SUITE DU BILLET PRECEDENT: la crise viendra un jour mais …

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La crise à venir partagera, partout, le même sous-jacent : la destruction progressive des quasi-monnaies (dépôts bancaires au-delà des garanties, instruments monétaires de marché, collatéral liquide, fonds monétaires, stablecoins, dérivés assimilés à de la liquidité), suivie de la mise sous pression des monnaies elles-mêmes.

Ces dernières seront en effet mobilisées, via l’expansion de la base monétaire et les interventions de bilan, pour tenter d’arrêter la chute des quasi-monnaies.

Le phénomène sera mondial, car les systèmes financiers sont aujourd’hui étroitement interconnectés et reposent sur des couches superposées de liquidité privée adossées, in fine, à la monnaie de banque centrale.

Dans ce cadre, seuls des pays peu dollarisés, faiblement exposés aux financements extérieurs et correctement gérés pourront éventuellement échapper à la transmission la plus violente.

L’exemple souvent cité est la Russie : une faible dépendance au dollar, des réserves extérieures contrôlées et une certaine capacité d’isolation financière peuvent constituer un amortisseur. Mais cette protection n’est ni automatique ni durable ; elle suppose une gestion prudente des flux, du change et du système bancaire intérieur. Sans cette condition, l’avantage structurel disparaît rapidement.

Il reste néanmoins possible de prolonger encore un ou plusieurs « tours de manège ». Tout dépendra de la capacité des autorités monétaires (les « grands prêtres gnomiques » des banques centrales) à calibrer de nouvelles injections de liquidité, de nouvelles garanties implicites ou de nouveaux programmes d’achat sans déclencher immédiatement une perte de confiance plus large.

L’expérience des quinze dernières années montre que ces prolongations sont techniquement possibles tant que la monnaie de réserve conserve sa crédibilité relative et que les marchés anticipent encore une intervention.

S’agissant des orientations futures de la Réserve fédérale, un scénario de type 2008 (laisser tomber une institution significative pour « donner une leçon ») apparaît peu probable. Même si un responsable comme Kevin Warsh affichait une rhétorique de discipline, le coût systémique d’un tel choix, dans un environnement de levier élevé et de marchés interconnectés, rendrait la décision politiquement et financièrement difficile à assumer.

La probabilité d’une nouvelle erreur de calibrage existe, mais celle d’un refus délibéré d’intervenir face à une contagion majeure reste faible.

En résumé, le schéma demeure le même : destruction des quasi-monnaies, puis pression sur les monnaies utilisées pour les soutenir. La mondialisation du phénomène limite les exceptions aux économies les mieux isolées et les mieux administrées. Des tours supplémentaires restent possibles ; leur durée et leur coût dépendront surtout de l’intelligence et de la retenue des autorités monétaires.

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