Le financement de l’IA est en train de violer toutes les regles de bonne gestion financière alors que le risque est colossal! Cela signifie qu’en cas de realisation du risque, la diffusion des pertes sera systemique et elle devront etre socialisées.L’engrenage, la taille et la militarisation constitueront la corde que le capital se donne pour se pendre.
L’essor de l’IA devient une machine de financement circulaire : entre innovation et risque systémique
L’explosion des investissements dans l’intelligence artificielle (IA) repose de plus en plus sur un système de financement interconnecté où les mêmes acteurs se soutiennent mutuellement.
Cette dynamique, qualifiée de « machine de financement circulaire », soulève des interrogations sur la solidité réelle de la demande finale et sur la propagation des risques au-delà des marchés actions.
Selon les informations relayées, Nvidia, le leader mondial des processeurs graphiques (GPU) essentiels à l’entraînement et à l’inférence des modèles d’IA, joue un rôle central dans l’organisation de financements massifs.
Le groupe collabore avec des géants de la finance – Apollo, BlackRock, Blackstone, Brookfield, Goldman Sachs et KKR – pour mobiliser jusqu’à 500 milliards de dollars de capital afin de soutenir le déploiement d’infrastructures d’IA.
Nvidia pourrait même co
uvrir jusqu’à 25 % de certains projets via des mécanismes de soutien.
Des discussions spécifiques avec OpenAI illustrent l’ampleur du phénomène : Nvidia aurait envisagé un soutien pouvant atteindre 250 milliards de dollars pour des baux portant sur des capacité de calcul, ainsi que jusqu’à 350 milliards de dollars pour l’achat de ses propres puces dans le cadre d’un même projet.
Ces montants s’inscrivent dans un réseau plus large liant Nvidia, OpenAI, Microsoft, Google, Amazon, Broadcom et d’autres acteurs via des investissements croisés, des achats de matériel et des contrats de services cloud.
Le graphique ci dessous montre ces interconnexions. Les flux de capitaux, de matériel et de services circulent entre ces entreprises, créant une interdépendance élevée.
Parallèlement, le marché des titres adossés à des actifs (ABS) liés à l’IA connaît une expansion rapide. Ces instruments, qui s’appuient sur des flux de trésorerie futurs ou sur des actifs (comme des GPU ou des centres de données), sont passés de 2,4 milliards de dollars en 2020 à 15,5 milliards de dollars l’année précédente, avec une trajectoire orientée vers un nouveau record en 2026.
Le financement de l’IA est dangereusement socialisé
Cette évolution transfère une partie du risque des actionnaires vers les obligataires, les assureurs et d’autres investisseurs en crédit.
Le financement de l’expansion de l’IA repose ainsi de moins en moins uniquement sur les fonds propres des hyperscalers (Microsoft, Amazon, Google, Meta) et de plus en plus sur des structures de dette complexes et des garanties fournies par les fournisseurs de matériel eux-mêmes.
La question centrale posée par l’analyse est la suivante : ce financement crée-t-il une véritable demande finale de la part des utilisateurs finaux, ou se contente-t-il de recycler des capitaux au sein d’un cercle restreint d’entreprises, soutenant artificiellement les revenus et les valorisations ?
Si la demande d’IA était aussi robuste que le suggèrent les valorisations actuelles, pourquoi l’écosystème aurait-il besoin de lever autant de fonds en interne pour continuer à croître ? Cette interrogation rappelle des mécanismes observés dans d’autres cycles d’expansion, où le financement fournisseur (vendor financing) peut amplifier la demande apparente tout en concentrant les risques.
En cas de ralentissement de l’adoption de l’IA ou de révision à la baisse des projections de rentabilité des modèles, les flux de trésorerie issus des baux et des contrats d’utilisation de capacité pourraient se détériorer simultanément.
Les garanties apportées par Nvidia et les structures ABS transformeraient alors un risque de crédit apparemment diversifié en un pari hautement corrélé.
Nvidia a récemment formalisé des protocoles d’accord avec les six institutions financières mentionnées pour créer des plateformes de financement dédiées au « compute » (capacité de calcul), visant à mobiliser plus de 500 milliards de dollars de capital tiers.
Le dirigeant de Nvidia, Jensen Huang, a présenté ces initiatives comme un moyen de rendre l’infrastructure d’IA « investissable » et accessible à grande échelle, tout en écartant les critiques de circularité.
Toutefois, la montée parallèle des spreads de credit default swaps (CDS) sur Nvidia – qui ont plus que doublé par rapport aux niveaux de fin mai 2026 – témoigne d’une vigilance accrue des marchés de crédit face à ces engagements.
En résumé, l’accélération du déploiement de l’IA s’accompagne d’une sophistication financière croissante. Si cette architecture permet de soutenir un rythme d’investissement sans précédent, elle expose également un éventail plus large d’investisseurs – actions, obligations et crédit privé – à l’incertitude quant à la demande ultime de capacité de calcul et à la valeur résiduelle des actifs sous-jacents. Les prochains trimestres permettront de juger si cette machine de financement circulaire alimente une croissance durable ou amplifie les vulnérabilités systémiques.
