Le mythe de la force du marché de l’emploi americain

Le graphique de Justin Wolfers repose sur les données du Bureau of Labor Statistics (séries CES).

Depuis janvier 2025, les effectifs du secteur «healthcare and social assistance» ont augmenté d’environ +998 000 emplois, tandis que le reste de l’économie non agricole a perdu environ 222 000 postes nets.

Le message qui l’accompagne dit que les débats économiques semblent déconnectés de cette réalité : mois après mois, la création nette d’emplois est essentiellement portée par la santé et l’aide sociale, le reste relevant surtout du bruit statistique.

Les chiffres sont cohérents avec d’autres lectures récentes des mêmes données (KFF/Peterson Health System Tracker, American Action Forum) : sur les douze derniers mois, la santé a représenté une part très majoritaire de la création nette d’emplois non agricoles, dans un marché du travail globalement atone (le rapport de septembre 2026 n’a ajouté que +29 000 postes au total).

Voila pour la soi disant force du marché l’emploi claironnée par Trump et ses complices voila pour les résultats de la politique industrielle et celle des Tariffs!

Les statistiques utilisées par les politiciens décrivent un agrégat qui au lieu de renseigner, trompe! Elles ne permettent pas de juger , à elles seules, la « validité » d’une action économique au sens d’un calcul de productivité, de création de valeur ou de soutenabilité.

Trois limites classiques s’appliquent ici.

  • Composition et qualité. Un emploi d’aide-soignant à domicile ou d’infirmier n’est pas interchangeable avec un emploi dans l’industrie, la construction ou les services marchands. Les premiers sont souvent financés par des tiers payeurs (assurance, Medicare, Medicaid, budgets publics). Leur croissance peut refléter le vieillissement démographique et l’expansion des transferts plutôt qu’une demande solvable née de gains de productivité ailleurs.
  • Le problème de l’agrégation. La somme nette masque des destructions et des créations sectorielles. Un solde de –222 000 hors santé peut cacher des gains dans quelques niches (data centers, certaines constructions non résidentielles) et des pertes plus larges dans le commerce, la finance, l’intérim ou l’industrie. Le chiffre total ne dit rien des prix relatifs, des marges ou de l’allocation du capital.
  • Le signal politique. Wolfers a raison sur un point étroit : beaucoup de discours (relocalisation industrielle, droits de douane, « emplois en col bleu ») parlent d’un marché du travail imaginaire. La stagnation hors santé sur vingt mois est réelle, elle..

Le fond du problème est que d’une façon générales les statistiques « sont irrelevantes » et les politiques incantatoires. On mesure des bestioles ideologiques dans un monde de connivence.

Si l’on exige des statistiques macro qu’elles valident directement la pertinence d’une politique, on leur demande ce qu’elles ne peuvent pas faire. Elles enregistrent des résultats comptables, pas des réalités factuelles.

Une politique peut coïncider avec une hausse de l’emploi dans la santé sans en être la cause ; inversement, une politique peut échouer sur son objectif affiché tout en laissant les agrégats « corrects » pour d’autres raisons (immigration, taux d’activité, démographie).

L’exemple de l’inflation est parallèle. Une banque centrale qui vise une moyenne (CPI, PCE) réagit à un chiffre unique. Or l’inflation peut venir d’un choc d’offre (énergie, chaîne logistique), d’une expansion monétaire, de hausses de tarifs réglementés ou de secteurs protégés. Monter les taux pour faire baisser la moyenne comprime surtout les secteurs sensibles au coût du crédit (logement, investissement productif, petites entreprises) et touche peu les secteurs à demande inélastique et à financement public (une partie de la santé).

Le succès statistique communiqué (inflation revenue vers 2 %) peut coexister avec une réallocation défavorable du capital et une hausse du poids des activités subventionnées. La moyenne ne dit pas si le diagnostic initial était juste.

Les statistiques sont incantatoires lorsqu’on les traite comme une preuve suffisante que l’action qui les précède était rationnelle, ou lorsqu’on construit la politique uniquement pour faire bouger l’agrégat (cible d’emploi, cible d’inflation) sans regarder la structure des prix, la productivité et le mode de financement.

Dans le cas présent, le graphique montre surtout une économie dont le moteur visible de l’emploi est un secteur largement tiers-payé, pendant que le reste stagne ou recule.

C’est une information.

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