Voici une longue déclaration de Glenn Diesen, professeur norvégien, qui réagit à des accusations du ministre de la Défense Tore O. Sandvik.
Le ministre l’a qualifié, dans son discours annuel, de relais de « propagande russe », notamment pour avoir participé à des podcasts. Diesen y voit une attaque autoritaire contre la liberté d’expression : le pouvoir tenterait de monopoliser la vérité, d’assimiler la dissidence à la trahison et d’éviter le débat sur les faits.
Sur la liberté d’expression, le point de Diesen n’est pas absurde. Un ministre de la Défense qui désigne nommément un universitaire et des médias comme vecteurs de propaganda ennemie, sans entrer dans le détail des arguments, crée un climat de suspicion.
Dans une démocratie, même en temps de guerre, l’État n’a pas le monopole de l’interprétation des causes d’un conflit. Les précédents historiques (guerre froide, guerres coloniales, Irak) montrent que les narratifs officiels peuvent être incomplets ou intéressés.
Exiger que les universitaires répètent « la vérité d’État » est effectivement problématique.
Glenn Diesen
« Je ne pense pas que tout le monde saisisse pleinement la gravité du ministre de la Défense m’accusant de diffuser de la « propagande russe » sans présenter la moindre justification concrète.
Ce type de suspicion, de délégitimation et d’étiquetage vise à restreindre le champ d’expression libre.
Que cela vienne du ministre de la Défense est profondément autoritaire et représente une attaque contre nos principes démocratiques. Ici, le pouvoir étatique tente de monopoliser la vérité ; au lieu d’engager le débat avec mes arguments, la dissidence est criminalisée et dépeinte comme une menace pour la sécurité nationale.
Le ministre de la Défense fait ce que tous les leaders autoritaires ont toujours fait : assimiler la dissidence à de la trahison, centraliser le contrôle du discours, effacer la distinction entre le pouvoir étatique et la vérité, et encourager des punitions arbitraires.
Comment les universitaires peuvent-ils rester indépendants quand le pouvoir étatique dicte quelles « vérités officielles » doivent être répétées ?
Le ministre de la Défense prétend que j’accuse l’Ukraine d’être responsable de la guerre, ce qui est faux. Je maintiens que l’OTAN a provoqué cette guerre — une affirmation que je peux étayer par des faits incontestables des 30 dernières années, ainsi que par des déclarations claires de chefs d’État occidentaux de premier plan, de diplomates, de responsables du renseignement et de chefs militaires.
Pourtant, le ministre de la Défense n’aborde ni mes arguments ni les faits ; il se contente d’attaques personnelles, assimilant la loyauté envers le récit de l’État à la loyauté envers la nation.
Le 25 février 2022, la NRK rapportait que Støre déclarait qu’il était « hors de question de modifier la loi empêchant la Norvège d’envoyer du matériel militaire en Ukraine. » Comment se fait-il que les 169 représentants du Storting soutiennent désormais tous les envois d’armes, et que personne ne plaide pour une diplomatie avec la Russie ?
Comment se fait-il que aucun de nos médias ne puisse discuter de faits incontestables qui ne cadrent pas avec les récits de guerre simplistes d’un combat entre héros et méchants ? Comment en sommes-nous arrivés à ce consensus apparemment monolithique ? A-t-il été forgé par un débat ouvert sur ce qui est le mieux pour la sécurité norvégienne et ukrainienne, ou le consensus a-t-il été imposé en créant un climat de peur où quiconque contredit l’État est accusé de diffuser de la propagande ennemie ?
Notre politique a été un échec spectaculaire : l’Ukraine est en train d’être détruite, les États-Unis se distancient de l’Europe, et nous voilà au bord d’une guerre nucléaire avec la Russie — pourtant, le monopole de l’État sur la vérité reste incontesté.
Comment cela est-il devenu normal que le ministre norvégien de la Défense attaque des médias qui osent interviewer un universitaire parvenant à des conclusions critiques envers l’OTAN ?
Je discute de la manière dont l’OTAN a provoqué cette guerre non pas parce que je prends le parti de la Russie contre la Norvège, mais parce que reconnaître la réalité et les préoccupations sécuritaires de l’adversaire est essentiel pour favoriser des solutions pacifiques.
Quand avons-nous entendu pour la dernière fois des politiciens ou des médias discuter des préoccupations sécuritaires légitimes de la Russie, de la Chine, de l’Iran ou d’autres adversaires ? Cela était parfaitement normal pendant la Guerre froide comme moyen de réduire la compétition sécuritaire, pourtant aujourd’hui, la compréhension mutuelle est accueillie avec suspicion.
Si nous ne pouvons pas reconnaître que l’adversaire a des préoccupations sécuritaires légitimes, la guerre devient notre seule solution. »