Une bonne interview de gerant

Sébastien Korchia Directeur des Investissements de Cogefi Gestion

Je ne peux dissimuler une forme de doute sur la poursuite à l’identique des tendances observées au 1er semestre…

Propos recueillis par Christophe Voisin

Boursier.com

Publié le 22/07/2026

Boursier.com : Quels enseignements tirez-vous du 1er semestre en Bourse?

S.K. : Au-delà des performances positives des grands indices, surtout si on y ajoute les dividendes qui pour beaucoup ont été versés à la fin de cette période, plus que jamais ces marchés ont affichés des déséquilibres majeurs avec des secteurs très performants et d’autres littéralement oubliés ou pour certains sanctionnés. Pour les grands gagnants comme la technologie (et encore seulement certains pans), les progressions à plusieurs dizaines de pourcents pour des indices comme le SOX ou le KOSPI coréen, et à plusieurs centaines de pourcents pour certains titres, ne peuvent qu’interpeller et faire réfléchir après quelques secondes d’émerveillement. Car si de tels parcours sont désormais possibles en quelques semaines de cotations, c’est parce que les investisseurs et surtout les particuliers américains et plus récemment les particuliers coréens, déplacent désormais de manière relativement cordonnée des sommes colossales. En quelques séances voire moins, parfois sans le savoir au travers l’utilisation des ETF composés de pondérations très élevées sur certains titres et très souvent redondantes entre ETF, des flux extraordinaires se déversent sur des actions où des groupes d’actions ne pouvant les absorber autrement qu’en faisant grimper les cours. L’utilisation désormais quasi systématique des ETF à levier (x2 et x3) et surtout des options à durée de vie de quelques heures (plus de 50% des volumes d’options traitées chaque jour aux Etats-Unis par les investisseurs individuels américains) n’a fait qu’amplifier le mouvement et les performances décalées d’une réalité économique beaucoup moins rose et géopolitique plutôt grise avouons-le. D’ailleurs, qui aurait pu prévoir des marchés positifs à la fin de ce semestre avec une guerre Iran-Usa, un blocage du détroit d’Ormuz, des taux longs à 5% sur le 30 ans américains, près de 3% au Japon et près de 4% pour l’OAT française, ceci avec des hausses de taux par la BCE et des anticipations de baisses de taux par la FED corrigées en anticipations haussières ! Personne ! C’est la dégradation de la prise en compte du risque qui a déséquilibré le couple risque/rendement. Une autre façon de le dire, à la fin de ce semestre, le risque action ou la prime de risque est très mal, voire pas rémunérée ce qui n’est pas un bon signe. A juste titre selon moi, Warren Buffet peu avant de tirer sa révérence en mai dernier mettait en garde contre une montée en puissance du trading spéculatif, comparant les marchés à  » une église avec un casino  » !

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Boursier.com : D’après vous, quels indicateurs faut-il particulièrement surveiller pour la seconde partie de l’année?

S.K. : En priorité les taux d’intérêt et de toutes les zones car les taux sont au centre de tout. Je parle un peu de taux courts administrés par les banques centrales, mais surtout des taux longs qui sont eux des taux de marchés. En premier lieu ils interviennent dans les valorisations au travers des taux d’actualisation ce qui est un point important pour les valeurs de croissance. Toute hausse impacte à la baisse les ratios boursiers comme le PER. Ensuite, à un moment où ces mêmes entreprises de croissance investissement des sommes colossales qu’elles mettent de plus en plus à emprunter, toute tension sur les taux va générer des couts financiers importants. Plus largement l’ensemble de l’économie est impacté par les taux (immobilier, investissement, etc…). Ensuite les Etats, pour beaucoup très endettés. On a vite oublié les 36.000 milliards de dollars de dettes des Etats-Unis, mais nous sommes en fait à quelques jours d’atteindre les 40.000 milliards ce qui va remettre ce sujet au gout du jour et avec les lui le sujet des élections américaines. Idem pour la France avec une OAT 10 ans qui pourra très difficilement empêcher le débordement des 4% à l’automne avec le vote du budget puis après avec l’échéance présidentielle. Enfin, le Japon qui avec son 10 ans près des 3% génère un risque fort d’arbitrage de l’épargne domestique japonaise depuis des taux américains où elle se place depuis très longtemps vers des solutions domestiques, ce qui serait très dommageable pour le marché obligataire américain. On pourrait rajouter les CDS (assurance) sur les sociétés de technologie, des CDS qui se tendent et donc marquent une inquiétude, le sujet de la dette privée aux Etats-Unis, etc, etc… Bref prioritairement les marchés obligataires car ils ne sont pas pollués par les flux évoqués au début de cette interview et nous donnent donc une lecture fiable de la situation et du stress

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