Le jeu long de Poutine

Malgré les soubresauts d’une relation jamais linéaire, et malgré ce que beaucoup, à Moscou comme ailleurs, ont fini par considérer comme la tromperie d’Anchorage – cet « esprit » invoqué puis démenti, ces prétendus accords jamais formalisés -, Vladimir Poutine tient à tout prix à maintenir le fil avec Donald Trump.

Le courant passe entre les deux hommes.

Le président russe, lui, a le temps. Il sait que tant que ce canal reste ouvert, Washington a toutes les chances de continuer à s’éloigner de l’Europe.

La rencontre de samedi 5 septembre 2026 au Kremlin avec Steve Witkoff, envoyé spécial du président américain, et Jared Kushner, gendre de Donald Trump, s’inscrit dans cette logique.

Elle n’est pas un hasard de calendrier.

Elle est un instrument.Dmitri Peskov l’a dit sans détour au journaliste Pavel Zarubin, de Vesti : le simple fait que cette rencontre ait lieu témoigne d’un climat de confiance, au moins par ce biais de communication, et de son renforcement.

Des échanges plus approfondis de ce type, a-t-il ajouté, ont généralement lieu lorsque le chef de l’État juge nécessaire de transmettre des messages.

Les messages, on les devine. Poutine promet de bonnes affaires et de bons deals économiques à Trump et à son entourage. Kirill Dmitriev, l’homme des investissements et du Fonds russe d’investissement direct, n’est jamais loin de ces conversations.

L’économie n’est pas un à-côté : c’est le levier. Offrir des perspectives de reconstruction, d’énergie, de grands contrats, c’est parler la langue que l’administration Trump entend le mieux.

Poutine n’a pas besoin d’un sommet spectaculaire tous les mois. Il a besoin que le canal Witkoff-Kushner tienne. Un canal personnel, peu bureaucratique, peu européen. Plus ce canal fonctionne, moins l’Europe pèse dans l’équation.

Les États-Unis, déjà tentés par le désengagement, trouvent dans cette relation un prétexte et une direction : moins d’alignement avec Bruxelles, moins de chèque en blanc à Kiev, plus de « deals » bilatéraux.

Sur le théâtre ukrainien, une autre lutte se joue, moins visible mais tout aussi politique.

La tension entre le GUR (renseignement militaire) et le SBU (sécurité intérieure), récemment éclatée jusqu’à un échange de tirs à Kiev, n’est pas qu’une affaire de services rivaux.

Pour certains observateurs, elle dessine une lutte d’influence plus large : CIA d’un côté, MI6 de l’autre. Dans cette lecture, Washington pousserait vers la paix , y compris, si besoin, en « coiffant » Volodymyr Zelensky par une sorte de gouvernement d’union nationale, plus malléable pour un compromis.

Londres, historiquement plus dur sur le dossier ukrainien, défendrait une ligne moins conciliante. Que cette grille soit exacte ou trop schématique, l’incident de Kiev et les remaniements dans les services montrent une chose : le pouvoir à Kiev est sous pression, et les parrains occidentaux ne parlent plus d’une seule voix.

Poutine, lui, observe.

Il félicite Trump, reçoit son gendre et son envoyé, parle de confiance, ordonne une pause de frappes sur Kiev le temps du passage américain, puis rappelle que les « causes profondes » du conflit n’ont pas disparu. Il ne cède pas sur le fond. Il attend que le temps, la lassitude occidentale et les affaires fassent le travail.

Anchorage a montré les limites des grands gestes. Le canal Witkoff-Kushner, lui, dure. C’est précisément ce que Moscou cherche à préserver : non pas l’illusion d’un accord immédiat, mais la continuité d’une relation qui, tant qu’elle existe, tire les États-Unis hors de l’orbite européenne.

2 réflexions sur “Le jeu long de Poutine”

  1. Le jeu long de Poutine… et Cie !

    Un « Plan » à Long Terme : Il y avait, chez ceux qui entreprenaient de réaliser ce « Plan », un extraordinaire esprit de patience. Car la réussite de celui-ci ne saurait être accompli que grâce à de bien longues périodes d’années.

    NB : Les pays se sont ruinés sans s’en apercevoir. Comme personne n’apporte de solution miracle (c’est impossible au niveau actuel du Plan), les hommes qui sont au pouvoir visible tentent de créer l’illusion que tout va bien. C’est la raison pour laquelle tout a été fait pour corrompre la classe politicienne. Et les peuples continuent de flatter, pour le temps qui leur reste, ceux qui donnent l’impression d’écarter d’eux toutes les calamités. Inutile de vous dire que cette espérance est et sera trompée. Tous les accords de paix dont vous avez entendu parler depuis la « guerre du Golfe », tous les évènements de Russie faisant croire à une nouvelle ère où le Communisme serait renvoyé au cimetière sont des « composantes » du Plan. Pensez-vous réellement que cette « Organisation » qui a financé Lénine, qui a donné la moitié du monde à Staline avec la complicité des dirigeants de l’époque accepterait de tout arrêter alors qu’elle est si proche du but ? Croyez-vous sérieusement que tous les montages secrets qui ont permis au Socialisme d’être planétaire vont s’arrêter là ?

    Comprenez que le Communisme ne sera réellement mort que le jour où son « père nourricier », à savoir le Capitalisme ultra libéral de la Haute Finance, ne sera, lui-même, plus de ce monde !

    Visitant un jour les ruines de Stalingrad, le Général de Gaulle s’exclama : « Ah, Stalingrad ! Quel peuple remarquable, quel grand peuple ! » Il ne parlait pas des Russes mais des Allemands ! (Cf William Craig, Ennemy at the Gates, 1973)

    Avec la grande duperie de la « Perestroïka » (Restructuration) et l’imposture de la « Glasnost » (Transparence), nous assistons depuis quelques temps au « Glissement » mondial (Européen pour commencer) vers une Deuxième « Révolution d’Octobre ».

    Pour faire une révolution, disait Julian Huxley (le frère d’Aldous), l’alternative démocratique est la plus désirable et la plus permanente, la méthode totalitaire s’autodétruit à la longue.

    Cordialement.

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