Lavrov relance un argument juridique : « l’Ukraine que nous avions reconnue n’existe plus ». Dé-réconnaissance politique de l’Ukraine

Lavrov relance un argument juridique : « l’Ukraine que nous avions reconnue n’existe plus »

Le 8 septembre 2026, Lavrov a déclaré à la télévision d’État, dans l’émission Bolchaïa Igra (« Le Grand Jeu ») sur la Première chaîne :« L’Ukraine que nous considérions comme un acteur légitime de la scène politique internationale n’existe plus. C’est un fait. »

Ce n’est pas seulement une formule de combat. C’est un argument diplomatique que Moscou construit depuis des mois : la Russie dit avoir reconnu l’Ukraine en 1991 sur la base de certains engagements ; ces engagements ayant disparu, cette reconnaissance n’a plus le même fondement.

Cela formalise publiquement une ligne juridique russe.

Selon le compte rendu du ministère russe des Affaires étrangères, Lavrov a rappelé que Moscou avait reconnu l’indépendance de l’Ukraine actuelle à partir de la Déclaration de souveraineté d’État de 1990, adoptée par la Verkhovna Rada.

Cette déclaration engageait l’Ukraine à trois principes :

  • un statut non nucléaire ;
  • la neutralité ;
  • le non-alignement.

Or, a-t-il ajouté, « ces trois engagements ont été jetés par-dessus bord ». Il a cité :

  • des propos de Volodymyr Zelensky et d’autres responsables sur le statut nucléaire ;
  • l’inscription dans la Constitution ukrainienne de l’objectif d’adhésion à l’OTAN et à l’UE.

Conclusion de Lavrov : les principes qui, selon Moscou, fondaient la reconnaissance de l’Ukraine comme État indépendant ont disparu.

Lavrov ne dit pas seulement que l’Ukraine a changé de politique. Il dit que l’entité reconnue en 1991 n’est plus la même.

Le raisonnement russe est le suivant :

  1. la reconnaissance reposait sur des conditions ;
  2. ces conditions ont été abandonnées par Kiev ;
  3. la Russie n’est donc plus liée par la même reconnaissance.

C’est un argument de dé-réconnaissance politique, présenté comme un raisonnement juridique.

Il faut le prendre au sérieux comme position de Moscou. Il ne faut pas le confondre avec une décision déjà tranchée par le droit international.

Lavrov a aussi attaqué les dirigeants occidentaux qui réclament un retour aux frontières de 1991. Il a accusé ceux qui veulent « ramener » les populations russophones sous l’autorité de Kiev de les renvoyer, selon ses termes, dans une situation comparable à un « camp de concentration ».

Pour Moscou, le débat n’est plus seulement territorial : il est présenté comme une question de protection des populations russophones.

Depuis 2022, l’Union européenne a fondé sa position sur une idée simple : l’Ukraine se bat pour son intégrité territoriale dans les frontières de 1991. Lavrov inverse le cadre. Il ne dit pas seulement : « ces frontières ne sont plus réalistes ». Il dit : « l’Ukraine de 1991, celle que nous avions reconnue, n’existe plus, parce qu’elle a elle-même rompu les conditions de 1990 ».

Cela donne à Moscou un argument : l’Occident défendrait une entité qui, selon la Russie, a cessé d’être celle qu’il avait reconnue.

En Allemagne, une partie de l’AfD répète depuis longtemps que « l’Ukraine que nous connaissions n’existe plus » : le même thème circule à la fois dans une opposition européenne et dans la diplomatie russe.

Lavrov a formulé, à la télévision d’État, une thèse claire :l’Ukraine reconnue par la Russie l’a été comme État non nucléaire, neutre et non aligné ;
ces trois piliers ayant disparu, cette Ukraine-là, selon Moscou, n’existe plus.

Une reconnaissance d’État peut-elle être conditionnée, des décennies plus tard, au respect d’engagements de 1990 ?

C’est un débat de droit international.

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