Todd la destruction par le haut est plus grave que celle opérée par les casseurs

L’essentiel de l’intervention d’Emmanuel Todd (Le Figaro, Points de Vue avec Vincent Roux, autour de son livre La Dislocation, éd. Gallimard).

La France comme gérontocratie

Todd décrit la France comme le pays le plus gérontocratique d’Europe, même si elle n’est pas le plus vieux démographiquement (moins âgée que l’Allemagne ou l’Italie).

Elle favorise excessivement ses personnes âgées au détriment des jeunes. C’est selon lui une perversion de la démocratie : le suffrage universel transmet le pouvoir des vieux de façon très directe, sans contrepoids.

Résultat : les jeunes commencent à épargner très tôt, à penser à leur retraite et à accumuler du patrimoine — ils deviennent des « jeunes-vieux » sous la pression du système.

La société ralentit (bureaucratisation universitaire, parcours interminables, etc.).

Violence et affrontement générationnel

Les violences observées (blocages de lycées, émeutes, pillages) sont un symptôme de cette dislocation. Todd comprend la colère des jeunes qui se heurtent à un mur et ne croient plus au suffrage universel pour obtenir des changements. Il condamne cependant les destructions et le pillage (« destruction d’en bas ») et rappelle une morale traditionnelle (travailler et payer, ne pas voler).

Il distingue aussi une « destruction d’en haut » : le nihilisme des élites qui n’aiment plus le pays et veulent la disparition de la nation.

Sous-production, désindustrialisation et éducation

La France est en état de sous-production à cause de la mondialisation et de l’euro. Il y a désormais plus de cadres et de professions intellectuelles supérieures que d’ouvriers. On crée des emplois tertiaires souvent inutiles (tableurs Excel, bureaucratie) au lieu de relancer l’industrie.

Il critique Parcoursup, l’inflation des diplômes et des business schools, et appelle à réorienter la formation vers le productif et le manufacturier plutôt que de promettre toujours plus d’enseignement supérieur.

Une société ne peut pas fonctionner avec la moitié d’une génération dans le supérieur sans application concrète.

Retraites : cercle vicieux et risque d’effondrement systémique« Plus vous donnez pour les retraités, moins vous aurez pour les jeunes », donc moins d’enfants, donc plus de vieillissement — un cercle vicieux.

Todd (75 ans) se dit « traître à sa génération » et appelle à compresser les retraites (surtout les moyennes et hautes). Sans réforme, il craint un effondrement systémique de type URSS : le système ne se réforme pas, il implose.

Dans ce cas, ce sont les vieux qui perdent tout (les pensions ne sont plus payées) et l’espérance de vie baisse. Il souligne que l’État social est financé par l’emprunt (souvent étranger), avec des taux d’intérêt autour de 5 %, ce qui est insoutenable.

La perte du sentiment national empêche de penser le problème globalement et de négocier des solutions.

Intelligence artificielle et géopolitique

L’IA va surtout bouleverser les économies très tertiarisées (France, États-Unis, Royaume-Uni). Il distingue l’IA qui produit des mots (rapports, activités tertiaires) et celle appliquée aux machines et robots (industrie).

Les économies industrielles (Japon, Allemagne) s’en sortiront mieux.

Sur le plan mondial, il reprend la thèse de la défaite puis de la dislocation de l’Occident.

Les BRICS s’organisent en monde autonome, mais ne domineront pas (problèmes démographiques russes et chinois). On entre dans un monde de puissances faibles.

Todd voit la France et plus largement l’Occident en phase de dislocation interne, marquée par le primat des vieux, la perte de capacité productive, le nihilisme des élites et un risque d’effondrement systémique si on ne réoriente pas les ressources vers les jeunes et la production réelle.

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