Analyse du débat, Macron séduit encore le dernier carré

C’est certainement avec un profond sentiment de découragement que la plupart des candidats à la présidentielle ont quitté le plateau hier soir… Et si ils n’étaient pas encore déçus, ils l’ont été après la publication des sondages qui immédiatement ont suivi l’émission. Car pour faire bonne mesure, non seulement on truque le champ de bataille, on le verrouille, mais au final on décide encore par le biais d’un sondage bidon qui a gagné ; bref on a le culot de dire aux Français ce qu’ils doivent penser.

Pour une fois je rends hommage aux animatrices de ce jeu politique télévisé, elles ont été agréables, courtoises, elles ont, dans une petite mesure, retiré un peu au caractère scandaleux de l’exercice. Agréables car souriantes, presque détachées, avec une pointe d’humour; elles savaient que c’était un exercice, un spectacle et elles l’ont bien dirigé. Avez vous noté l’absence totale de tension, la décontraction même? Personne n’a joué son avenir, sa carrière, rien de dramatique: on sait qu’il ne se passera rien. Il ne peut rien se passer car les jeux sont faits d’avance, depuis longtemps, il n’y a qu’à dérouler. Macron a trembloté à deux ou trois moments, le regard perdu; un peu en difficulté, mais comme il n’y pas le droit de suite, de droit de poursuite, personne ne l’a poussé dans ses retranchements, dans ces moments là, il a été sauvé par Elkrief sans que qui que ce soit s’en offusque.

Les petits candidats quelle que soient leurs qualités n’ont jamais été pris au sérieux, La condescendance un peu méprisante, dévalorisante était palpable, on les regardait avec un sourire amusé, comme on regarde les enfants faire leur numéro. On attend qu’ils aient fini. Le contenu de leur propos n’a jamais eu d’importance.

Poutou et Nathalie Arthaud ont ridiculisé l’extrème-gauche révolutionnaire. Ils s’acharnent à détruire le travail de Besancenot et d ‘Arlette Laguillier. Il est déjà loin le temps du facteur du NPA, Besancenot, qui avait su donner une stature et une visibilité aux idées d’une vraie gauche en lutte contre le système. Nathalie Arthaud s’est comportée en triste névrosée, sans respect pour les spectateurs; tandis que Poutou jouant de sa décontraction distanciée a mis en valeur, par opposition et comparaison, la qualité de la prestation de Mélenchon.

Bravo Mélenchon, je le redis, il est le seul à affirmer une qualité politique crédible. Dans un vrai débat, il aurait cartonné et mis un type comme Macron à terre, les épaules au tapis.

Macron s’est distingué par … ses capacités d’esquive. Il a une redoutable capacité : celle de parler, d’enfiler les mots de telle façon que lorsqu’il a terminé sa phrase, on ne sait plus ce qu’il avait dit au début. C’est une nouveauté dans le langage politique; un mélange d’abstraction, de mots creux, de vides et de temps à autres un mot saillant qui émerge, beau, brillant, un mot dans l’air du temps destiné non pas à donner du sens, mais à créer une ambiance, une tonalité. Comme dans l’art moderne, Macron fait dans le non-figuratif. Comme l’art moderne, il a valeur parce qu’il y a un marché pour cela, un marché créé de toutes pièces par les marchands d’art, les ploutocrates et leurs alliés des médias. Macron, c’est la valeur sans contenu, suspendue dans les airs, c’est l’incertitude totale de la valeur, fragile, volatile, mais qui tient tant qu’elle est soutenue. Comme l’est le marché boursier lorsqu’il est « en bulle ». Il a dépassé le stade de la mélodie, On ne la devine même pas, ce qui donne cette impression de creux et de vide, mais c’est cela l’art: créer un creux, une attente, une béance, que l’on remplit ensuite. Macron désarticule la pensée et joue avec des combinatoires verbales dont certainement les Communicants ultra modernes lui ont enseigné le secret.

Fillon était dans les cordes. Il a fait bonne figure à peu près jusqu’aux attaques de Poutou sur la probité. Il est resté groggy par la suite avec des regards qui en disaient long sur son désarroi intérieur, des regards qui de temps à autres se voulaient crâneurs, mais il s’agissait d’aveux de faiblesse.

Depuis les premiers jours, j’ai décortiqué la stratégie de ses ennemis, et des ennemis du peuple, j’ai expliqué qu’il y avait une vraie stratégie en place, un processus de démolition, une machination équivalente à un coup d’état. L’opération a été menée de main de maître, avec toute l’expérience de gens qui ont, en leur temps, fait le coup des diamants de Giscard et celui du Rainbow Warrior. Avec l’un des leurs à la tête de l’état, les comploteurs ont eu la partie belle. Fillon a voulu croire à un « one shot », à un coup unique dont il pourrait se débarrasser. Ce fut une erreur terrible, une naïveté. Les stratèges de l’opération sont des connaisseurs, des gens qui ont l’expérience des coups tordus et ils sont d’autant plus cyniques que dans certains cas ils n’ont plus rien à perdre, Ils jouent leur statut social. Ils savent que si ils ne gagnent pas, ils seront détruits. Donc lutte à mort. La perséverance de Fillon n’est pas du courage, non elle procède d’une appréciation erronée de la situation, il n’a pas compris toute la subtilité et la complexité de la manoeuvre avec en particulier la feinte du PS: Macron ne se comprend que si dès le départ on anticipe le ralliement des réformistes du PS à sa candidatures. Ce que nous avons fait, ce que n’a pas fait l’entourage de Fillon.

Que dire de l’entame de sa prestation? Rien! Si ce n’est qu’elle était suicidaire! Entamer le spectacle par la dramatisation des 2,2 trillions de dettes était une bourde.. Fillon a joué à contre-emploi. Si on analyse les programmes, c’est Macron qui est le vrai père fouettard et va tenter de restaurer les équilibres budgétaires pour satisfaire aux demandes des Allemands et de la Commission de Bruxelles, mais Macron n’est pas fou, il ne va pas le crier sur les toits: « votez pour moi, je vais vous faire mal! » Il ne le met pas en avant! Il escamote car il sait que ce n’est pas en disant le négatif que l’on gagne des suffrages. C’est en agitant du positif, en flattant. Fillon a voulu jouer au Churchill, il n’en a pas la stature. Il a voulu jouer au chef Gaullien, la situation ne s’y prête plus. Les Français ne veulent pas « du sang et des larmes », ils en ont marre de l’austérité, ils sont fatigués. C’est un peuple usé, Repus dans une consommation de plus en plus médiocre dans sa qualité. Repus dans le spectacle de sa dégringolade mise en scène par le festif publicitaire . Il n’y a pas l’ombre d’une volonté ou d’une capacité de sursaut sur laquelle s’appuyer. Les Français disent « pouce » à l’effort, ils veulent être protégés. Il y a des courants sociaux porteurs et chaque candidat devrait les analyser et essayer d’en chevaucher au moins un. Comme le fait Macron. Mais Fillon a une conception politique et sociétale et sociale qui date… d’avant Giscard. . Il surfe à contre-courant, Il regarde l’avenir dans le rétroviseur social.

Ce jeu télévisé, n’ a bien sur rien à voir avec ce que l’on pourrait appeler un débat; c’est une série d’exposés plats, uniformes sur quelques questions bien choisies pour ne jamais risquer de déboucher sur la surprise ou l’aventure. Tout est convenu. Ce qui est truqué, ce n’est pas le contenu du débat, après tout chacun pouvait essayer de faire passer un message, non ce qui est truqué c’est sa forme , la forme dans laquelle il est enserré: la forme Enaniste, analytique, non rebondissante, la forme de l’exposé Sciences Po, bref la forme de la dictature intellectuelle qui détruit la France.

Que se serait-il passé si on avait choisi une forme dialectique et non positive, non bourgeoise, non analytique? Personne ne sait. Mais ce qui est sûr, c’est que la vérité des candidats serait sortie, mais on ne sait pas laquelle.

Que se serait-il passé si en entame, Elkrief avait demandé: le quinquennat de Hollande s’achève dans le désaveu, dans le rejet , il ne peut même pas prétendre se représenter, messieurs pouvez vous nous dire si vous pensez que c’est justifié et pourquoi. Quelle est votre description de ce quinquennat? Quelle est votre position à l’égard des résultats de ce mandat. Faut-il continuer dans la voie tracée par Hollande à partir de 2014, malgré son impopularité, faut-il inflêchir, faut-il engager une rupture? Quelle est votre position?

Que se serait-il passé si Elkrief avait demandé: comment expliquez vous la situation économique calamiteuse, l’absence de retour de la croissance au niveau des tendances antérieures, considérez-vous que le monde est encore en crise? Et si vous le pensez dites-nous quel est votre diagnostic sur cette crise et , selon vous quels sont les remèdes.

Que se serait-il passé si Elkrief avait constaté: l’Europe est en crise sous de multiples aspects, de nombreux plans sont en préparation pour être proposés après les échéances électorales françaises, allemandes, italiennes. On parle d’une Europe refondée, à deux vitesses, avec des réformes de gouvernance considérables? Quelle est votre diagnostic et quelle sera votre position face aux projets de réformes qui sont actuellement à l’étude?

Que serait-il passé si Elkrief avait demandé: croyez vous que le chômage est un mal Francais ou un mal occidental, quel est la part du national, quelle est la part de l’international dans nos difficultés? Comment expliquer la bonne performance insolente de l’Allemagne, celle des Anglo-Saxons? Pourquoi le progrès des technologies nous pénalise t il alors qu’il profite à d’autres pays et les enrichit, les rend prospères?

Que se serait il passé si Elkrief avait fait le constat de l’éclatement du consensus social, de l’éclatement politique manifesté par la déconfiture du bipartisme et la montée d’un système quadripartite? Si elle avait osé mettre du sel sur la déchirure du tissus social et avait interrogé chaque participant sur son analyse des causes du phénomène au lieu d’accepter bêtement leur plaidoyer pour l’union des Français et l’unité nationale?

Que se serait passé si,… Que se serait il passé si ces gens avaient fait leur métier lequel est de servir d’accoucheur, de médiateur politique entre les élites et les gens d’en bas… Que se serait il passé si au lieu d ‘être des passe-plats complaisants du Système scélérat ils avaient eu un peu de respect pour leur fonction, pour leur déontologie ?

Macron est intouchable, Fillon est plombé, Marine est bloquée et les petits candidats réduits au rôle de diversion/distraction ou de spectacle. L’exception, si il y en une c’est Mélenchon: il a considérablement progressé dans sa fonction tribunitienne et ceci confirme les tendances que l’avait pu percevoir depuis quelques semaines.

Il n’y a plus rien à faire.

Les Français les plus lucides diront:

-les émissions, les débats, tout cela est bidon, c’est surfait, c’est du thêatre;

-les sondages sont là pour manipuler les Français et leur dire ce qu’ils doivent penser

-les hommes politique ne disent pas la vérité, ils ne sont pas sincères, ils sont de connivence

-la politique c’est pourri , je n’en ai plus rien à faire.

Macron séduit encore ceux qui y croient, qui espèrent encore dans la politique. Macron est jeune, il promet de faire de la politique autrement, il affirme avoir des idées originales mais se dispense de les exposer. Macron joue sur un style, une posture, et un positionnement différents. Macron ou ses conseils ou ses maîtres, au choix, ont compris qu’il fallait, pour gagner, promettre autre chose. Quoi? On se sait pas très bien , mais peu importe. Les électeurs de Macron sont le dernier carré, le carré de ceux qui veulent encore y croire. Dans quelques mois ceux là rejoindront la masse de ceux qui n’en ont plus rien à foutre.

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8 réflexions sur “Analyse du débat, Macron séduit encore le dernier carré

  1. Bonjour Monsieur,
    J’ai découvert votre nom, par un message d’un ami, aujourd’hui invisible sur Monsieur Macron ce qu’il est que j’ai adressé a des amis mais qui non put le lire était il toujours possible de se le procurer.
    Félicitation pour votre travail et analyse
    Cordialement

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  2. Si Macron passe le 1er tour comme vous l’affirmez, je dis bravo. Car j’aurais plutôt tendance à croire, au regard des blogs critiques à son égard et la tiédeur de ceux qui sortent de ses meetings, que sa bulle se dégonfle et qu’il pourrait se retrouver sur la touche. On verra bientôt. Peut-être suis une irrémédiable naïve, et si c’est le cas, je vous assure que c’est pénible….

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  3. Nous avons assisté hier soir aux jeux du cirque avec des morts symboliques. A mon sens, deux sont sortis vainqueurs, JLM et Macron, mais pas pour les mêmes rasions,
    JLM a accepté le combat, a été courageux voire audacieux et a largement mérité sa « victoire ».
    Macron, lui a esquivé plutôt que d’accepter le combat, voire s’est planqué dans un coin en laissant les autres se combattre et a resurgi à la fin, le brushing nickel et le sourire ultra-brite.
    Il est « victorieux » mais il ne mérite nullement cette victoire, d’autant plus que les speakerines – une brune et une blonde pour la parité – l’ui ont amplement balisé le terrain.

    Deux exemples :
    – A l’inverse du lynchage sur les « affaires » de MLP et de Fillon, aucune question sur le patrimoine de Macron – qui fait largement débat- alors que cette question était légitime dans la rubrique affaires-transparence-moralisation de la vie publique.
    – Ruth Elkrief a posé une question à Macron sur la source des 60 milliards d’économie qu’il annonçait dans son programme. Macron a habilement noyé le poisson pendant son temps imparti sur les…10 milliards qu’il récupérerait sur les collectivités locales.
    Quid des 50 autres milliards ? La question n’a – évidemment – pas été posée.

    Ensuite Macron a été – volontairement ou non – bien gentiment laissé à distance du combat, par neuf des autres candidats, dès fois qu’il se prenne un mauvais coup. Le seul qui a provoqué et mis en difficulté Macron est NDA; les autres étaient aux abonnés absents. Pour quelles raisons ?

    Quelques exemples :
    Comment expliquer que Poutou et Arthaud n’ont pas sauté sur l’occasion de leur présence à ce « débat » pour demander des comptes à Macron sur son patrimoine car selon ses déclarations et ses propres explications – contradictoires – celui-ci serait à peine supérieur à ceux des deux représentants de la classe « ouvrière »…alors qu’il a gagné 3 millions d’Euros en quelques années ?

    Pourquoi Asselineau ne l’a pas poussé dans ses retranchements sur sa soumission à l’UE et à l’Allemagne qui va conduire à une perte accrue de la souveraineté nationale ?

    Pourquoi MLP n’a pas interpellé Macron sur les propos scandaleux – limite d’incitation à la haine – qu’il a tenus à l’égard du FN et des électeurs du FN lors de son meeting à Marseille, il y a seulement quelques jours ?

    Pourquoi Hamon ne l’a-t-il pas interpellé sur son soi-disant mouvement « au dessus des partis de droite et de gauche » mais qui voit le ralliement constant de barons du « socialisme » ?
    Pourquoi n’a-t-il pas rebondi lorsque Macron a dit que 50% des sièges aux législatives seront réservés à des membres de la société civile et non à des politiciens ? …en laissant planer que parmi tous les politiciens ceux qui se rallient à Macron, beaucoup se retrouveront sur le « carreau ».

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  4. Bon exposé d’un moment de l’histoire, une photo dans laquelle on constate la médiocrité de la société-spectacle, construction sans âme ni même substance, dont Macron est le représentant chimiquement pur.

    Mais vous parlez bien de « dernier carré » : combien sont-ils, encore ?

    Le peuple vivant, qui souffre, qui est en colère, existe. Les élections ont peu d’importance comparé à la réaction du peuple, s’il y en a une, quand les évènements de rupture interviendront. On pourra à ce moment dire si la France, et l’Europe, sont sorties de l’Histoire ou non. En attendant, la seule action humaine possible est de se battre pour éveiller les consciences, ce que vous faites.

    J’ai noté que le système commence à se battre contre la blogosphère et les réseaux sociaux, espaces de liberté non encore verrouillés, et qui sont qualifiés de manière caricaturale et grotesque, de « fachosphère ». Le totalitarisme masqué se dévoile peu à peu, c’est bon signe, à mon avis.

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  5. La stratégie des leurres.
    Quel-qu’aurait été le candidat de la Droite , il n’aurait pas échappé à un lynchage médiatique. Sous une forme ou une autre , sa personne, son projet , son programme présidentiel auraient été parasités par des attaques reprises en boucle par les médias. Rien n’est plus facile à faire aujourd’hui par le pouvoir en place associé aux médias.
    En permanence , des leurres auraient été envoyés aux citoyens pour discréditer ce candidat et son programme , semer le doute dans son équipe etc…
    Vu la transparence , la légèreté d’E Macron ainsi que l’absence de programme solide , il n’y avait pas d’autre stratégie possible pour l’équipe qui a préparé Macron pour cette campagne.
    A suivre.

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  6. Vidéo de l’émission La Médiasphère sur LCI du 3 avril – retirée de leur site – sur Macron, son coach, sa campagne, son meeting de Marseille : un document à ne pas rater et à diffuser.

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