La Fed « behind the curve » : un signal technique familier, mais une logique profonde inversée
C’est la première fois depuis 2021 que le marché monétaire anticipe aussi nettement des taux plus élevés que ceux fixés par la Réserve fédérale.
Le taux effectif des Fed funds se situe autour de 3,63 %, tandis que le rendement du Treasury à 2 ans dépasse 4,30 %.
On dit alors que la Fed est « behind the curve » : elle réagit trop lentement par rapport aux anticipations des marchés.
En 2021, le même écart s’était creusé alors que l’inflation accélérait.
La Fed a ensuite enchaîné une série de hausses agressives en 2022 et 2023.
Cette remontée brutale des taux a pesé lourdement sur l’or, l’argent et le pétrole, qui avaient jusqu’alors bénéficié d’une liquidité abondante et de taux réels négatifs.
Mais 2026 n’est pas 2021.Aujourd’hui, le contexte a profondément changé. La dette publique détenue par le public atteint déjà environ 101 % du PIB, les déficits budgétaires restent massifs (autour de 1,9 trillion de dollars pour l’exercice 2026 selon les projections du CBO), et le service de la dette devient un poste de plus en plus lourd.
Dans ces conditions, la marge de manœuvre pour une vague de hausses comparable à celle de 2022-2023 apparaît beaucoup plus limitée.
N’oubliez pas que de plus en plus les USA fiancent du long avec du court!
Les marchés intègrent certes une ou deux hausses possibles d’ici la fin de l’année, mais une remontée de plusieurs points de pourcentage semble politiquement et économiquement difficile à envisager.
Une politique monétaire trop restrictive ferait exploser le coût de refinancement de la dette et risquerait de déstabiliser l’ensemble de l’édifice budgétaire.
Ce que l’on observe n’est pas une simple erreur de timing. La gestion de la Fed est téléonomique : elle pilote en fonction des contraintes fiscales et budgétaires. Le « retard » apparent sur la courbe n’est pas tant un manque de réactivité qu’une résultante du combat permanent que mène la banque centrale contre les marchés.
On dit généralement que la Fed contrôle les taux courts mais pas les taux longs. Cette affirmation n’est plus tout à fait exacte.
Toute la politique monétaire actuelle est en réalité inversée. La Fed s’est arquée-boutée pour conserver le contrôle des taux longs (via le bilan, les achats d’actifs, la gestion de la liquidité et le messaging). Pour y parvenir, elle est obligée de céder une part du contrôle des taux courts.
Autrement dit, elle accepte d’apparaître « behind the curve » sur les taux directeurs afin de prévenir une remontée désordonnée de la partie longue de la courbe, celle qui pèse le plus lourdement sur le coût de la dette publique et sur la stabilité financière.
Implications pour les actifs
- Or et argent : un environnement où les taux restent relativement bas (ou ne montent que modestement) alors que l’inflation se maintient au-dessus de 3 % peut rester favorable aux métaux précieux.
- Pétrole : la situation est plus ambivalente, car elle dépend aussi des tensions géopolitiques et de l’offre.
- Obligations et actions : l’écart persistant entre le taux directeur et le 2 ans continue d’alimenter la volatilité sur les marchés de taux et de compliquer la valorisation des actifs risqués.
Le signal technique est le même qu’en 2021 : la Fed est en retard sur les marchés. Mais la capacité à rattraper ce retard par une série de hausses agressives paraît cette fois bien plus contrainte.
La vraie crise s’enclenchera le jour où la Réserve fédérale perdra réellement le contrôle des taux longs. C’est à ce moment-là que le conflit latent entre la nécessité de financer la dette et les exigences des marchés se transformera en rupture ouverte.
Les taux longs US se rapprochent dangereusement des niveaux de crise de 2007
Nous avons regulierement expliqué que le cout des politiques non conventionnelles n’était pas dans le présent, non dans le present les politiques non conventionnelles sont une drogue; leurs couts se manifestent dans le long terme quand il faut essayer de revenir aux normes et se sevrer!
Les pertes latentes dans les bilans sont deja considerables et le retour a des taux normaux détruit les actifs. Comme les actifs sont invendables il faut considerer qu’ils sont immobilisés et par conséquent créer des liquidités pour compenser la perte de liquidité de ces actifs
