Zelensky ou chronique de « La chute d’une icône fabriquée »

Cet article a été initialement publié par le professeur Glenn Diesen dans Die Weltwoche : « La chute d’une icône fabriquée » – https://weltwoche.de/story/zerfall-einer-fabrizierten-ikone/.

Ces derniers jours, le président Trump s’en est pris violemment au président Zelensky, réclamant des élections en Ukraine et affirmant que ce dernier aurait dû accepter un accord il y a deux ans, lorsque les conditions étaient plus favorables. Les médias ont également rapporté que les États-Unis pourraient réduire leur coopération en matière de renseignement, ce qui est significatif, car il s’agit d’une guerre par procuration et l’Ukraine ne pourrait pas lutter contre la Russie sans le soutien américain. Comment analyser ce changement de discours du président américain ? Compte tenu des revirements de Trump, il est encore difficile d’en déterminer la portée immédiate. Cependant, avec le recul, ces critiques acerbes envers Zelensky s’inscrivent dans une tendance plus large : l’effondrement d’une icône démocratique fabriquée de toutes pièces.

Quels sont les objectifs de Trump ?

Il est encore impossible de déterminer la signification et les conséquences de cette nouvelle diatribe contre Zelensky, car Trump avait agi de façon similaire lors de la fameuse confrontation Trump-Zelensky dans le Bureau ovale le 28 février 2025.

La première hypothèse est que les propos de Trump pourraient refléter un changement stratégique plus large, s’éloignant de Zelensky afin de déléguer davantage la guerre aux Européens.

Washington semblait alors croire qu’une escalade pourrait mettre fin au conflit en exerçant une pression sur Moscou, et Marco Rubio avait d’ailleurs exprimé cet optimisme quant à cette issue, notamment au sujet de la campagne de 40 jours de frappes en profondeur contre les infrastructures civiles russes, destinée à faire ressentir la guerre à la société civile.

C’est l’inverse qui s’est produit : l’opinion publique russe perçoit désormais la menace existentielle que représente ce qui est considéré, à juste titre, comme une guerre par procuration menée par l’OTAN.

Face à la riposte russe par une escalade significative, incluant un blocus naval et des attaques d’envergure contre les infrastructures logistiques et énergétiques ukrainiennes, Trump pourrait tout simplement reconnaître l’échec de cette stratégie et l’entrée en phase finale du conflit ukrainien.

C’est peut-être la raison pour laquelle il est temps pour les États-Unis de se retirer de cette guerre, soit en y mettant fin, soit en la confiant aux Européens.

La seconde hypothèse est que les propos de Trump ne sont qu’une réaction impulsive aux déclarations maladroites de Zelensky concernant l’accord américano-russe sur le diesel. L’échec de la guerre contre l’Iran a exercé une pression immense sur Trump pour stabiliser les prix de l’énergie et afficher son autorité avant les élections de mi-mandat aux États-Unis. Toute la présidence de Trump repose sur le postulat que la faiblesse du leadership américain au fil des ans a conduit au déclin relatif des États-Unis et que, en tant que dirigeant fort, il est la solution pour rendre sa grandeur à l’Amérique.

Ce que la plupart des pays perçoivent comme un comportement brutal et unilatéral, en violation des normes et accords en vigueur, est, pour Trump, un signe de force : la capacité d’agir en toute indépendance au service des intérêts nationaux.

Un homme de paille comme Zelensky ne peut se maintenir au pouvoir et combattre la Russie qu’avec le soutien des États-Unis ; sa réaction virulente contre Trump exigeait donc une réponse ferme, qui constitue également un avertissement à quiconque oserait contester l’autorité de Trump.

La troisième hypothèse est qu’il s’agit simplement d’une stratégie d’influence visant à maintenir l’incertitude de toutes les parties, renforçant ainsi la position des États-Unis dans les négociations.

Zelensky et les dirigeants européens sont avertis que le soutien militaire et financier américain peut disparaître à tout moment, tandis que la Russie est également incitée à faire des concessions avant que les États-Unis ne changent de cap.

Il est impossible de faire craindre une alternative à toutes les parties si elles croient que les États-Unis sont campés sur leurs positions, plutôt que de croire qu’ils ont la capacité de manœuvrer entre les différents camps. La volonté des États-Unis de faire pression sur toutes les parties renforce également leur rôle de médiateur, une position délicate étant donné qu’ils sont le principal acteur du déclenchement et de la prolongation de cette guerre depuis 2014.

La fabrication d’une icône démocratique

Si l’on prend du recul et que l’on replace cette évolution dans un contexte plus large, on constate une tendance à l’effondrement progressif de l’image du président Zelensky, autrefois simple opération de communication.

Zelensky a débuté sa carrière politique sur un programme de paix. Il prônait le respect des droits linguistiques dans l’est de l’Ukraine et la recherche de la paix avec la Russie. En 2019, il a remporté l’élection présidentielle avec 73 % des voix en s’appuyant sur ce même programme, promettant de mettre en œuvre les accords de Minsk, d’ouvrir un dialogue avec le Donbass et de faire la paix avec la Russie.

Les ONG occidentales ont posé des limites à la plupart des points de son programme électoral, et des milices d’extrême droite financées par les États-Unis ont ouvertement menacé sa vie s’il tenait ses promesses. Finalement, Zelensky a cédé et a trahi son propre mandat démocratique.

Lorsque la Russie a envahi l’Ukraine en février 2022, la couverture médiatique de l’Ukraine et de Zelensky a été bouleversée du jour au lendemain. Par le langage et l’image, le magazine Vogue et d’autres publications ont présenté Zelensky comme un héros assiégé, défendant la démocratie et la liberté. De dirigeant d’un pays gangrené par la corruption, Zelensky est devenu un leader du monde libre et un phare de la démocratie.

Les groupes d’extrême droite, arborant des insignes fascistes et adhérant aux idées des mouvements fascistes de la Seconde Guerre mondiale, ont été blanchis et présentés comme des combattants de la liberté repentis. La répression des droits linguistiques, de l’opposition politique, des médias et de l’Église orthodoxe a été justifiée comme une nécessité pour protéger la démocratie ukrainienne d’une guerre hybride menée par la Russie.

En Occident, on a défendu l’idée d’une Ukraine victorieuse, avec un faible taux de pertes, afin de maintenir le soutien de l’opinion publique à la guerre. Les pratiques brutales de conscription et l’« assimilation forcée » des Ukrainiens ont été ignorées, voire minimisées comme une tentative de délégitimer Zelensky à la demande des Russes. Zelensky était le nouveau Churchill luttant contre Poutine, le nouveau Hitler, et dans cette lutte entre le bien et le mal, toute critique de Zelensky était rapidement qualifiée de propagande.

La chute progressive de Zelensky

Peu à peu, l’image de Zelensky s’est érodée. Autoritarisme, corruption, groupes fascistes, instrumentalisation des forces armées, taux de mortalité élevés et autres problèmes ont commencé à éroder l’image construite du dirigeant démocrate adulé.

Lorsque l’opposition intérieure a émergé, notamment avec l’ancien ministre ukrainien de la Défense, Mykhailo Federov, les Italiens ont pu consolider la position de Zelensky en engageant Federov comme conseiller en Italie.

L’Occident a également besoin de Zelensky pour faire croire qu’il « soutient l’Ukraine ».

Alors que les sondages montrent que la plupart des Ukrainiens souhaitent un règlement négocié, comment les Européens peuvent-ils justifier leur boycott de la diplomatie et, au contraire, prôner l’expulsion des réfugiés ukrainiens, l’abaissement de l’âge de la conscription, la conscription des femmes ou d’autres mesures visant à prolonger le conflit ?

En reprenant à son compte les arguments de ses conseillers occidentaux, Zelensky parvient à faire passer cette guerre par procuration, menée jusqu’au dernier Ukrainien, pour un « soutien à l’Ukraine » auprès du public occidental.

Trump porte lui-même une part de responsabilité. Lorsqu’il a initialement critiqué l’élargissement de l’OTAN, le présentant comme la source de la guerre, et s’en est pris à Zelensky, il s’agissait peut-être d’une tactique de négociation. Cependant, il a rompu avec le discours officiel de l’OTAN sur une invasion russe « non provoquée » et avec l’admiration, digne de Churchill, portée à Zelensky.

Si le succès de sa stratégie de négociation demeure incertain, force est de constater qu’en brisant le consensus autour de ce récit, il a ouvert la voie à de nombreuses critiques à l’encontre de Zelensky.

Dans une guerre entre le bien et le mal, la paix s’obtient par la force militaire, tandis que la diplomatie relève de l’apaisement. À mesure que l’icône construite de toutes pièces qu’est Zelensky s’effondre, tout le récit de cette guerre par procuration s’écroule. Bientôt, nous pourrions même assister à la dépénalisation de la diplomatie.

L’analyse post-mortem de la présidence de Zelensky et la construction de son image constituent une tragédie. Zelensky a fait campagne sur un programme de paix et a été instrumentalisé par ceux qui cherchaient à utiliser l’Ukraine comme monnaie d’échange pour affaiblir la Russie.

Le 27 mars 2022, avant que le Royaume-Uni et les États-Unis ne sabotent l’accord de paix d’Istanbul, Zelensky déclarait dans une interview à The Economist : « Certains en Occident ne sont pas opposés à une longue guerre car elle permettrait d’épuiser la Russie, même si cela signifie la chute de l’Ukraine et des pertes humaines. »

La chute de Zelensky pourrait offrir une nouvelle chance de paix.

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