Le marché du crédit envoie un signal sectoriel qui devrait faire reflechir

Le marché du crédit envoie un signal qui devrait faire reflechir : la Tech est devenue nettement plus risquée que les banques. Le graphique des primes CDS à 5 ans par secteur, publié par Topdown Charts (données LSEG) et relayé par l’excellente Samantha LaDuc, montre une divergence historique.

En rouge, le secteur technologique. En noir, les banques (échelle de droite). Pendant plus de vingt ans, les deux courbes ont souvent bougé ensemble lors des crises.

En 2025-2026, elles se séparent violemment.

Un CDS (Credit Default Swap) est une assurance contre le défaut de paiement. Plus la prime est élevée, plus le marché estime probable qu’une entreprise ne remboursera pas sa dette.

Le graphique compare les primes moyennes à 5 ans des entreprises tech et des banques.

Les banques restent autour de 50 points de base, un niveau historiquement bas.

La Tech, elle, a grimpé vers 300-370 points de base, un niveau rarement vu hors crise financière majeure pour ce secteur.

Deux décennies de parallèle… puis la rupture

Entre 2004 et 2024, les deux secteurs réagissent aux mêmes chocs :

-2008-2009 : explosion des deux courbes (Tech encore plus haute sur son échelle).

-2011-2012 : nouvelle poussée liée à la crise de la zone euro.

-2020 : pic Covid.

-2022-2023 : resserrement monétaire.

Depuis 2025, le découplage est net.

Les banques restent « sures ». La Technologie se pourrit .

Le phénomène n’est pas un simple caprice de marché.

Il reflète plusieurs dynamiques simultanées.

D’abord, l’émission massive de dette. Les hyperscalers et les acteurs de l’IA ont levé des centaines de milliards de dollars pour financer data centers, puces et infrastructure. Alphabet, Amazon, Meta, Oracle, Nvidia et d’autres ont considérablement augmenté leur endettement. Cette offre de papier pèse sur les mesures de risque .

Ensuite, le cash-flow. Pour plusieurs de ces groupes, le cash-flow libre s’est fortement dégradé, voire est devenu négatif, à cause des investissements colossaux. Le marché se demande quand (et si) le retour sur investissement arrivera.

Oracle illustre le cas le plus tendu : dégradation de notation, levier élevé, CDS qui ont atteint des niveaux inédits depuis la crise de 2008 pour cette entreprise. D’autres noms (Broadcom, certaines neoclouds comme CoreWeave) ont aussi vu leurs spreads s’écarter fortement.

Enfin il y a un effet technique. Plus il y a de dette à couvrir, plus la demande de protection par CDS augmente. Les banques et les investisseurs qui ont prêté ou souscrit ces obligations ou via le credit privé se couvrent. Cela élargit les spreads même si le risque de défaut reste faible pour les plus solides (Microsoft, Apple, etc.).

Le paradoxe est du coté des banques. Les CDS bancaires restent compressés. Le marché considère que le risque de défaut des grandes banques est très bas. Les bilans sont plutot solides et surtout il y a la croyance justifiée et sans cesse validée de « too big to fail ».

Les banques sont vues comme le secteur le plus sûr du crédit investment grade.

Le graphique est « terrible » pour trois raisons :

  1. Il montre que le marché du crédit, souvent plus lucide que les actions, n’achète plus le récit selon lequel « AI = risque zéro ».
  2. Il révèle une concentration de risque dans un seul thème (l’IA) financé à crédit.
  3. Il crée une anomalie : un secteur qui a dominé les marchés actions pendant des années est désormais perçu comme plus risqué, sur le plan crédit, que les banques.

Quand les CDS d’un secteur s’écartent fortement et durablement de ceux des banques, cela précède souvent une phase de digestion, de rotation, de volatilité ou …de krach.

https://x.com/SamanthaLaDuc/status/2096580803509526886?s=20

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