Essai. La victoire de Hollande. Sa stratégie machiavélique se déroule comme prévu… bravo l’artiste!

Nous avons toujours pensé que, dans l’optique d’un socialiste d’opportunité et de hasard  comme Hollande, son quinquennat n’était pas négatif. Et nous comprenons ceux qui, dans son entourage, considèrent que le sort qui lui a été fait est injuste. Hollande, nous devons le reconnaître, a accompli une œuvre historique, une œuvre dans laquelle Michel Rocard a échoué: il a cassé le PS, il a cassé la référence à la lutte  des classes, il en a  fait un vrai parti réformiste. Vous remarquerez d’ailleurs en passant que c’est au nom de la tendance réformiste du parti que la plupart des fidèles de Hollande critiquent Hamon. Le terme réformiste n’est plus banni du vocabulaire socialiste.

Hollande a été élu en 2012 sur une synthèse boiteuse, un malentendu, voire un mensonge. Il a pris appui sur le PS traditionnel, sur la première gauche des préaux de cour d’école, et sur la seconde gauche. Il a dynamité le tout et c’est le PS réformiste qui sort maintenant vainqueur. Il a fait son Bad Godesberg à lui tout seul. Nous vous rappelons que le programme allemand de Bad Godesberg marquait une rupture avec les programmes officiels antérieurs du Parti socialiste. Pour la première fois, en 1959, le SPD allemand abandonnait formellement les idées d’inspiration marxiste. Il reconnaissait l’économie de marché et se disait lié au peuple entier et non aux seuls travailleurs.

Nous sommes persuadés que l’histoire reconnaitra ses mérites. Quand Hollande a viré vers son socialisme de l’offre, nous nous sommes dits, il met en place les bases d’un socialisme gestionnaire. Et à l’époque, nous avions raison. Mais il est allé beaucoup plus loin, il a mis en place, au fil des mois, les bases d’un socialisme réformiste, plus moderne, plus détaché de ses bases sociales traditionnelles et plus conforme à l’évolution sociale démocrate marécageuse de nos sociétés.

Il s’agit de la conjonction que nous qualifierions de politicienne de trois choses:

  1. les nécessités du Traité européen
  2. le besoin de faire évoluer les esprits de la société civile
  3. de préparer une recomposition politique au centre.

Hollande n’a jamais été un idéologue, mais c’est un bon tacticien politique et, chez lui, les idées ne guident pas l’action, elles sont l’auxiliaire d’une volonté de puissance. Il a adopté les idées qui, normalement, auraient dû conduire à sa réélection. Passer de la lutte des classes au keynésianisme, puis au socialisme de l’offre, impliquait un glissement politicien.

En effet, toutes les réformes inspirées par le socialisme de l’offre vont dans le sens de la hausse du taux de profit, de l’accroissement de l’exploitation des salariés, du respect de la contrainte financière et bancaire. Bref, tout conduit au centrisme, à l’européisme et au mondialisme.

Si l’on en croit ses conseillers, Hollande était parfaitement conscient de tout cela. Il pensait avoir le temps de récolter les fruits de son glissement par un élargissement centriste. Il était persuadé, nous dit-on, pouvoir engranger les bénéfices de ses réformes grâce, en particulier, aux résultats obtenus sur le chômage. Ces résultats devaient se manifester dès le second semestre de 2016, d’où le fameux horizon auquel il faisait, lui et ses lieutenants, référence, le fameux horizon de l’inversion de la courbe.

Hélas, l’épaisseur du temps économique n’a pas joué en sa faveur. Les paquebots sont longs et lents à virer; la conjoncture internationale n’a pas été porteuse en 2015 et 2016 et, malgré l’aide de la BCE, et les contrats d’embauche bidon, il n’a pu remplir ses objectifs. Jusqu’au dernier moment, il a hésité à se représenter et à tenter le pari d’un refus de la droite.

Ce pari n’était pas stupide car, d’une part, la droite est tout à fait dépassée politiquement, elle est divisée et, en fait, elle est déconnectée de sa clientèle traditionnelle. Par ailleurs, l’équation de Marine Le Pen est loin d’être résolue. Cela, Hollande l’avait parfaitement compris. Il avait analysé de façon tout à fait correcte la tentation de la droite d’aller chercher ses compléments de voix vers la clientèle de Marine Le Pen. Et c’est pour cela, nous l’avions noté à l’époque, qu’il avait lancé de très loin sa campagne: au secours, la droite revient, et elle est encore plus à droite qu’avant.

Pour l’essentiel, ce plan a bien fonctionné, tant dans l’analyse de la société civile, que dans celle du désarroi politique de la droite. Malheureusement, sa popularité personnelle ne s’est jamais redressée et il lui a fallu chercher à se survivre autrement. Ce fut un coup de génie, reconnaissons-le, sachant qu’il avait tracé des bases politiques correctes, sachant qu’il avait ensemencé le terrain, sachant que le centre était à prendre, il a certes abandonné ses ambitions personnelles du moment; il s’est certes retiré du jeu, mais il a propulsé Macron. Quelle audace, quelle finesse: Macron est à la fois l’héritier, mais ne supporte pas le poids de l’héritage. Il s’est lancé tout seul, mais avec les soutiens traditionnels du Hollandisme, avec ses soutiens bancaires, avec ses soutiens médiatiques. Toute l’habileté a consisté à propulser un Macron, apparemment libre de toute attache, mais dans la continuité réformiste du nouveau Hollande. Il a suffi de gérer convenablement le départ de Macron, de le laisser tracer son sillon tout en prolongeant l’ancien et, ensuite, de faire en sorte que la tendance réformiste du PS se rallie peu à peu, un à un, personnalité par personnalité, au soutien de Macron.

Nous en sommes exactement là. Nous en sommes à ce moment qui n’est pas le plus périlleux de l’opération, mais il est essentiel. C’est le moment où Macron doit continuer sur sa lancée personnelle, mais, en même temps, rallier les personnalités qui comptent autour de cette idée de gauche réformiste. La répartition des taches est admirable. Les uns ont pour fonction de flinguer Hamon, de lui savonner la planche et de le faire glisser  aux alentours des 10%. Vous remarquerez la finesse et l’habileté qui ont été déployées pour l’empêcher de continuer sur la lancée de sa candidature et lui scier (excusez l’expression) les pattes lorsqu’il a eu mine de devenir crédible. Hamon remis à sa niche, dans son créneau, la route est libre pour la fraction réformiste du PS, pour se prétendre vouloir barrer la route au Front National, pour se prétendre utile et réaliste. Non seulement Macron est capable de continuer dans la ligne du Hollande 2ème partie, mais il a maintenant un pouvoir d’aspiration à l’égard de tous ceux qui ne peuvent pas se reconnaître dans Hamon. Il va engranger quelques pourcents de plus à gauche et, surtout, il prépare déjà les futures législatives. Dans ce schéma, Macron ne sera pas un homme sans parti, sans soutien, et sans majorité à l’Assemblée, il aura simplement remplacé, comme voulait le faire Hollande, les socialistes ringards de la première gauche par le marécage moderniste soit-disant progressiste aux théoriciens de Terra Nova.

L’ex-Premier ministre Manuel Valls,  exclut de parrainer le candidat socialiste à la présidentielle Benoît Hamon, sans dire pour l’instant s’il ralliera son ex-ministre de l’Economie Emmanuel Macron. « Je ne peux pas lui apporter mon parrainage (à Benoît Hamon), car je ne pourrais pas supporter autant de contradictions », dit-il dans une interview publiée mardi par l’hebdomadaire Paris Match.

Lors de la primaire organisée par le PS, en janvier, Manuel Valls s’était engagé à se conformer au résultat en soutenant, même de loin, le vainqueur en dépit de ses désaccords de fond avec l’ancien ministre de l’Education. »Benoît Hamon ? Emmanuel Macron ? Personne ne sait qui fera quoi (…) Il y a un grand désarroi et une décomposition », affirme désormais l’ancien chef du gouvernement, cité par Paris Match. Il est évident qu’il faut laisser à Valls le temps de digérer ses couleuvres!

« Je m’interroge », dit-il sur la possibilité de soutenir ou non un candidat avant le premier tour, prévu le 23 avril. « Il n’y a pas d’emballement pour Hamon et Macron ne suscite guère l’enthousiasme. » Certains de ses proches ont démenti lundi soir des informations de presse selon lesquelles il s’apprêtait à appeler les électeurs à voter pour l’ancien ministre de l’Economie dès le premier tour.  Selon un article publié sur le site du Parisien, qui évoque sans les nommer des sources concordantes dans l’entourage de Manuel Valls, ce dernier devrait faire un premier pas vers cette annonce « mardi soir devant ses fidèles conviés salle Colbert à l’Assemblée », à 39 jours du premier tour.

Ces déclarations dissonantes semblent confirmer les débats qui, selon Le Parisien, agitent la sphère « vallsiste » sur la date d’une annonce officielle d’un soutien de Manuel Valls à son ancien ministre de l’Economie, candidat du mouvement « En Marche ! » à la présidentielle.

« On ne va pas faire de synthèse artificielle », a jugé mardi Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, sur CNEWS. « Il faut que (Manuel Valls) soit loyal mais, comme il l’a décidé, en retrait. »

Face à la perspective d’un bon score de la candidate Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle, suggéré par les sondages, la question du « vote utile » se fait de plus en plus pressante dans les rangs socialistes. On croit rêver, tant ils nous prennent pour des imbéciles! Le mythe Marine sera l’alibi tout trouvé et tout préparé.

L’entourage de Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense et poids lourd du gouvernement, a notamment confirmé la semaine dernière qu’il était en « discussion » avec Emmanuel Macron en vue d’un éventuel ralliement.

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