Baromètre Ipsos BVA-CESI pour La Tribune Dimanche.
Popularité de l’exécutif au plus bas, mécontentement généralisé à l’égard des prétendants de 2027.
Le baromètre politique Ipsos BVA-CESI École d’ingénieurs pour La Tribune Dimanche, publié le 12 septembre 2026, a été réalisé en ligne les 9 et 10 septembre auprès d’un échantillon représentatif.
Il dresse un tableau de défiance élevée envers l’exécutif et, plus largement, envers la plupart des personnalités testées en vue de 2027.
L’Exécutif est toujours au plus bas. Emmanuel Macron recueille 16 % d’opinions favorables, soit 5 points de moins qu’en juillet 2026. C’est son niveau le plus faible depuis son arrivée au pouvoir. Les opinions défavorables atteignent 81 % (+7 points). Chez les sympathisants du centre (Renaissance, MoDem, Horizons), l’opinion favorable n’est plus que de 53 % (−19 points).
Dès lors on comprend sa politique de « fauteuil vide », il se replie , sans grand succès il faut bien le dire, sur son privilège de conduite de la politique étrangère.
Sébastien Lecornu est à 20 % d’avis favorables (−7 points). Chez les mêmes sympathisants du centre, sa cote passe à 64 % (−14 points).
Parmi les ministres, Gérald Darmanin reste le mieux jugé (38 %, −2), devant Laurent Nunez (25 %, stable) et Jean-Noël Barrot (12 %, stable).
Préoccupations des Français ne changent pas.
Les difficultés de pouvoir d’achat arrivent en tête (54 %), suivies de l’avenir du système social (40 %), de l’environnement (31 %), de l’immigration (31 %) et du niveau de la dette et des déficits (30 %).
Vous noterez que les questions les plus importantes, la guerre, la politique etrangère, les relations avec les Etats Unis, la place de la France dans le monde, rien de tout cela n’intéresse les hexagonaux. C’est normal tout cela est occulté aussi bien par les medias que par les politiciens.
Pour les élections de 2027 le rejet s’étend. Le baromètre mesure aussi la satisfaction ou le mécontentement si telle ou telle personnalité devenait président en 2027.
Le mécontentement augmente pour l’ensemble des figures testées, tous bords confondus :
- Jean-Luc Mélenchon : 70 % de mécontents (+5)
- Marine Tondelier : 61 % (+8)
- Gabriel Attal : 60 % (+12)
- Bruno Retailleau : 53 % (+6)
- Raphaël Glucksmann : 52 % (+6)
- Marine Le Pen : 52 % de mécontents (+5), soit 36 % de satisfaits (+2)
- Édouard Philippe : 57 % de mécontents
Jordan Bardella et Marine Le Pen apparaissent parmi les personnalités pour lesquelles la part de satisfaits est la plus élevée (autour de 36 % dans plusieurs comptes rendus du même baromètre).
Brice Teinturier (Ipsos BVA) relève un « potentiel d’attraction énorme » du RN chez une partie des sympathisants LR, tout en notant une crédibilité plus faible de Marine Le Pen sur l’économie.
Il s’agit d’un baromètre d’opinion, pas d’intentions de vote au premier tour (celles-ci font l’objet d’autres enquêtes Ipsos BVA, notamment pour Le Parisien).
Les écarts d’un point ou deux restent dans les marges d’erreur habituelles.
Le signal le plus net de cette vague de septembre est double : un recul marqué de l’exécutif, y compris dans son électorat de référence, et une hausse du rejet anticipé vis-à-vis de presque tous les prétendants à 2027, sans qu’aucun ne dispose d’une majorité de satisfaits.
COMPARAISON AVEC LES SONDAGES IFOP
Ipsos BVA–CESI (La Tribune Dimanche, 9-10 sept. 2026) face aux sondages Ifop : les tendances sont les mêmes, mais les questions sont différentes.
Les deux instituts ne mesurent pas exactement la même chose. Ipsos BVA interroge surtout l’avis favorable / défavorable sur l’action de l’exécutif et le mécontentement anticipé si telle personnalité devenait président.
L’Ifop publie un tableau de bord des « bonnes opinions » (Paris Match / Sud Radio) et des intentions de vote (Figaro, LCI, Sud Radio).
La dernière vague détaillée Ifop de popularité disponible est celle de juillet 2026 ; le dernier baromètre Ifop d’intentions de vote date des 24-25 août 2026. Elabe (3 septembre, Les Échos) fournit un point intermédiaire sur la confiance.
Tableau construit par l’IA
| Ipsos BVA (sept. 2026) | Autres instituts proches | |
|---|---|---|
| Macron | 16 % favorables (−5 vs juillet), 81 % défavorables | Elabe 3 sept. : 20 % de confiance (−4), 75 % de défiance |
| Lecornu | 20 % favorables (−7) | Ifop juillet : 47 % de bonnes opinions (4e du classement personnalités) |
L’écart Ipsos / Ifop sur Lecornu n’est pas une contradiction brute : « bonne opinion » d’une personnalité n’équivaut pas à « avis favorable sur l’action du Premier ministre ».
Sur Macron, Ipsos (16 %) et Elabe (20 % de confiance) se recoupent : plancher historique, recul net dans le camp central. Ifop n’a pas publié, à ce stade de septembre, un chiffre Macron aussi bas dans son tableau mensuel de juillet, où l’exécutif n’était déjà plus en tête des cotes d’image.
Personnalités et 2027. Ipsos BVA ne donne pas d’intentions de vote dans cette vague Tribune Dimanche. Il demande : si X devenait président, seriez-vous satisfait ou mécontent ?
- Mélenchon : 70 % de mécontents
- Attal : 60 %
- Philippe : 57 %
- Retailleau : 53 %
- Le Pen : 52 % de mécontents, soit 36 % de satisfaits (+2)
- Bardella et Le Pen sont cités autour de 36 % de satisfaits dans les comptes rendus du même baromètre
Ifop (intentions de vote, 24-25 août) place le RN nettement en tête au 1er tour : Le Pen 33-35 % selon les hypothèses ; Bardella, lorsqu’il est testé, dans la même zone (36-37 % dans la vague de juin).
Philippe est le premier du bloc central (14,5 à 19 % selon qu’Attal est ou non en lice).
Mélenchon est autour de 16-17 %.
Au second tour Ifop fin août, Philippe vs Le Pen : 48-52.
Les deux instituts convergent donc sur la hiérarchie : RN en tête des intentions et relativement moins rejeté que les autres prétendants sur la question « satisfaction si élu » ; le bloc central vient derrière, mais fragmenté ; Mélenchon haut au 1er tour et très rejeté hors de son camp.
Ipsos capte la rentrée de septembre (budget, pouvoir d’achat). Ifop popularité s’arrête à juillet, où Lecornu et Philippe restaient dans le haut du classement d’image (47-48 % de bonnes opinions).
- Indicateur. Une « bonne opinion » Ifop peut coexister avec un fort mécontentement Ipsos « s’il/elle était élu(e) » : on peut trouver quelqu’un compétent sans vouloir le voir à l’Élysée.
- Philippe et Attal. Ipsos enregistre une hausse du rejet (+12 points de mécontents pour Attal, bond du rejet de Philippe).
- Ifop août les maintient comme principaux rivaux du RN, sans encore mesurer la même dégradation d’image de septembre.
Sur l’exécutif, Ipsos septembre et Elabe début septembre disent la même chose que la tendance Ifop de l’été : Macron au plus bas, Lecornu entraîné dans la chute .
Sur 2027, Ifop (intentions) et Ipsos (satisfaction / rejet) se recoupent : Le Pen / Bardella en tête, aucun candidat du centre ou de gauche n’obtient une majorité de satisfaits.
Les écarts de quelques points entre instituts restent dans les marges d’erreur ; le signal commun est la défiance large, pas un score unique à prendre au dixième de point.
Mise en perspective
La dernière grande enquête de référence du CEVIPOF n’est pas un sondage de rentrée. C’est la vague 17 du Baromètre de la confiance politique (OpinionWay, janvier 2026, publiée en février). Elle mesure la confiance dans les institutions et « la politique » depuis 2009.
Le CEVIPOF a aussi un baromètre trimestriel ObSoCo–CEVIPOF « Priorités françaises » (dernière vague : juin-juillet 2026). Ipsos et Ifop photographient l’actualité ; le CEVIPOF décrit le socle, éclaire le cadre.
Ce que dit le CEVIPOF (février 2026)
- Confiance dans la politique en général : 22 % (−4 points / 2025). Allemagne 45 %, Royaume-Uni 44 %, Italie 40 %.
- Confiance dans le président de la République : 18 % (23 % en 2025).
- Assemblée nationale : 20 % (plus bas depuis 2009).
- Partis politiques : 15 %.
- « Les responsables politiques ne se préoccupent pas des gens comme vous » : 87 %.
- État d’esprit : méfiance 45 %, lassitude 45 %, morosité 30 % ; confiance 10 %.
- Contraste : les maires restent à 60 % de confiance. La défiance est nationale, pas locale.
Bruno Cautrès parle d’un niveau « jamais atteint » depuis le début de la série et d’une demande de « reset démocratique », pas seulement d’un rejet de tel ou tel nom.
Comment cela éclaire Ipsos (septembre) et Ifop (été-août)
Le 16 % d’avis favorables à Macron (Ipsos) et les 20 % de confiance Elabe début septembre ne « tombent pas du ciel ». Dès février, le CEVIPOF plaçait déjà la fonction présidentielle à 18 %. Sept mois plus tard, Ipsos enregistre un nouveau cran de baisse : le recul se poursuit dans le camp central (−19 points chez Renaissance-MoDem-Horizons).
Ce n’est plus seulement les opposants qui sanctionnent ; c’est l’érosion du socle.
Le rejet Ipsos de presque tous les prétendants 2027 (Mélenchon 70 % de mécontents, Attal 60 %, Philippe 57 %, Le Pen 52 %) correspond au diagnostic CEVIPOF : la crise n’est pas celle d’un homme, c’est celle du personnel politique national.
Ifop peut donner 47 % de « bonnes opinions » à Lecornu ou Philippe en juillet : on peut juger quelqu’un compétent tout en ne faisant plus confiance au système qu’il incarne.
Les intentions Ifop (RN 33-35 % 1er tour) s’inscrivent dans le même terreau : quand 87 % pensent que « les politiques ne s’occupent pas des gens comme eux », l’offre perçue comme rupture capte davantage que les offres de continuité.
Le CEVIPOF n’en déduit pas une victoire certaine du RN ; il décrit une disponibilité au renouvellement et une défiance qui précède les candidatures.
Sur la question des priorités des français : CEVIPOF / ObSoCo et Ipsos se rejoignent
En juin-juillet, ObSoCo–CEVIPOF : inflation / pouvoir d’achat encore en tête (29 %), environnement-climat en forte hausse (23 %).
Ipsos septembre : pouvoir d’achat 54 %, système social 40 %, environnement 31 %, immigration 31 %, dette 30 %.
Même hiérarchie de fond, avec l’immigration plus saillante dans le questionnaire fermé Ipsos que dans les citations spontanées ObSoCo.
Ce que le CEVIPOF ajoute et qu’Ipsos-Ifop ne disent pas
- La comparaison européenne : la France est plus défiante que l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Italie sur « la politique ».
- Le refuge local : 60 % de confiance aux maires. Le rejet de 2027 n’est pas un rejet de toute représentation.
- Le temps long : depuis 2009, la courbe descend. Les 16 % de septembre sont un point bas conjoncturel sur une pente structurellement baissière.
En résumé : Ipsos et Ifop mesurent qui résiste et qui chute à six-sept mois de 2027.
Le CEVIPOF explique pourquoi presque personne n’obtient une majorité de satisfaits : la confiance dans le niveau national est déjà brisée depuis l’hiver, et les cotes de rentrée ne font qu’actualiser ce constat.