Primaire social-démocrate : 88 000 non-adhérents, un scrutin en ligne, et Glucksmann à 66 %. Une investiture sur mesure, pas une légitimité.
Le compte FocusMedia_Fr a publié dimanche soir un flash qui résume assez bien la réalité du scrutin : « Près de 88 000 inscrits à la primaire n’étaient pas adhérents aux partis organisateurs. Le scrutin était ouvert EN LIGNE, y compris aux électeurs résidant À L’ÉTRANGER. Raphaël Glucksmann l’emporte avec 66,13 % des voix. »
Les chiffres officiels confirment l’essentiel.
Environ 140 000 personnes se sont inscrites (le corps électoral a ensuite été ramené autour de 134 500 après élimination de doublons). Un peu plus de 120 000 ont voté. Glucksmann a obtenu 66,13 % dès le premier tour (environ 79 600 voix), loin devant Olivier Faure (14,5 %), Ségolène Royal (7,6 %), Emmanuel Maurel et Jérôme Guedj.
Le vote s’est déroulé exclusivement en ligne, a été prolongé après une cyberattaque, et était accessible aux résidents à l’étranger.
La participation a été dérisoire. Elle est très inférieure aux primaires socialistes de 2011 (près de 2,8 millions de votants) ou de 2017 (environ 1,6 million). Le ticket d’entrée de 15 euros (10 euros au tarif social) et le caractère essentiellement numérique du scrutin ont produit un corps électoral étroit, composé pour une large part de sympathisants non encartés passés par la plateforme dédiée, en plus des adhérents du PS, de Place publique et de la GRS.
Les calculs internes circulant dans la presse confirment que Glucksmann a largement puisé hors des militants à jour de cotisation des partis organisateurs.
Une primaire payante, en ligne, ouverte aux non-adhérents et aux résidents à l’étranger, avec un taux de participation très bas par rapport aux précédents scrutins de même nature, désigne un candidat sans base militante réelle.
Elle ne confère aucune une légitimité.
Dans le cadre analytique que je défendons depuis longtemps, cela n’a rien d’étonnant. La social-démocratie, lorsqu’elle se trouve en position de faiblesse électorale et de concurrence avec d’autres forces à gauche, produit des mécanismes de sélection qui lui permettent de désigner un représentant compatible avec l’ordre existant.
Glucksmann incarne précisément cette ligne : rupture affichée avec la France insoumise, discours sur la justice sociale et l’écologie qui reste dans le cadre européen et institutionnel, capacité à rassembler une partie des élites de centre-gauche et des médias sans remettre en cause les fondamentaux du système.
La fonction de l’opération n’était pas de mesurer la force réelle du courant social-démocrate dans le pays. Elle était de désigner son représentant dans des conditions qui le mettent en position de négocier, de se présenter comme « le » candidat de la gauche non-mélenchoniste, et de poursuivre sa carrière dans le cadre institutionnel existant.