L’euro sous pression

Début octobre 2026, l’euro est tombé à son plus bas niveau depuis environ dix-sept mois face au dollar, autour de 1,116 dollar , avant de se redresser partiellement.

Cette faiblesse s’explique en grande partie par les inquiétudes des investisseurs sur la trajectoire budgétaire de la France, deuxième économie de la zone euro, dans un contexte de blocage politique à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.

Les rendements des obligations d’État françaises à dix ans (OAT) ont atteint des niveaux proches de 4,7 à 4,9 % fin septembre et début octobre, parmi les plus élevés depuis la fin des années 2000. Ils sont supérieurs aux rendements grecs.

L’écart avec les emprunts allemands de même maturité (Bunds) s’est élargi jusqu’à environ 130-140 points de base, un niveau inédit depuis la crise des dettes souveraines de 2011-2012.

Les contrats d’assurance contre le défaut (CDS à cinq ans) sur la dette française se sont également tendus, dépassant temporairement ceux de plusieurs pays autrefois jugés plus fragiles.

Selon les données de l’Insee, la dette publique française s’établissait à environ 3 595 milliards d’euros fin juin 2026, soit 119 % du PIB, contre un peu plus de 115 % fin 2025.

Le déficit public a atteint 5,1 % du PIB en 2025 et le gouvernement anticipe environ 5,4 % en 2026, bien au-dessus du seuil de 3 % prévu par les règles européennes.

La charge d’intérêts augmente mécaniquement avec la hausse des taux.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu, à la tête d’un gouvernement minoritaire, a annoncé un effort d’environ 54 milliards d’euros dans le projet de budget 2027, visant à ramener le déficit autour de 5 % du PIB (4,8 % hors dépenses de défense).

Ces mesures, présentées comme un freinage des dépenses plutôt qu’une austérité stricte, se heurtent à une opposition parlementaire forte.

Parallèlement, une révision de la loi de programmation militaire a prévu des crédits supplémentaires de l’ordre de 36 milliards d’euros sur la période 2026-2030.

Aucun des principaux candidats à la présidentielle de 2027 n’a pour l’instant présenté un plan de consolidation considéré comme crédible par les marchés.

Marine Le Pen a évoqué une « règle d’or » budgétaire soumise à référendum. Mélenchon propose de geler ou d’annuler une partie de la dette détenue par la Banque centrale européenne, une option jugée illégale et risquée par le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin.

La France doit refinancer des volumes importants de dette dans les années à venir. Une poursuite de la hausse des taux renchérirait le service de la dette, élargirait le déficit et alimenterait un cercle auto-entretenu.

Environ la moitié de la dette publique est détenue par des non-résidents, ce qui expose le pays à des flux de capitaux plus volatils que si la détention était majoritairement domestique.

Les banques françaises en détiennent une part plus limitée.

Pour l’instant, les mouvements de marché restent ordonnés. La contagion vers d’autres dettes de la zone euro est limitée, même si certains écarts se sont un peu élargis.

La Banque centrale européenne dispose depuis 2022 de l’instrument de protection de la transmission (TPI), qui lui permet d’acheter des obligations souveraines si elle juge que les écarts ne reflètent plus les fondamentaux et deviennent désordonnés. Cet outil n’a jamais été activé. Les analystes estiment généralement que les conditions actuelles ne justifient pas une intervention, les tensions étant largement liées à la situation budgétaire et politique française elle-même.

Une intervention de la BCE soulèverait par ailleurs la question de l’aléa moral : un filet de sécurité trop visible réduit l’incitation des gouvernements à assainir leurs finances.

À l’inverse, une crise non contenue sur la dette d’un membre fondateur poserait des problèmes de fongibilité de l’euro bien plus graves que ceux rencontrés avec la Grèce en 2012.

EN PRIME

L’impact du TPI sur les taux est surtout un effet d’anticipation, pas un effet mécanique. L’instrument n’a jamais été activé depuis sa création en juillet 2022, mais son existence seule a déjà modifié le comportement des marchés.

Le Transmission Protection Instrument permet à la BCE d’acheter, sur le marché secondaire et sans plafond annoncé à l’avance, des titres publics de 1 à 10 ans d’un pays dont les conditions de financement se dégradent de façon « non justifiée par les fondamentaux » et « désordonnée ».

L’objectif n’est pas de fixer un niveau de taux, mais de préserver la transmission de la politique monétaire : un même taux directeur doit se répercuter de façon comparable dans toute la zone euro.

S’il était activé, l’effet direct serait une baisse du rendement du pays ciblé et un resserrement de son écart avec le Bund.

L’achat crée une demande artificielle, réduit le risque de liquidité et, surtout, signale que la BCE ne laissera pas un écartement auto-entretenu. En 2022, l’annonce seule a suffi à calmer le spread italien, sans qu’un euro soit dépensé.

Le mouvement doit être jugé injustifié et désordonné. Or la hausse des OAT (vers 4,7–4,9 % à 10 ans, écart avec l’Allemagne autour de 130–140 points de base) suit la détérioration budgétaire et l’incertitude politique avant la présidentielle de 2027. Les analystes et la Banque de France elle-même estiment que cet écartement reflète les fondamentaux et s’est fait par paliers, pas en panique.

Emmanuel Moulin a dit clairement que les conditions d’une intervention n’étaient pas réunies.

La seconde est l’éligibilité. Le Conseil des gouverneurs examine notamment le respect du cadre budgétaire européen, l’absence de déséquilibres macroéconomiques graves, la soutenabilité de la dette et le suivi des recommandations de la Commission. La France est en procédure de déficit excessif depuis 2024, avec un déficit attendu autour de 5,4 % du PIB en 2026 et une dette proche de 119 % du PIB. Un pays en procédure n’est pas automatiquement exclu, à condition d’être jugé en train de prendre des mesures effectives.

Laisser un commentaire