Résumé des principales interventions de Scott Bessent (secrétaire au Trésor américain) le 20 août 2026.
Deux prises de parole importantes dans la journée : une interview exclusive le matin sur CNBC (Squawk on the Street avec Sara Eisen) et des échanges avec les journalistes de la Maison-Blanche un peu plus tard.
Ces déclarations ont été largement diffusées et commentées.
Sur les rachats de Treasuries (buybacks) et les rendements obligataires, Bessent a défendu l’annonce de la veille (doublement au minimum des rachats d’obligations longues, à au moins 4 milliards de dollars par opération à partir de septembre). Ses arguments :
-Le marché est « peu liquide » en août, influencé par beaucoup d’émissions d’entreprises.
-Les rendements ne reflètent pas les fondamentaux selon lui ; la liquidité, surtout sur le 30 ans, est « très mauvaise ».
-Le montant pourrait dépasser les 4 milliards par opération (« we have a big toolkit »).
-Il a parlé d’une forme de « Treasury twist » et affirmé disposer d’« informations asymétriques » que le marché n’a pas sans préciser lesquelle).
Face au rebond des rendements le jour même, il a minimisé : « Tout ce qui se passe sur 24 heures n’est que du bruit. »
Sur la dette publique à 40 000 milliards de dollars
-« Il n’y a rien de magique dans le chiffre de 40 000 milliards. On peut s’en sortir par la croissance » (grow our way out of that).
-Il relativise le montant « coté » (une partie est détenue par des fonds publics comme la Sécurité sociale).
-Il annonce d’un effort accru de consolidation budgétaire avec le directeur de l’OMB Russell Vought (côté recettes et dépenses), piloté par Trump, qui pourrait être détaillé fin de semaine ou début de semaine suivante. Combiné à la task force anti-fraude du vice-président, cela pourrait permettre d’économiser « plusieurs centaines de milliards ».
Il estime qu’il y a de « très bonnes chances » que le déficit ait déjà atteint un pic sous cette administration.
Sur le pétrole, l’Iran et les sanctions
Il dit ne « pas vraiment comprendre » le rebond des prix du pétrole.
-L’annonce d’actions économiques maximales contre l’Iran devrait faire baisser les prix du pétrole plus tôt, et il exclut (pour l’instant) un redémarrage à grande échelle d’actions militaires (« kinetic »).
Conférence de presse prévue lundi pour détailler « les sanctions les plus dures de l’histoire », destinées à « faire s’effondrer ce régime » via un isolement économique coordonné mondial (« you are either with us or against us »). Il mentionne le contrôle du détroit et la pression sur les alliés (y compris conversations privées avec la Chine).
Autres points
-Inflation : l’inflation core (hors énergie) et salariale est en baisse ; les effets de second ordre restent limités.
-Économie et emploi : les chiffres de l’emploi sont « bruyants » ; il met en avant une renaissance manufacturière liée aux politiques commerciales, fiscales et énergétiques de Trump.
-Remboursements de tarifs (ex. 1 milliard pour Target) : qualifiés de « corporate welfare » résultant de poursuites d’attorneys general démocrates ; il est confiant que les revenus tarifaires reviendront via les Section 301.
Bessent a cherché à rassurer les marchés sur les rendements longs et la dette, tout en signalant une posture plus active du Trésor et une pression économique renforcée contre l’Iran.
Il a plutot fait sourire . Ses propos ont l’allure de dénégations, le genre de dénégations que l’on entendait dans le passé avant les dévaluations pendant les crises monétaires!
Les marchés ont montré un certain scepticisme, avec un rebond partiel des rendements après l’interview. Normal, il a voulu communiquer sans avoir quoi que ce soit à annoncer.
COMMENTAIRE DE FINNEKO
Contrairement à Trump, on est jamais déçu quand on écoute Bessent et son message était limpide hier. Le Trésor américain considère que les taux longs sont trop élevés et il est prêt à intervenir davantage pour tenter de les faire redescendre.
Le problème est qu’on n’est pas sorti de l’auberge.
La réaction du marché fut très intéressante. Après l’annonce initiale, les taux longs américains avaient fortement baissé mais le mouvement a rapidement été effacé et le rendement est revenu presque là où il se trouvait avant l’intervention de Bessent. Peu rassurant et cela montre que les rachats peuvent influencer le marché pendant quelques heures ou quelques séances mais ne modifient pas les fondamentaux qui déterminent le prix du capital à long terme.
Bessent estime d’ailleurs que les rendements actuels ne reflètent pas correctement les fondamentaux économiques américains. Je suis conscient qu’on est dans de la communication et non dans l’ignorance mais le décalage est immense. Si les États-Unis veulent un Treasury à 30 ans beaucoup plus bas, il faudra probablement une combinaison de croissance plus faible, d’inflation plus basse, de déficits réduits ou d’une demande structurellement plus importante pour la dette américaine. La politique du « Run it Hot » dont on parle depuis avril 2025 est incompatible avec des taux longs plus bas.
L’autre élément frappant de son discours concerne l’IA. Bessent reconnaît explicitement que les énormes besoins de financement liés aux data centers et aux infrastructures technologiques peuvent contribuer à maintenir les taux longs élevés (tiens, tiens, tiens…). C’est un point que je trouve fondamental car Washington doit financer ses déficits au moment même où les hyperscalers, les data centers, les utilities, les infrastructures énergétiques, les semi-conducteurs et potentiellement tout l’écosystème du private credit cherchent eux aussi des centaines de milliards de dollars. Ajoutez à cela les besoins de financement de la défense américaine, la réindustrialisation et les émissions souveraines dans le reste du monde. Pas facile.
Bessent a essayé de répondre à cette inquiétude en évoquant une nouvelle phase de consolidation budgétaire. Il affirme qu’il existe encore plusieurs centaines de milliards de dollars d’économies possibles et avance également que certaines composantes du déficit actuel pourraient être temporaires. C’est probablement la partie la plus rassurante de ses déclarations mais ça reste à mourir de rire, soyons sérieux.
Par contre, il reste optimiste quand il affirme que les États-Unis pourront en grande partie réduire le poids de la dette grâce à la croissance, et en théorie, c’est parfaitement possible. Si le PIB nominal augmente plus rapidement que le coût moyen de la dette, le ratio dette/PIB peut progressivement diminuer. À méditer pour la France mais personne n’y pense (ahurissant). Le problème est qu’on part d’un déficit budgétaire supérieur à 6% du PIB, avec des dépenses sociales structurellement croissantes, des dépenses militaires qui augmentent et une charge d’intérêts qui dépasse les 1 000 milliards de dollars par an. La croissance aide énormément mais ne peut pas éternellement compenser un déficit primaire aussi élevé.
Personnellement, je trouve le discours global de l’administration sacrément difficile à concilier. On veut une croissance forte pour réduire mécaniquement le poids de la dette, on veut maintenir les taux longs relativement bas pour faciliter le financement de l’économie, on veut encourager les investissements gigantesques dans l’IA et la réindustrialisation, tout en espérant parallèlement que l’inflation revienne tranquillement vers 2%. Rien ne va dans la même direction et on ne parle clairement pas d’une politique destinée à casser l’inflation.
Aussi, encore une fois, il n’y a rien de bullish pour le dollar dans ces déclarations. Quand les investisseurs considèrent qu’un État cherche à contenir artificiellement le coût de sa dette, ils peuvent demander une prime de risque plus importante soit sur les obligations, soit sur la monnaie. Si le rendement réel ne rémunère plus suffisamment le risque budgétaire, l’ajustement peut progressivement passer par le dollar, l’or ou d’autres actifs réels, c’est le debasement trade.
Au fond, tout cela montre la limite de la microstructure face à un problème macro. Je continue de penser que Bessent est extrêmement compétent (c’est un euphémisme) dans la compréhension des marchés mais ici le problème est trop gros, et il le sait. Les États-Unis veulent tout financer en même temps, maintenir une croissance forte, conserver un dollar solide et empêcher les taux longs de devenir trop élevés. Il est possible de réussir une partie de ces objectifs en même temps mais les réussir tous simultanément est beaucoup plus compliqué. Il faudra donc faire des choix, à moins que… (je vous laisse finir la phrase sinon ce ne serait pas drôle)
,