BRUNO BERTEZ
Le 23 OCTOBRE
Beaucoup s’étonnent de la chute des prix des actifs financiers et des Bourses.
Ils ont tort.
Cette correction n’est pas un accident : elle arrive après la déflation immobilière, qui en était le précurseur.
Depuis dix-huit ans, le monde occidental s’appauvrit réellement. Ce n’est pas une impression, c’est une réalité mesurable : croissance faible, productivité stagnante, patrimoine réel en recul une fois corrigé de l’inflation monétaire et des couts d’entretien du système .
Cette longue phase de stagnation, voire de régression, a été volontairement masquée. On a déprécié la monnaie, gonflé les dettes et fait monter artificiellement le prix des actifs.
L’effet de richesse ainsi créé était fictif, mais politiquement utile : il permettait d’éviter le chaos et de maintenir l’illusion de prospérité.
Depuis quelques mois, le système bute sur ses limites.
La capacité à créer toujours plus de dette et de monnaie se heurte à une réalité simple : la hausse généralisée des taux longs en Occident. Ces taux brisent le mécanisme qui dissimulait la situation réelle. Plus on paie cher pour emprunter, moins on peut continuer à financer le présent avec le futur.
Les gouvernements et les élites n’ont pas de politique de rechange.
Leur seule réponse connue est de relancer la création de monnaie, de dettes et de bulles pour éviter le chaos.
La frénésie autour de l’intelligence artificielle a encore fragilisé des bilans déjà tendus. Par ailleurs les gains de productivité prévisibles vont faire chuter la valeur-travail des biens et des services et donc aggraver considérablement la tendance à la baisse des prix et à la déflation réelle.
Nous sommes donc menacés d’une déflation sévère — une destruction de valeur que ces mêmes élites ne peuvent accepter, car elle remettrait en cause leur capacité à gouverner par le crédit et l’illusion.
Elles reprendront donc, dès qu’elles le pourront, la production de dettes et de monnaie.
La seule vraie question est de savoir à quel moment cela se produira, et après quel niveau de déflation et de destruction.
Plus on tarde, plus la correction sera brutale.
EN UN MOT:
Plus on forcera le système, plus la prochaine bulle sera fragile.
En résumé : depuis près de vingt ans, l’appauvrissement réel de l’Occident a été masqué par la dette, la dépréciation monétaire et des bulles d’actifs.
La hausse des taux longs met fin à ce mécanisme.
Face à la menace de déflation, les élites n’ont d’autre option que de relancer la création de monnaie et de dettes.
Et une fois de plus de faire comme Bernanke qui s’est vanté d’avoir sauvé le monde.
La question n’est plus de savoir si elles le feront, mais à quel prix et après quelle destruction.