Le marché vient de franchir un seuil que la France n’avait plus connu depuis la crise de la zone euro.
Ce matin du 2 octobre 2026, l’écart de rendement entre l’OAT française à 10 ans et le Bund allemand s’est envolé jusqu’à 146 points de base, selon le graphique diffusé par l’analyste John Plassard.
La France emprunte autour de 4,93 %, l’Allemagne autour de 3,53 %.
Un gouffre.
Ce niveau n’avait plus été touché depuis 2012, juste avant le « whatever it takes » de Mario Draghi. La différence, c’est qu’à l’époque Paris était spectateur. Aujourd’hui, c’est elle qui est en première ligne : ses taux montent en valeur absolue, pas seulement parce que Berlin sert de refuge.
Pire, la prime de risque française dépasse désormais celle de l’Italie. Le BTP italien à 10 ans cote autour de 4,70 % avec un spread d’environ 123 points ; l’OAT française est plus chère et plus pénalisée.
Les marchés traitent la deuxième économie de la zone euro comme un risque de pays périphérique.
Le déclencheur immédiat est le projet de budget 2027 du gouvernement Lecornu : environ 54 milliards d’euros d’économies visées pour ramener le déficit de 5,4 % du PIB en 2026 vers 5 %.
Sans effort, le trou aurait filé vers 6,5 %. L’arithmétique est sur la table. La capacité politique à la faire passer ne l’est à l’évidence pas.
Le texte arrivera amendé, dépecé, ou bloqué dans une Assemblée fragmentée où personne n’a intérêt à porter l’impopularité d’une consolidation réelle à moins d’un an de la présidentielle de 2027.
Lecornu lui-même a prévenu que les mesures seraient largement réversibles par la majorité issue du scrutin suivant. Les investisseurs ont entendu.
Pendant ce temps, l’agitation sociale se diffuse.
Les blocages de lycées, partis d’une colère sur les moyens de l’éducation, ont basculé en violences urbaines : feux, mortiers, pillages, près de 2 000 interpellations en une journée, plus de 300 policiers et gendarmes blessés.
Depuis Madrid, Emmanuel Macron a dit comprendre « les angoisses, parfois les colères » de la jeunesse, tout en condamnant la violence et ceux qui, devant les établissements, viennent « exciter les élèves ».
La formule résume le vide.
On comprend, on déplore, on n’arbitre pas.
Les propos illustrent l’impuissance créée par la séquence des élections anticipées, le refus d’accepter un exécutif qui aurait laissé le président sur la touche, puis la fuite en avant dans une politique étrangère qui n’a rien réglé des comptes intérieurs.
Macron ne peut proposer aucune solution parce qu’il est lui-même le problème: toute mesure crédible exige un transfert de pouvoir qu’il n’a jamais accepté.
C’est précisément pour cela que la seule issue susceptible de ralentir la marche vers le chaos n’est plus politique. Elle est technique. Du type de celle qui s’est imposée en Italie à l’automne 2011, quand le spread BTP-Bund a franchi les 500 points, que la BCE a conditionné son soutien à une lettre d’exigences, et que Berlusconi a cédé la place à un gouvernement Monti chargé d’exécuter ce que le suffrage n’arrivait plus à décider.
Mise sous tutelle de fait, pas de droit : surveillance des comptes, conditionnalité, calendrier imposé de l’extérieur. Personne à Paris ne le demandera à voix haute.
Les marchés, eux, commencent à le tarifer.
De toute façon, Macron le voudrait-il qu’il n’y a plus de solution interne disponible. Macron a détruit et compromis comme un forcené toutes les structures politiques, toute la Sphère est déconsidérée! Assemblée ingouvernable, présidentielle déjà dans le viseur, pétrole repassé au-dessus de 100 dollars sur fond de tensions au Moyen-Orient, charge de la dette qui mange les marges budgétaires : les investisseurs exigent une prime, et elle s’élargit jour après jour.
En trois semaines de septembre, le spread avait déjà pris une quarantaine de points. Octobre accélère. Le signal est brutal. Quand la France coûte plus cher à financer que l’Italie et que l’écart avec l’Allemagne retrouve les pics de la crise des dettes souveraines, ce n’est plus une simple volatilité budgétaire. C’est une réévaluation du risque français. C’est la prise en compte d’un changement de statut.
La politique a épuisé ses cartes. Reste le mur, et ceux qui, de Francfort ou de Bruxelles, décideront éventuellement de le contourner.