BRUNO BERTEZ
Le 28 Octobre
Éditorial : L’Europe doit choisir
L’Europe perd du terrain en recherche technologique.
Sa part mondiale est passée de 23 % en 2005 à seulement 8 % aujourd’hui.
Pendant ce temps, les États-Unis atteignent 62 % et la Chine, partie de presque rien, monte à 15 %.
La Corée du Sud dépense désormais plus en R&D tech que l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l’Italie réunis.
Ce n’est pas un hasard.
L’Europe consacre trop de ses forces à se maintenir en vie : tenir ensemble une construction artificielle et essayer de limiter les effets de l’appauvrissement et de la dégradation des liens sociaux.
Un pays (ou un ensemble de pays) ne peut pas, en même temps, dépenser massivement pour la police, l’armée et les aides sociales, et investir pour l’avenir.
Les ressources utilisées pour le maintien de l’ordre et la redistribution ne sont plus disponibles pour la recherche, l’innovation et la croissance.
Or, pour préparer l’avenir, il faut investir.
Et pour investir, il faut un surplus, c’est-à-dire un profit.
Sans profit, aucun capital n’est disponible pour la recherche, les équipements ou les nouvelles capacités.
La France illustre parfaitement cette impasse : elle fonctionne dans un système où le profit est la condition de l’investissement, mais elle le rejette politiquement et socialement.
Elle veut les résultats de l’accumulation de capital sans en accepter le moteur.
Un pays qui refuse le mécanisme même qui rend possible la préparation de l’avenir se condamne à voir ses capacités productives et technologiques s’éroder.
Il faut donc choisir.
-Soit on continue de privilégier le court terme et la cohésion sociale fragile.
-Soit on réoriente une part importante des moyens vers la R&D et l’investissement productif, ce qui suppose d’accepter que le profit soit le préalable nécessaire à cet investissement.
Sans ce choix clair, le retard technologique continuera de s’aggraver.
L’Europe risque alors de devenir surtout un espace de consommation et de redistribution, de plus en plus dépendant des technologies développées ailleurs.
Le constat est simple et brutal : on ne peut pas financer durablement les deux priorités à la fois. Continuer comme aujourd’hui, c’est accepter un déclin relatif que les chiffres de la R&D rendent déjà visible.
Choisir, c’est reconnaître que le maintien du statu quo social a un coût, et que ce coût se paie en avenir technologique et en croissance.
Un pays qui refuse le profit tout en vivant dans un système qui l’exige ne prépare pas son avenir : il le compromet.
