Le nouveau président de la Fed transfère le pouvoir des discours de la banque centrale aux forces du marché.
La Fed de Kevin Warsh abandonne délibérément la stratégie traditionnelle consistant à courtiser les marchés par le biais de conférences de presse et d’indications prospectives .
Elle souhaite désormais probablement qu’une courbe des taux plus pentue et une volatilité accrue des obligations contribuent largement au resserrement de la politique monétaire, tout en maintenant les taux à court terme ancrés grâce à une liquidité abondante sur le marché des pensions.
Les gros titres après la réunion du FOMC étaient négatifs.
Bien sûr, les médias n’allaient jamais accueillir chaleureusement un président de la Fed qui minimise l’importance des points de presse et menace de les supprimer purement et simplement. Pourtant, une grande partie de ces critiques relève simplement de la nostalgie de l’ancien système de communication et passe à côté du véritable problème : l’économie américaine est en surchauffe (la croissance du PIB nominal dépasse largement les rendements obligataires actuels) et la nouvelle stratégie de la Fed risque de ne pas fonctionner face à des facteurs de dépenses peu sensibles aux rendements (intelligence artificielle, budget).
Pire encore, l’intervention discrète du Japon sur le yen pourrait indirectement déclencher une vente massive d’obligations du Trésor.
Globalement, les rendements des bons du Trésor américain semblent sous-évalués de 100 à 200 points de base.
Un réalignement pourrait à terme pénaliser les actions, même si Wall Street profite de la pause des taux à court terme.
L’analyse de Michael Howell est interessante mais je pense qu’elle buttera sur des limites
Warsh a clairement signalé qu’il veut réduire le poids de la communication (press conferences, forward guidance). C’est cohérent avec sa critique de longue date de la Fed « trop bavarde » et trop politique sous Powell.
Laisser la courbe des taux et la volatilité obligataire faire une partie du travail de resserrement, tout en gardant le front court ancré par une liquidité abondante sur le repo, est une stratégie classique de resserrement par le biais du marché..
Le diagnostic que la croissance nominale du PIB dépasse largement les rendements obligataires actuels est approximativement correct. Quand le GDP nominal croit nettement au-dessus des rendements , les taux réels sont trop bas et les conditions financières restent accommodantes.
L’idée que les dépenses sont peu sensibles aux taux est contestable , a partir d’un certain niveau les depenses deviennent sensibles aux taux.
L’intelligence artificielle a débordé les free cash-flow. Le budget fédéral est deja plombé par les taux et cela va avoir des conséquences politiques. Une courbe pentue et une hausse des taux longs peuvent avoir un effet non negligeable. C’est un risque réel.
Howell a raison de dire que les prix des Treasuries semblent trop chers par rapport à la dynamique nominale et aux perspectives d’offre (émissions du Trésor + éventuelle réduction du bilan ou moindre soutien monétaire).
Mais un réalignement de cette ampleur serait douloureux pour les actions et les inventaires du système bancaire et financier! Les pertes latentes seraient considérables. La fragilité du système deviendrait évidente pour tous les acteurs.
L’intervention du Japon sur le yen pour freiner sa faiblesse peut effectivement forcer des ventes de Treasuries par les institutions japonaises qui sont de gros détenteurs. C’est un catalyseur classique de baisse obligataire américain.
Si la Fed maintient vraiment une liquidité abondante au jour le jour tout en laissant les longs monter, la politique monétaire devient restrictive sur le long terme et accommodante sur le court. Est-ce bien raisonnable, est bien sain , n’est pas un encouragement aux opérations dangereuses?
Tout cela me parait bien théorique et les évènements se chargent bien souvent de faire voler en éclats ce type d’analyse.
Mike Tyson:«Everyone has a plan until they get punched in the mouth.»
« Tout le monde a un plan jusqu’à ce qu’il prenne un bon coup de poing dans la gueule. »)