elle a repris le grand projet du Reich et de Hitler, le Drang Nach Osten; la conquête de l’Est et de la Mittel Europa.

C’est le retour à la Grande Strategie Géopolitique Geographique , beaucoup plus logique que la grande strategie de constitution de l’UE.

Cette strategie de Kohl et Merkel etait une erreur imbécile: elle affaiblissait l’Allemagne au lieu de la renforcer.

Elle n’avait d’intéret que pour les débouchés or cette question des débouchés est devenue subsidiaire.

Ce qui compte maintenant ce sont les ressources et les facteurs de production l’offre! Pas la demande.

L’UE affaiblit l’Allemagne , c’est un boulet social et financier car elle est profiteuse.

L’UE vit au dessus non seulement de ses moyens mais maintenant au dessus des moyens d’une Allemagne appauvrie par Trump.

Le Drang Nach Osten renforce l’Allemagne sous tous les points de vue, sa future profitabilité, son accès aux ressources, à l’agriculture pas chère, et à une main d’oeuvre habile et pas chère.

Ce renouveau strategique est aussi une revanche de l’Histoire.

Le calcul Allemand vise à reprendre le fil de l’Histoire là ou Hitler l’avait laissé mais en en tirant les leçons:

-alliance avec les juifs et israel,

-connivence avec les USA à qui on va acheter les armes et dont on va constituer le bastion avancé face à la Russie et alignements multiples dans la lutte americaine pour contenir la Chine

L’Allemagne veut etre le vassal préféré des Etats Unis pour en echange avoir le droit, le feu vert pour coloniser la Mittel Europa.

Tout est cohérent et c’est bien joué, surtout avec la volaille française que l’on va plumer au passage !

Le soutien de Macron à la politique nouvelle de l’Allemagne est une colossale erreur , elle n’achète même pas les armes françaises!

Macron va essayer de contrebalancer son infériorisation face à l’Allemagne par un lien avec les Anglais lesquels sont en déconfiture et en plus il va se faire berner !

Les Anglais vont s’essuyer les pieds sales sur le tapis macronnien.

Editorial. Vers une nouvelle grande stratégie allemande : du projet européen à une orientation géopolitique traditionnelle vers l’Est ?

La guerre en Ukraine a accéléré des recompositions profondes au sein de l’Europe. Parmi les lectures les plus tranchées figure celle de l’avocat américain Dan Kovalik, qui interprète les annonces de l’OTAN sur des capacités opérationnelles à l’horizon 2030 comme une forme de signalement à la Russie.

Selon lui, si une confrontation majeure était vraiment prévue pour cette date, il serait illogique d’en informer l’adversaire à l’avance. Cette observation conduit à considérer que le calendrier réel pourrait être plus resserré, et que le conflit ukrainien s’inscrit dans une dynamique d’affrontement direct entre l’Occident et la Russie.

Au-delà de cette lecture immédiate, une hypothèse stratégique plus large mérite d’être examinée : l’Allemagne aurait saisi l’occasion créée par un relatif désengagement américain de la ligne de front pour reprendre les rênes d’une politique à l’Est, dans une logique de grande stratégie géopolitique et géographique plutôt que dans le cadre exclusif de l’intégration européenne.

Du projet européen à la primauté des intérêts nationaux

Pendant plusieurs décennies, la stratégie allemande a reposé sur deux piliers complémentaires : l’intégration européenne et l’ancrage atlantique. La construction de l’Union européenne, portée notamment par Helmut Kohl et Angela Merkel, visait à ancrer l’Allemagne dans un cadre multilatéral, à sécuriser ses débouchés commerciaux et à diluer les craintes historiques de ses voisins.

Cette approche a produit des résultats économiques substantiels pour l’Allemagne, mais elle a aussi généré des coûts croissants.

Dans un contexte de compétition accrue pour les ressources, de fragmentation des chaînes d’approvisionnement et de priorités américaines recentrées sur l’Indo-Pacifique, cette stratégie apparaît de plus en plus comme un frein plutôt qu’un levier.

L’Union européenne impose des transferts financiers, des normes sociales et environnementales élevées, et une dilution de la souveraineté nationale. Pour une économie allemande confrontée à la désindustrialisation relative, à la dépendance énergétique et aux effets d’une politique commerciale mondiale plus protectionniste, l’UE devient un cadre coûteux qui ne garantit plus automatiquement la prospérité.

La guerre en Ukraine a fourni un catalyseur.

Alors que les États-Unis semblaient, à certains moments, privilégier une gestion indirecte du conflit, l’Allemagne a progressivement assumé un rôle plus direct dans le soutien à l’Ukraine et dans la définition de la posture européenne face à la Russie.

Ce virage n’est pas seulement tactique : il peut être lu comme le retour à une Grande Stratégie fondée sur la géographie et les facteurs de production.

Le retour d’une logique « Drang nach Osten » actualisée semble s’imposer.

Historiquement, la politique allemande vers l’Est (Drang nach Osten) répondait à une quête de ressources, de terres agricoles, de main-d’œuvre et d’espace stratégique. Dans sa version contemporaine, cette orientation prendrait une forme économique et politique plutôt que militaire directe : sécuriser l’accès aux matières premières, aux capacités agricoles et à une main-d’œuvre qualifiée à coût compétitif dans l’espace centre-européen et oriental.

L’Ukraine, en particulier, représente un potentiel significatif en termes de terres arables, de ressources minières et de reconstruction industrielle. Un ancrage plus profond de l’Allemagne dans cet espace – via des investissements, des partenariats industriels et une influence politique accrue – permettrait de réorienter la stratégie nationale vers l’offre (ressources et production) plutôt que vers la seule demande (exportations vers un marché européen saturé ou fragmenté).

Cette lecture gagne en cohérence lorsqu’on l’articule avec les autres axes de la politique allemande actuelle :

Le maintien d’une alliance étroite avec les États-Unis, notamment par l’achat d’équipements militaires américains, tout en obtenant une marge de manœuvre accrue à l’Est.

L’alignement sur les priorités américaines de containment de la Chine, qui libère des marges pour des initiatives européennes autonomes dans le voisinage immédiat.

Une relation pragmatique avec Israël, permettant de neutraliser certaines critiques historiques et de consolider le positionnement atlantique.

Dans cette configuration, l’Allemagne ne chercherait pas à défier frontalement les États-Unis, mais à devenir leur partenaire privilégié en Europe, en échange d’une reconnaissance implicite de ses intérêts prioritaires dans l’espace centre et est-européen.

Les implications pour les équilibres européens sont dramatiques.

Une telle réorientation aurait des conséquences directes sur les autres puissances européennes. La France, dont la politique de soutien à l’Ukraine s’inscrit dans une logique plus atlantiste et méditerranéenne, se trouverait relativement marginalisée. Les divergences sur les livraisons d’armes, sur la profondeur de l’engagement et sur la construction d’une autonomie stratégique européenne illustrent déjà ces tensions.

Un axe renforcé entre Berlin et les pays d’Europe centrale et orientale (notamment via des formats minilatéraux) pourrait accentuer ce décalage.

Le Royaume-Uni, quant à lui, offre une variable incertaine. Son affaiblissement relatif post-Brexit et ses propres difficultés internes en font un partenaire moins fiable pour un éventuel contrepoids à l’influence allemande.

Les tentatives françaises de construire un axe Paris-Londres risquent de se heurter à des priorités britanniques plus atlantiques et à une capacité d’influence limitée.

Ma lecture est bien sur audacieuse , mais présente une certaine cohérence interne : elle relie l’évolution de la politique allemande depuis 2022 à des constantes historiques (intérêt pour l’Est), à des contraintes structurelles (coûts de l’UE, dépendances énergétiques) et à des opportunités conjoncturelles (repositionnement américain).

Elle explique également pourquoi l’Allemagne pourrait accepter de porter une part importante du fardeau ukrainien tout en maintenant un ancrage transatlantique fort.

C’est une hypothèse du travail interprétatif. qu’il faudra vérifier pas à pas.

La politique allemande officielle continue de s’inscrire dans le cadre de l’OTAN et de l’UE, avec des investissements importants dans la défense collective et des efforts de coordination avec Paris et Varsovie. mais les propos, on le sait n’expriment pas forcément la réalité et encore moins les objectifs, ceux ci doivent rester cachés.

Les déclarations publiques insistent sur la nécessité d’une Europe plus forte et unie, non sur une domination unilatérale à l’Est. La question centrale pour les analystes est donc de savoir si les actions concrètes (investissements dans la reconstruction ukrainienne, position sur les futures négociations, relations bilatérales avec les pays d’Europe centrale) traduisent un simple ajustement tactique ou le début d’une réorientation stratégique plus profonde, où la primauté des intérêts nationaux allemands primerait à nouveau sur le projet européen tel qu’il a été conçu depuis les années 1950-1990.

Dans tous les cas, la guerre en Ukraine aura marqué un tournant : elle aura révélé que la grande stratégie allemande, longtemps masquée par le discours européen, n’a peut-être jamais complètement disparu.

Elle se reformule aujourd’hui dans un langage plus adapté au XXIe siècle : sécurité des approvisionnements, compétitivité industrielle et positionnement géopolitique dans un monde multipolaire. Cette évolution mérite d’être suivie avec attention, car elle conditionnera pour une large part l’avenir des équilibres de puissance en Europe.

4 réflexions sur “Editorial. Vers une nouvelle Grande Stratégie Allemande: du projet européen à une orientation géopolitique traditionnelle vers l’Est? Un autre Barbarossa ?

  1. Bonsoir Monsieur Bertez.

    Pour alimenter potentiellement la réflexion vers d’autres voies, je partage deux articles récents que j’ai aimés, qui ont été mis en ligne par « Spirit of free speech », qui permettent de revenir sur vos hypothèses puis de tenter de les élargir :

    • Le premier article est tiré d’un think thank ou d’un cercle de pensée déjà cité cet après-midi qui permet d’avoir une idée du point de vue russe. L’opération Barbarossa évoque chez eux des souvenirs vivaces, dans leur chair marquée à vif, à laquelle n’importe quelle propagande peut difficilement venir à bout :

    https://ssofidelis.substack.com/p/operation-barbarossa-85-ans-plus

    • Le second article me paraît plus intéressant. Il fait référence à René Girard sur lequel vous êtes récemment revenu notamment pour ses travaux d’actualisation autour du concept de « bouc émissaire » et permet de s’interroger sur les mécanismes psychologiques puissants qui déterminent souvent les actions des hommes quand le cycle des saisons laisse la place à l’hiver. Or, l’hiver vient manifestement. C’est à rapprocher également du « pharmakos » et du « pharmakon » chez les grecs, remis au goût du jour plus récemment pas Jacques Derrida et Bertrand Stiegler :

    https://ssofidelis.substack.com/p/non-ce-ne-sont-pas-les-juifs

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  2. Bonjour M. Bertez

    Toute crise présente des opportunités qu’il ne faut pas gaspiller! Real politik!

    Se tourner vers la Grande Bretagne dont la société est aussi en voie d’atomisation?

    Le taux de mortalité infantile en France est en augmentation; la presse s’interroge longuement mais surtout pas sur une hypothèse sinistre : le taux de la mortalité infantile est l’indicateur qui avait conduit Emmanuel Todd à prévoir l’effondrement de l’URSS….

    Cordialement

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  3. Vu que l’Ukraine a déjà perdu les plus gros gisements de matières premières d’Ukraine (Donbass et ce qui va disparaitre en limitrophe) récupérés par la Russie et que les terres agricoles, si elles ne sont pas polluées pour des décennies par les « déchets » de matériel militaire sont « propriété » des fonds de pension US, il sera nécessaire pour l’Allemagne d’envisager d’annexer la Biélorussie et la partie ouest de la Russie. J’ai bien peur que les allemands (avec leurs affidés français et anglais) ne négligent gravement le volet « défense existentielle » de la Russie, pourtant de nombreuses fois expliqué par Poutine et ses collaborateurs. Il est probable qu’ils n’auront même pas le temps de déplacer du matériel militaire sur les frontières comme en prélude de Barbarossa 1.0…

    « On ne peut pas résoudre un problème avec le même mode de pensée que celui qui l’a créé »

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