Le déséquilibre systémique : le papier contre le réel
Tout notre système de prix est déséquilibré. Le papier est cher, le stuff est bon marché.
C’est la donnée fondamentale de notre époque, celle que les marchés, hypnotisés par leurs propres abstractions, refusent de regarder en face.
Le papier — actions, obligations, crédits, promesses monétaires, retraites, assurances — s’échange à des niveaux qui n’ont jamais été atteints en cent trente ans d’histoire boursière.
Les multiples de valorisation, le ratio capitalisation/PIB, le CAPE, le Q de Tobin : tous convergent vers un sommet absolu, supérieur à 1929, à 1965 et même à la folie de 1999-2000.
Jamais le marché actions américain n’a été aussi cher relativement à l’économie réelle qui est censée le sous-tendre.
Le choc sur les termes de l’échange est évident.
Dans le même temps, nous subissons le plus grand choc d’offre sur les principales matières premières de l’histoire moderne. Énergie, métaux, produits agricoles, minerais critiques : les contraintes physiques, géopolitiques et industrielles et les divers frottemments qui réduisent la fluidité des échanges s’accumulent avec une violence rare.
L’offre se contracte ou, au mieux, stagne, tandis que la demande structurelle, portée par la transition énergétique, les tensions militaires et la croissance des populations émergentes, continue de progresser.
Ce n’est pas une simple anomalie conjoncturelle. C’est un déséquilibre séculaire, systémique.
Le prix relatif entre le papier et le stuff a atteint un point d’extême.
Ou bien les prix du réel sont en retard et doivent rattraper, ou bien c’est la valeur de la monnaie — et de tout ce qui en dérive — qui doit chuter.
Il n’existe pas de troisième voie durable.
La finance contemporaine a construit un édifice où la liquidité monétaire a longtemps suffi à justifier n’importe quelle valorisation. On a confondu abondance de crédit avec création de richesse.
On a oublié que le papier n’est qu’un titre de créance sur le réel, et que le réel a ses propres lois, physiques et thermodynamiques.
Quand l’écart devient trop grand, la correction ne se fait jamais par un ajustement doux et rationnel. Elle se fait par rupture.chaotique , le monde dans ces cas là devient non derivable!
Ce déséquilibre finira en larmes. Non pas parce que les marchés « se trompent » au sens technique, mais parce qu’ils ont rompu le lien avec la substance.
Le papier trop cher et le stuff trop bon marché ne peuvent coexister indéfiniment. L’un des deux devra céder.
Et l’histoire, qui n’a jamais aimé les abstractions prolongées, se charge généralement de rappeler au système monétaire sa subordination à la matière.
Le stuff est plus lourd que les digits, la gravitation cela existe.
La question n’est plus de savoir si le rééquilibrage aura lieu. Elle est de savoir par quelle porte il entrera : par l’explosion des prix des matières premières ou par l’effondrement de la valeur relative de la monnaie.
Dans les deux cas, le papier, tel qu’il est aujourd’hui valorisé, en sortira profondément transformé.
En regardant en arrière 130 ans, il s’agit du marché boursier le plus surévalué de l’histoire.
En même temps, nous subissons le plus grand choc d’offre sur les principales matières premières de l’histoire.
Cela finira en larmes.
EN PRIME
Quand les taux longs montent cela veut dire que la monnaie a terme de dévalue ; la hausse des taux longs constitue une dévaluation de la monnaie a échéance. La hierarchie d s taux longs etablit une sorte d e hierarchie de devaluation entre les monnaies .