Billet. Pourquoi la violence accompagne-t-elle si souvent les manifestations ?

BRUNO BERTEZ

À chaque mouvement social d’une certaine ampleur, la même séquence se répète : une mobilisation initialement pacifique et diversifiée se trouve rapidement marquée par des affrontements, des dégradations ou des pillages.

Ces actes, même minoritaires, finissent par occuper une place disproportionnée dans le récit médiatique et politique.

Le mécanisme est relativement simple.

Un mouvement n’acquiert une force réelle que s’il parvient à élargir sa base au-delà des militants habituels, c’est-à-dire à susciter une forme de reconnaissance chez des couches plus larges de la population , salariés stables, petits commerçants, retraités, classes moyennes. Or cette reconnaissance suppose que la contestation demeure perçue comme légitime et mesurée.

La violence, même limitée, modifie cette perception. Elle fournit des images médiatiques largement diffusées, qui permettent de présenter l’ensemble du mouvement comme dangereux ou irresponsable, et elle offre un argument commode pour en réduire la portée sociale.

Les gouvernements et les forces politiques qui les soutiennent ont tout intérêt à ce que cet élargissement ne se produise pas.

Dans ce cadre, les groupes qui pratiquent la casse ou les blackblocs contribuent, par leurs actes, à produire exactement l’effet qui isole la protestation et la rend moins attractive pour le plus grand nombre.

Ce n’est pas nécessairement le résultat d’une coordination délibérée. C’est plutôt la conséquence d’une convergence objective d’intérêts et d’effets : ce qui radicalise l’image du mouvement sert objectivement ceux qui souhaitent le contenir.

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