Les analyses des Trotskistes américains s’appliquent au niveau des idées et au niveau des principes aux pays européens ; je ne partage pas leurs prises de position, en particulier sur l’internationalisation, mais souvent je partage leurs analyses.
Vous noterez au passage l’incohérence trotskiste que l’on retrouve chez Melenchon: elle consiste a reconnaitre que les guerres occidentales sont des guerres impérialistes, colonialistes mais à ne pas oser dénoncer comme telles la guerre contre la Russie menée par procuration en Ukraine.
De même les Trotskistes n’osent pas montrer la continuité qui existe entre l’ambition fasciste d’Hitler dans la Mittel Europa et les nouveaux choix stratégiques de l’Allemagne, …et pour cause cela les mettrait sur la même position que … l’AFD!
WSWS
André Damon
Au cours de la semaine écoulée, l’administration Trump a simultanément intensifié sa campagne visant à détruire les droits démocratiques aux États-Unis et sa guerre criminelle contre l’Iran.
Aux États-Unis, des agents fédéraux de l’immigration ont tué deux travailleurs en six jours : Lorenzo Salgado Araujo, abattu le 7 juillet alors qu’il conduisait son équipe de construction sur un chantier à Houston, et Joan Sebastian Guerrero, touché par une balle à travers son pare-brise lundi à Biddeford, dans le Maine, puis menotté alors qu’il gisait sur le trottoir. Ces hommes commençaient leur journée sans se douter qu’ils seraient morts quelques heures plus tard.
Face à l’opposition populaire grandissante, Trump intensifie ses attaques contre les droits démocratiques.
Mercredi, en réaction aux manifestations de deuil suite aux meurtres commis par l’ICE, il a réaffirmé son soutien aux agents fédéraux de l’immigration, les autorisant à effectuer des contrôles routiers comme celui qui a conduit à la mort de deux hommes innocents. « Nous ne pouvons PAS renoncer à l’un des outils les plus importants et efficaces de l’ICE dans la lutte contre la criminalité : LE CONTRÔLE ROUTIER ! », a-t-il publié sur Truth Social, enjoignant l’agence à « reprendre son travail essentiel ».
À tous égards, les meurtres d’Araujo et de Guerrero furent aussi violents et brutaux que ceux de Renée Good et d’Alex Pretti. L’administration Trump considère les meurtres commis par les forces de l’ordre comme relevant du fonctionnement normal de l’État.
À l’étranger, les forces américaines ont mené cinq jours consécutifs de frappes aériennes contre l’Iran jusqu’à mercredi, rétabli un blocus naval des ports iraniens mardi et ciblé des sites de défense côtière et de missiles de Bushehr à l’île de Grande Tunb. La porte-parole du gouvernement iranien, Fatemeh Mohajerani, a déclaré mercredi que les frappes sur le sud de l’Iran avaient fait plus de 30 victimes civiles. Le ministère de la Santé a dénombré plus de 260 blessés.
Ce sont deux fronts d’une même guerre.
L’impérialisme américain mène une guerre à l’étranger pour soumettre l’Iran. Il mène une guerre intérieure contre la classe qui doit la financer et dont l’opposition doit être anéantie.
L’État policier instauré sur le territoire national est la condition sine qua non de la guerre plus vaste préparée à l’étranger.
L’impérialisme américain a déclenché une guerre le 28 février pour renverser le gouvernement de Téhéran et prendre le contrôle du détroit d’Ormuz. Plus de quatre mois après, le gouvernement est toujours en place et le détroit reste sous contrôle iranien.
Pour dominer le pays, Washington aura besoin d’une escalade majeure de la violence militaire, et l’administration a clairement indiqué qu’elle envisageait sérieusement l’envoi de troupes au sol. Interrogé mardi sur Fox News concernant l’envoi de troupes au sol en Iran, le président américain Donald Trump a déclaré : « Parfois, une campagne terrestre est nécessaire. »
« Il est très difficile d’imaginer un scénario permettant de sécuriser efficacement le détroit d’Ormuz sans déploiement de troupes au sol », a déclaré mardi à l’Associated Press Jason Campbell, ancien responsable du Pentagone et aujourd’hui membre du Middle East Institute. Une telle opération, a-t-il précisé, mobiliserait des dizaines de milliers de soldats et engendrerait des coûts très élevés.
Une invasion terrestre de l’Iran entraînerait des pertes américaines en morts et en blessés d’une ampleur inédite depuis des décennies, depuis les guerres de Corée et du Vietnam. Le Pentagone a reconnu lundi 14 morts et 414 blessés américains, un bilan systématiquement sous-estimé et totalement ignoré par les médias.
Le Pentagone chiffre publiquement le coût de la guerre à environ 30 milliards de dollars, mais NBC News a rapporté mardi que, selon une estimation interne du département – prenant en compte les bases endommagées, les avions détruits et les munitions (bombes et missiles) utilisées –, le coût pourrait atteindre 100 milliards de dollars.
Dans des estimations publiées fin juin dans Fortune , Linda Bilmes, de la Kennedy School de Harvard, évalue le coût à long terme de la guerre à plus de 1 000 milliards de dollars, dont 200 à 300 milliards pour la réparation de 228 sites militaires américains endommagés. Tout cela ne représenterait qu’un acompte sur le coût d’une invasion terrestre de l’Iran.
D’où viendra l’argent ? Le gouvernement américain est de facto en faillite.
La dette fédérale s’élève à 39 400 milliards de dollars. La dette publique représente plus de 100 % du PIB annuel du pays. Au cours des sept premiers mois de cet exercice budgétaire, le Trésor a versé 628 milliards de dollars d’intérêts, soit plus que les dépenses consacrées à Medicare.
La classe dirigeante américaine ne peut financer une telle guerre qu’en s’attaquant massivement aux programmes sociaux. Ces attaques susciteront une opposition farouche à une guerre profondément impopulaire. Selon un sondage Reuters/Ipsos réalisé dimanche, seuls 37 % des Américains se sont déclarés favorables à la reprise des bombardements.
L’administration Trump elle-même affirme le lien entre les deux fronts.
Dans une tribune publiée lundi dans le Wall Street Journal et intitulée « Pourquoi nous démantelons la CPI », le secrétaire d’État Marco Rubio a déclaré que les États-Unis détruiraient la Cour pénale internationale « pierre par pierre, s’il le fallait » – afin de protéger, selon ses propres termes, « les agents de la police des frontières qui s’efforcent d’expulser les criminels violents de notre pays, les Marines américains qui risquent leur vie pour rétablir l’ordre dans l’hémisphère occidental, et les procureurs fédéraux qui travaillent à démanteler les réseaux terroristes qui préparent des attentats sur le sol américain ».
Rubio place sous un même bouclier d’impunité les agents de l’immigration qui tuent des travailleurs dans les rues américaines, les Marines qui font la guerre à l’étranger et les procureurs qui emprisonnent des opposants politiques.
Jeudi à 21h, Trump prononcera un discours en prime time présenté comme un exposé sur l’intégrité des élections et les machines à voter, tandis que les bombardements sur l’Iran se poursuivent. L’administration met en place ce dispositif en prévision des élections de novembre, qui se dérouleront dans un contexte de crise politique, sociale et économique majeure. Mais les élections ne sont qu’un prétexte. Les inégalités sociales explosent, la guerre accroît les profits des compagnies pétrolières tandis que les travailleurs en paient le prix fort, et un État policier est le seul moyen de défendre un tel ordre social.
Le Parti démocrate ne s’oppose à rien de tout cela. Il s’agit d’une faction de la même classe dirigeante, et ses critiques envers Trump portent sur son incapacité à défendre efficacement les intérêts de l’impérialisme américain. Lorsque les forces américaines et israéliennes ont assassiné l’ayatollah Ali Khamenei le 28 février, premier jour de la guerre, le chef de la minorité sénatoriale, Chuck Schumer, s’est félicité de ce meurtre depuis la tribune du Sénat : « Je ne verserai pas une larme pour Ali Khamenei, le guide suprême de l’Iran, tué lors des premières frappes aériennes. »
Face à l’échec manifeste des objectifs de guerre de Trump, les démocrates se sont attachés à condamner l’administration pour sa défense insuffisante des intérêts de l’impérialisme américain. Schumer a dénoncé le « cessez-le-feu » signé par Trump à la mi-juin comme une « capitulation ».
Lorsque les meurtres de Good et Pretti ont suscité une vive indignation, les Démocrates ont conclu un accord avec Trump garantissant le financement de l’ICE sans aucune condition. Lorsque des millions de personnes ont rejoint les manifestations « No Kings » contre l’administration, les Démocrates et leurs alliés politiques se sont systématiquement employés à exclure la question de la guerre des protestations. Ce parti est celui de la guerre et de Wall Street, et sa fonction n’est pas de combattre la dérive dictatoriale, mais de contenir l’opposition.
La défense des droits démocratiques incombe à la classe ouvrière et est indissociable de la lutte contre la guerre. Dictature et guerre ont toutes deux une même origine : une oligarchie capitaliste incapable de gouverner démocratiquement ou de maintenir sa position mondiale par des moyens pacifiques. La lutte contre le terrorisme de l’ICE et contre la guerre contre l’Iran doit s’unifier au sein d’un mouvement indépendant de la classe ouvrière, aux États-Unis et à l’international, dirigé contre le système capitaliste lui-même.