Le premier actionnaire exige depuis 2 ans une refonte de la gouvernance
J’ai soumis cette nouvelle à l’IA voici sa réponse
La démission de Patrick Molis du conseil de surveillance de Rubis, annoncée le 10 août 2026 avec effet immédiat, clôt (provisoirement ?) un bras de fer de plus de deux ans sur la gouvernance d’une société en commandite par actions (SCA).
Le scénario correspond globalement à ce que vous décrivez : entrée progressive au capital (franchissement des 5 % en 2024, montée à ~9,3-9,4 %), demandes de refonte du conseil de surveillance, rejet des résolutions en 2024, concession en 2025 (entrée de Molis et d’Anne Lauvergeon), départ de Ronald Sämann début 2026 « pour raisons personnelles », puis échec en juin 2026 pour faire entrer un proche (Alberto Pedrosa ou similaire) à la place d’un autre membre. Les résultats 2025 (hausse du résultat net, EBITDA en progression, 13e année de hausse du dividende) ont clairement aidé la gérance à contenir la pression.
Analogie avec Lagardère Le parallèle est pertinent. Chez Lagardère, le statut de SCA permettait à Arnaud Lagardère de contrôler la société avec une participation minoritaire. La pression d’actionnaires (Amber Capital, puis Vivendi/Bolloré) a abouti à l’abandon de la commandite, à une transformation en société anonyme et à une redistribution du pouvoir. Chez Rubis, la structure SCA protège également les gérants (familles Gobin/Riou et associés) avec une part très limitée du capital, ce qui frustrait des actionnaires significatifs (Molis/CNN ~9 %, Bolloré via Plantations des Terres Rouges autour de 5-6 %, Sämann, présence historique Dassault). Les critiques portaient sur la performance boursière passée (forte baisse 2018-2023), la gouvernance et la succession.
La différence majeure est que chez Rubis la direction a jusqu’ici tenu le coup : résultats solides, majorité des actionnaires ayant rejeté les demandes les plus agressives, et absence (pour l’instant) de transformation de statut. Les rumeurs de rachat (CVC, Trafigura) sont restées au stade de rumeurs non démenties explicitement.
Lecture de la démission
Le communiqué de Rubis est laconique : décision personnelle de Molis, siège laissé vacant (mandat jusqu’en juin 2028), conseil désormais à 11 membres indépendants (55 % de femmes). Pas d’explication publique détaillée.
Plusieurs interprétations sont possibles :
- Fatigue ou constat d’échec relatif après l’échec de juin 2026 et le départ de Sämann : difficile d’imposer un changement plus profond face à une majorité actionnariale qui soutient le statu quo tant que les résultats suivent.
- Accord discret ou simple retrait stratégique : Molis reste premier actionnaire et peut continuer à peser de l’extérieur (AG, presse, éventuels alliés).
- Signal que le conflit interne au conseil s’est envenimé sans perspective de gain immédiat.
Le timing (départ anticipé de près de deux ans) et le caractère « brutal » noté par certains médias suggèrent plutôt une rupture qu’un départ serein. Le conseil se retrouve plus « indépendant » sur le papier, ce que la société met en avant, mais la question de fond (pouvoir réel des commandités vs. représentativité des actionnaires) n’est pas réglée.
Ce que cela change (ou pas)À court terme, c’est un soulagement pour la direction : moins de friction interne, capacité à mettre en avant les performances et le dividende.
À moyen terme, rien n’empêche Molis (ou d’autres) de revenir à la charge, surtout si le cours stagne ou si la succession des gérants crée une fenêtre.
Bolloré reste en embuscade avec sa participation ; son style historique (raids, patience, pression sur la gouvernance) rappelle précisément ce qu’il a fait chez Lagardère.
En résumé, c’est un round gagné par le management grâce aux résultats et au soutien actionnarial majoritaire, mais le dossier gouvernance d’une SCA reste structurellement sensible dès qu’apparaissent des actionnaires importants et critiques. Comme souvent dans ces affaires françaises, la suite dépendra moins des communiqués que des performances, du cours de Bourse et d’éventuels mouvements capitalistiques. Molis a claqué la porte du conseil ; il n’a pas nécessairement vendu ses actions ni renoncé à ses revendications.
Le communiqué
Le distributeur de produits pétroliers Rubis a annoncé, ce lundi matin, la démission avec effet immédiat de Patrick Molis, membre indépendant du conseil de surveillance et (premier) actionnaire du groupe à un peu plus de 9%, via sa société Compagnie Nationale de Navigation (CNN).
Le groupe affirme dans son communiqué que le départ de Patrick Molis découle de la propre décision de ce dernier. Ce retrait fait suite à un bras de fer engagé avec la direction de la société, qui évolue sous statut de commandite, depuis plus de deux ans. Retour en arrière.
Mars 2024. L’homme d’affaire et ancien magistrat annonce avoir franchi la barre des 5% du capital de Rubis via son concert d’actionnaires. Peu de temps après, Vincent Bolloré fait la même annonce : il vient de passer le cap des 5% via » Plantation des Terres Rouges « , une société basée au Luxembourg. Patrick Molis indique dans le même temps son intention de récupérer la moitié des sièges au conseil de surveillance de la société. « Les inquiétudes croissantes de certains actionnaires concernant la gouvernance de Rubis ont contribué à la baisse importante de l’action entre 2018 et 2023 » écrit-il dans sa résolution. Le cours de bourse accuse, à cette époque, une baisse de l’ordre de 50% en 4 ans.
Quelques semaines plus tard, le Conseil riposte et évoque » une démarche brutale, sans volonté de dialogue, et hostile ». Il émet un avis négatif, à l’unanimité, sur les résolutions proposées par la Compagnie nationale de Navigation visant à refondre profondément le conseil, et en prendre le contrôle. Lors de l’Assemblée générale des actionnaires qui s’en suit, en juin 2024, elles seront d’ailleurs rejetées.
Patrick Molis parviendra à ses fins, un an plus tard. En juin 2025, alors qu’il a porté sa participation au capital du groupe à 9,3%, il intègre le conseil de surveillance et arrive même à y imposer l’arrivée de l’ancienne patronne d’Areva Anne Lauvergeon.
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Durant les mois qui s’en suivent les rumeurs vont bon train dans la presse sur l’intérêt pour Rubis de différents acteurs, à savoir le fonds luxembourgeois CVC Capital Partners ou la firme suisse de courtage de matières premières Trafigura. Le groupe qualifie ces informations publiées par l’agence Bloomberg de » rumeurs » mais ne dément pas explicitement.
En mai 2026 l’activiste Ronald Säman, lui-même actionnaire à hauteur de 5,6% et également très critique de la stratégie du groupe, quitte le conseil » pour raisons personnelles » affirme Rubis.
Patrick Molis lui ne lâche rien et envisage, à l’occasion de l’Assemblée générale des actionnaires à venir, en juin 2026, d’obtenir un nouveau siège au conseil de surveillance pour l’un de ses proches. En vain. Le 11 juin, l’AG rejette sa proposition visant à y faire entrer Alberto Pedrosa, en lieu et place de Yann Dever. Les dirigeants ont réussi à contenir ses vélléités et peuvent mettre en avant les résultats records de l’année 2025. Un résultat en hausse de 19 % à 309 millions d’euros, un Ebitda en progression de 7%. L’entreprise annonce relever son dividende pour la … 13ème année consécutive à 2,07 euros par action.
Patrick Molis laisse aujourd’hui son siège vacant près de deux ans avant l’échéance de son mandat, programmé pour juin 2028.