Les nouveaux porteurs de la négativité. Quand on n’a ni argent ni perspective, on a moins de raisons de défendre l’ordre existant.

Les gens qui contestent le système ne sont plus les mêmes qu’avant. Autrefois, on pensait que c’étaient surtout les ouvriers.

Des lycéens à Dammarie-les-Lys ont attaqué la police avec des feux d’artifice tirés au mortier dans les rues publiques au milieu des passants. Les affrontements font partie de manifestations nationales dans les lycées qui ont dégénéré en incendies, projectiles et désordres dans des villes comme Nantes et Avignon. Les autorités signalent plus de 1 000 arrestations, presque toutes des mineurs, alors que le mouvement se poursuit.

Aujourd’hui, beaucoup d’anciens ouvriers, ou leurs enfants, ont une place dans la société. Ce n’est peut etre pas vrai, mais ils le croient. Ils ont un salaire, ou des indemnités, une protection sociale, parfois un logement ou une petite épargne.

Comparés aux travailleurs des pays pauvres, qui produisent à bas prix ce que nous achetons, ils sont plutôt protégés. Ils peuvent râler, faire grève, défendre leurs avantages. Mais ils ne veulent en général pas tout casser : le système leur apporte quelque chose.

Le mécontentement vient plutôt de ceux qui n’ont rien à perdre. D’abord les jeunes. Beaucoup d’étudiants, ou de jeunes avec ou sans diplôme, voient mal leur avenir : le logement est trop cher, le travail stable est rare, les études ne garantissent plus une bonne situation.

Quand on n’a ni argent ni perspective, on a moins de raisons de défendre l’ordre existant.

Ensuite une partie des agriculteurs. Certains ne gagnent plus assez pour vivre de leur exploitation. Ils ne défendent pas un confort : ils essaient de ne pas disparaître.

Enfin une partie des immigrés et de leurs enfants, surtout dans les quartiers où l’école n’a pas permis de monter dans la société. Arrivés avec peu, ou nés ici sans le réseau et le diplôme qui ouvrent les portes, ils se heurtent souvent à un marché du travail fermé. Pour eux, le pays est fermé : peu d’emplois corrects, peu d’espoir, un sentiment d’être à l’écart.

Tous ne pensent pas ainsi. Mais ceux qui n’attendent rien du système ont moins de raisons de le respecter.

Ces groupes ne forment pas un seul camp.

L’étudiant, l’agriculteur et le jeune des quartiers n’ont ni les mêmes vies ni les mêmes demandes. Ils se ressemblent surtout sur un point : beaucoup ont l’impression de ne rien avoir, ou de tout perdre. C’est de là que viennent souvent les colères d’aujourd’hui, pas des anciens ouvriers installés.

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