René Girard sur le problème de l’art moderne

La même chose est vraie dans de nombreux domaines. Et cela a rapport avec l’idéologie capitaliste laquelle a besoin de dévaloriser le passé, d’imposer l’obsolescence et la « croissance » et de faire croire que le futur sera meilleur alors qu’il n’est bien souvent que le masque de la paupérisation . Le capitalisme , surtout sous sa forme financiere est une bicyclette, il doit continuer à « rouler » pour ne pas perdre l’équilibre et chuter. Cela a à voir aussi avec le besoin du Capital monétaire pour se liberer et de détruire les référents

« La vieille théorie classique de l’imitation, c’était qu’il fallait imiter les grands. Aujourd’hui, ça ne nous convient plus parce que nous sommes trop fiers, et nous rejetons l’imitation. Tout le monde doit être original ; par conséquent, tout le monde se contredit tout le temps.

La compétition entre les gens perd tout contenu positif et concret, et devient complètement abstraite. La création est détruite.

Qu’est-ce que l’art moderne ?

L’art moderne est le type d’art dans lequel on ne doit rien répéter. Il me semble, par exemple, que quelqu’un comme Mahler en musique ouvre de nouvelles zones de dissonance et d’harmonie qui, en d’autres temps, auraient été exploitées par toutes sortes de disciples pendant un siècle ou plus. Ou Richard Strauss aussi. Pas de notre temps. Donc aujourd’hui, la musique est interrompue parce qu’on est trop fier pour être le disciple de quiconque. … La musique est très intéressante à cet égard.

Les spécialistes disent, par exemple, que, d’un point de vue technique, Mozart n’est pas créatif. Il n’apporte rien. Mais Mozart était infiniment créatif à l’intérieur d’un cadre qu’il n’avait jamais envie de changer, ce qui lui suffisait. C’est donc une façon totalement différente de voir les choses. La même chose est vraie dans de nombreux domaines.

J’ai écrit un article une fois sur le mot « innovation ». Le mot innovation, jusqu’au XVIIIe siècle, signifie toujours quelque chose de mauvais. Même chez les gens que nous considérons comme très progressistes et modernes, comme Montaigne – s’il dit « innovation », cela signifie quelque chose de mauvais. Cela désigne des gens qui essaient d’avoir l’air nouveaux et d’inventer des choses alors que les anciennes sont meilleures et qu’ils devraient rester dans le bon cadre. À partir du XVIIIe siècle, soudain l’innovation devient bonne. Et alors il faut innover en tout. »

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