Editorial. Réformer l’État en France n’est pas une option idéologique. C’est une condition de survie économique.

Milton Friedman le répétait avec constance : ce qui compte vraiment, ce n’est pas le niveau des impôts, ni même le déficit. C’est la dépense publique.

Car c’est elle qui mesure le véritable poids de l’État dans l’économie.

C’est elle qui capture la part de la production nationale captée, orientée et contrôlée par la puissance publique.

En France, ce chiffre atteint aujourd’hui environ 57 % du PIB.

Un niveau parmi les plus élevés des pays développés.

Plus d’un euro sur deux de richesse produite passe, d’une manière ou d’une autre, par les circuits de la dépense publique.

Quand l’État pèse trop lourd et que la dépense publique atteint de telles proportions, les possibilités d’ajustement et de réorientation de l’économie deviennent structurellement faibles.

Le secteur public, par nature plus rigide, plus protégé et moins exposé aux signaux de prix et de concurrence, absorbe une part massive des ressources. Il est inerte. Il change lentement, parfois très lentement.

Dans ces conditions, tout choc — conjoncturel, technologique, démographique ou externe — se reporte presque intégralement sur le secteur privé.Les capacité d’adaptation deviennent tres insuffisantes et souvent nulles.

Le secteur privé est en premiere ligne au front tandis que l’Etat et ses fonctionnaires sont en securité bien planqués à l’arrière .

C’est le secteur privé qui doit absorber les variations d’activité, les hausses de charges, les contraintes réglementaires supplémentaires et les efforts d’adaptation. Or, plus le secteur privé est comprimé, plus les efforts qui lui sont demandés deviennent disproportionnés et, à terme, difficilement supportables.

Autrement dit : plus l’État est gros, moins l’économie dans son ensemble est capable de se transformer rapidement. La flexibilité disparaît. La capacité de réallocation des ressources s’amenuise. Le système devient fragile.

L’urgence en France c’est la réforme de l’État. Avec un tel poids du secteur public, l’urgence n’est plus seulement de « moderniser » tel ou tel dispositif ou de « mieux cibler » telle ou telle aide. L’urgence est la réforme de l’État lui-même. Non pas une réforme cosmétique, mais une réforme de structure : revoir le périmètre de l’action publique, questionner l’efficacité réelle de chaque euro dépensé, réduire la rigidité des institutions et des procédures, et redonner de l’oxygène au secteur productif.

Friedman n’était pas un doctrinaire de la réduction de l’État pour le plaisir. Il soulignait un fait économique simple : au-delà d’un certain seuil, la dépense publique cesse d’être un stabilisateur et devient un frein.

Elle réduit la productivité globale, ralentit l’adaptation et transfère sur les acteurs privés une charge d’ajustement de plus en plus lourde.

La France se trouve précisément dans cette configuration. Tant que la dépense publique restera à ce niveau, les discours sur la compétitivité, la croissance ou la résilience resteront largement théoriques.

Car on ne peut pas demander au secteur privé de porter seul le poids de l’adaptation lorsque plus de la moitié de l’économie échappe, par construction, aux mécanismes d’ajustement.

Réformer l’État n’est donc pas une option idéologique. C’est une condition de survie économique.

Laisser un commentaire