Editorial: Trump: « Je suis le code »

BRUNO BERTEZ

Le 23 Septembre

Trump : « Je suis le code. »

Rapporté par le Washington Post.


Trump l’a dit sans détour : il est le code.

Trump l’a confirmé récemment, et de la manière la plus crue : « Je suis le code. » La formule n’est pas seulement une fanfaronnade. Elle dit une mutation du pouvoir. Cette declaration de Trump me rappelle celle de Macron à ses débuts; « je vais casser les codes ».

Il ne se contente plus d’utiliser les machines à produire du sens — médias, plateformes, algorithmes, vérificateurs. Il prétend être cette machine.

Être le code, c’est n’avoir plus à justifier, à démontrer, à convaincre selon les anciennes règles de la vérité.

C’est décider de ce qui circule, de ce qui paraît évident, de ce qui doit être répété jusqu’à devenir une seconde nature.

C’est court-circuiter le raisonnement pour s’installer directement dans le régime des apparences, des associations forcées, des fausses causalités.

Dans un monde où la désinformation n’est plus un accident du marketing mais un mode de gouvernement, cette phrase a la valeur d’un programme.

Le code n’est plus un outil extérieur au souverain ; le souverain se présente comme le code lui-même — source, filtre et destin de ce qui peut être pensé.

D’où l’accélération que promet l’intelligence artificielle : non seulement multiplier les faux mondes, mais altérer le mode de pensée, pas seulement ses résultats.

L’homme se définissant par la pensée, il s’agit de produire un Homme Nouveau, asservi de naissance! Déterminé de l’exterieur de lui meme!

Quand le pouvoir dit « je suis le code », il annonce qu’il vise le sens à la racine.

Même s’il ne l’avait pas prononcée, la phrase était déjà inscrite dans les conditions de naissance de l’IA : mise au service de la force, de l’influence, du contrôle, de la conquête des esprits.

Maudite, en quelque sorte, sur les fonts baptismaux.

Lisez

Le problème des fake est devenu très complexe dans la mesure ou désinformer est devenu un mode de gouvernement après avoir été un mode de marketing. La fabrication de fausses opinions, fausses perceptions, fausses images , faux raisonnement , faux désirs, bref d’un faux monde est un processus envahissant.

La voie qui est suivie et qui est celle de la répression remplace un problème par un autre puisque les soi disant vérificateurs sont eux même rémunérés par les émetteurs de fake news! Les vérificateurs véhiculent les désirs des maîtres.

Dans un monde dominé par l’économisme et le Pognon il n’y a pas de place pour les gens désintéressés, pour les sages, pour les purs esprits.

D’ailleurs la vieillesse, l’âge, l’experience, le long terme sont systématiquement déprécies au profit de l’idéologie du jeunisme et de son complément le présentisme.

La création de mondes imaginaires, faux, biaisés, progresse à mesure que les techniques le permettent c’est à dire qu’elle progresse très vite; cela va accélérer considérablement avec la banalisation de l’Intelligence Artificielle.

Avant même d’être opérationnelle, celle ci est déjà militarisée, mise au service de la force, de la puissance, du business , de l’influence , du contrôle, au service de la conquête des esprits.

L’Intelligence Artificielle va permettre d’implanter de fausses causalités, de faux rapprochements, imposer de fausses évidences, elle va utiliser métaphores, métonymies, répétitions, déplacements et c’est le fonctionnement même de l’esprit humain qui va être affecté; pas seulement le résultat de la pensée, non, le mode de pensée lui même.

Elle va renforcer la dictature des apparences, des proximités trompeuses, des occurences. L’Intelligence Artificielle ne s’attaque pas seulement aux mots, elle va au plus profond, au radical: AU SENS!

Trump l’a confirmé il y a quelques jours , il faut foncer quels que soient les risques a –t- il martelé. et même si il ne l’avait pas confirmé, c’était déjà évident. C’était écrit dans les conditions même qui ont donné naissance l’IA.

Elle a été maudite sur les fonds basptismaux.

L’enjeu de l’Intelligence Artificielle n’est déjà plus le progrès des savoirs et le bien être de l’humanité, non, c’est déjà le Pouvoir, la domination, la productivité, le pillage du surproduit mondial.

Bref l’enjeu c’est l’ordre du monde à la fois intérieur et géopolitique.

Et ce n’est que l’aboutissement d’un long processus qui a vu les classes ploutocratiques prendre le contrôle du processus démocratique, l’inverser et lui imprimer une torsion vers la fabrique du consentement, vers la fabrique d’un homme nouveau, docile formaté pour rendre moins couteuse la reproduction du système .

La destruction de la catégorie du Vrai, la promotion des mensonges et de la propagande, la relativisation de tout, la destruction des valeurs, la dépréciation du passé, la transgression, la censure des déviants, tout cela fait partie d’un grand mouvement d’emprise de l’Imaginaire bourgeois, du code bourgeois, de la représentation bourgeoise du monde; d’abord de l’économie, ensuite de la politique et enfin de la société civile elle même.

C’est une colossale régression que celle qui est en cours car l’intellligence humaine n’est pas mise au service de l’adaptation de l’Humanité mais au service d’une fraction de celle ci, … pas la plus porteuse d’avenir.

Laisser un commentaire