Le 11 octobre 2026, j’étais en Suisse avec Aaron Maté et l’animateur Tom Switzer, pour discuter des guerres en Iran et en Ukraine. Nous nous sommes particulièrement intéressés à la décision du président Trump d’alléger les sanctions sur le diesel russe, autorisant ainsi sa vente sur les marchés internationaux. Bien que cette mesure ait provoqué la colère du président Zelensky, de la quasi-totalité des principaux dirigeants européens et de plusieurs membres éminents du Congrès, aucun d’entre nous ne pense qu’elle aura un impact significatif sur le cours de cette guerre, que l’Ukraine est, à mon avis, vouée à perdre.
Nous avons également évoqué la manière dont les récentes attaques des Houthis contre l’Arabie saoudite, particulièrement dommageables, combinées à l’intensification des attaques iraniennes contre la navigation dans la région du Golfe persique, ont de plus en plus mis les États-Unis sur la défensive.
Enfin, nous avons examiné le projet, rapporté par le Pentagone, de retransmettre en direct l’exécution de l’ancien major de l’armée américaine Nidal Hasan, qui a assassiné 13 personnes à Fort Hood en 2009. Nous avons tous convenu qu’un tel spectacle serait scandaleux et nuirait davantage à la réputation morale de l’Amérique dans le monde, déjà fortement compromise.
Trump, Zelensky et le retour de flamme iranien : quand la realpolitik dévoile ses contradictions
L’entretien de Tom Switzer avec John Mearsheimer et Aaron Maté, diffusé le 11 octobre, offre un tableau peu flatteur des acrobaties américaines au Moyen-Orient et en Ukraine.
Loin des récits officiels, les trois intervenants décrivent une politique étrangère américaine guidée par l’irritation, les impératifs électoraux et l’incapacité à définir une théorie de la victoire.
Sur l’Ukraine, Mearsheimer ne voit dans l’appel de Trump à remplacer Zelensky qu’un accès de colère. Depuis la rencontre houleuse de février 2025 à la Maison Blanche, le président américain ne cache plus son antipathie pour le dirigeant ukrainien, qu’il rend responsable de l’enlisement du conflit et, désormais, de la hausse des prix de l’énergie.
Maté rappelle le contexte : Zelensky a été formé, notamment par les encouragements britanniques de 2022, à rejeter la diplomatie. Il en a été politiquement récompensé. L’appel de Trump ne changera donc rien de substantiel. Zelensky et les capitales européennes continueront sur leur lancée, trop investis pour faire marche arrière.
L’accord permettant aux États-Unis d’importer du diesel russe relève du même registre : un geste surtout rhétorique destiné à montrer aux électeurs américains que Trump agit sur les prix, sans modifier le cours de la guerre.
L’ironie est soulignée : Washington a poussé l’Europe à renoncer au gaz russe bon marché pour acheter de l’énergie américaine plus chère, avant de se tourner lui-même vers le diesel russe.Côté Golfe, le retournement est plus tangible.
Après des mois de blocus et de pression sur le détroit d’Ormuz, l’Iran et ses alliés Houthis ont frappé des installations pétrolières dans la région, notamment en Arabie saoudite, où l’aéroport de Riyad a été touché.
Les prix du pétrole ont bondi. Mearsheimer note que la courte campagne américaine contre les Houthis au printemps 2025 n’a rien réglé de durable.
La question qui se pose désormais est de savoir si Washington s’engagera plus avant aux côtés des Saoudiens, au risque d’un enlisement supplémentaire dans une région où les objectifs initiaux (changement de régime, fin de l’enrichissement, destruction des missiles et des proxies) n’ont pas été atteints.
Enfin, la proposition de retransmettre en direct l’exécution de Nidal Hasan, l’auteur de la fusillade de Fort Hood, est qualifiée d’unanimité de mauvais calcul. Elle ajouterait une couche supplémentaire à l’érosion de la réputation morale américaine, déjà sérieusement entamée par les guerres successives.
Au total, l’échange décrit une puissance qui multiplie les gestes contradictoires — vendre des armes à l’Ukraine tout en négociant du diesel russe, menacer l’Iran tout en constatant le retour de flamme de ses alliés — sans parvenir à imposer ses priorités.
Les Européens apparaissent, dans ce tableau, comme les plus enfermés : trop engagés pour pivoter, trop dépendants pour peser.
La discussion ne prédit pas une bascule immédiate, mais elle met en lumière l’usure d’une stratégie qui peine à concilier les contraintes énergétiques domestiques, les engagements extérieurs et les limites réelles de la puissance militaire.