Donner sa vie pour sortir des chaines de la dette.
Enrôlement des Américains endettés en âge de servir
La guerre narrative sur le front intérieur américain a déjà échoué.
Le Pentagone n’a pas réussi à vendre cette guerre au public américain, parce qu’elle a été rhétoriquement fusionnée avec les opérations d’Israël à Gaza, et l’opinion publique américaine refuse cette fusion.
Les chiffres du recrutement sont inférieurs à ce qu’exigerait une invasion terrestre de l’Iran. Les estimations pour une campagne terrestre réussie contre les 31 commandements provinciaux iraniens et sa doctrine de défense «mosaïque» vont de 750 000 à 1,5 million de soldats américains.
L’armée de terre américaine active compte aujourd’hui environ 452 000 hommes.
Pourtant, l’histoire américaine offre une voie. Pas la conscription ni un draft à la manière d’une guerre mondiale, mais un enrôlement par un « programme d’effacement de dettes ».
L’Américain moyen de 18 à 34 ans porte plus de 40 000 dollars de dettes hors immobilier — prêts étudiants, cartes de crédit, crédits auto, prêts personnels — et certaines estimations montent jusqu’à 100 000 dollars.
C’est la cohorte dont le Pentagone a besoin. Un programme fédéral d’effacement de dettes lié à l’enrôlement, qui effacerait intégralement prêts étudiants, cartes de crédit et autres crédits après 24 ou 36 mois de service, et qui étendrait le GI Bill, produirait un volontariat à grande échelle.
Ce n’est pas théorique.
C’est l’État américain faisant ce que l’État américain a toujours fait quand il avait besoin d’effectifs qu’il ne savait pas générer autrement.
La Seconde Guerre mondiale a offert le GI Bill. Le Vietnam a offert les reports d’études. Les guerres post-11 septembre ont offert primes à la signature et voies vers la citoyenneté. La guerre d’Iran devra offrir un allègement de dette.
L’économie de l’Américain endetté de vingt et trente ans en fait le mécanisme de conversion le plus efficace dont disposent le Pentagone et l’administration Trump.
La lecture morale de tout cela est inconfortable. Mais les États produisent les soldats dont ils ont besoin par les incitations qui marchent sur la population qu’ils ont.
On admirera la franchise. Le texte ne dit pas : « les jeunes devraient servir leur pays ». Il dit : ils sont coincés sous 40 000 dollars de dettes, donc on peut les acheter. Ils peuvent vendre leur vie.
C’est une théorie assez propre du patriotisme contemporain : moins le drapeau et plus le taux d’intérêt.
On ne lève plus une armée, on refinance un bilan. En mettant sa vie , son seul actif, dans la balance.
Le GI Bill d’hier devient un rachat de créances. La vertu civique se négocie en points de base.
L’ironie est qu’on dénonce souvent, à juste titre, les « dettes étudiantes qui brisent une génération » — puis on découvre que cette même dette est un levier de politique étrangère.
Ce qui était un échec social devient une ressource stratégique.
Quel gâchis de ne pas y avoir pensé plus tôt : on aurait pu appeler ça de l’inclusion financière si on avait respecté le vocabulaire de Davos.
Le paragraphe final a au moins le mérite de l’honnêteté glaciale : les États prennent les hommes qu’ils ont, avec les appâts qui marchent. Ici, l’appât n’est ni la gloire, ni même vraiment le salaire. C’est la permission de recommencer sa vie à zéro, à condition d’accepter d’être envoyé là où le recrutement volontaire ne suffit plus.
Donner sa vie pour sortir des chaines de la dette.
On peut y voir du réalisme. On peut aussi y voir le portrait d’une société où le service militaire n’est plus un devoir partagé, mais voie de survie et de liberation pour les pauvres escalves de la dette.
Ce n’est pas la conscription. C’est plus élégant. C’est le marché.