Editorial. Le paradoxe de la hausse des taux. L’austérité et le malthusianisme au service des marchés et des ultras riches

Ce texte est en deux parties.

La première est classique, dans le ton de l’establishment, elle est en quelque sorte gestionnaire.

La seconde est une interprétaion qui va au fond des choses, une approche radicale.

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De récentes déclarations des pays anglo saxons, USA, Canada, Grande Bretagne vont dans le sens d’une tentative de normalisation monétaire matérialisée par une hausse des taux administrés et/ou réduction de la taille des bilans des banques centrales. Ce trio du G7 est leader dans la pensée économique et monétaire globale. Les anglo saxons  croient en les vertus du déficit spending. Si ils s’orientent ou tentent de s’orienter vers une normalisation, réduction des  stimulis monétaires, c’est précisément parce qu’ils sont en avance . En avance sur l’Europe, le Japon et la Chine laquelle est seulement à l’entrée du cycle de ses problèmes.

Au plan des assets et de leur prix/performance/ risque, nous pensons que cette transition ouvre  une période d’incertitude, une période de tous les dangers.

Les taux zéros couplés avec les achats de titres à long terme ont produit un niveau de valorisation des actifs qui ne serait guère soutenable avec un taux des fed funds américains de 3%. C’est mathématique et ne soufre aucune discussion, sauf à anticiper autre chose comme la fuite devant la monnaie et un basculement vers l’hyper inflation.

La normalisation impliquerait dévalorisation. Mais nous ne croyons pas à une vraie normalisation, nous ne croyons pas aux objectifs affichés.

Tout serait simple si on était sûr de la poursuite de la normalisation face aux perspectives domestiques d’une part  et si il n’y avait pas les situations du Japon et de la Chine d’autre part . La croissance est mal assurée, y compris aux USA et les déséquilibres des  blocs asiatiques créent un risque mondial qui peut très bien inciter les pays anglo-saxons, comme en 2015 et 2016 à interrompre ou différer la normalisation.

L’allure des courbes des taux laisse planer le doute sur la possibilité de mener à bien la normalisation, mais comme tous les signaux ont été faussés par les apprentis sorciers, en fait on ne sait pas très bien si l’aplatissement de cette courbe a un sens ou pas. Et puis on peut douter de la validité de toute la construction théorique des banques centrales fondée sur le taux d’équilibre, le taux neutre, le fameux R*!

Tout ce que l’on sait c’est que si la tendance à la normalisation se précisait, alors, la tendance à la convergence de tous les rendements  vers zéro devrait  s’inverser et les pertes en capital sur les actifs auraient toutes chances de  devenir importantes.

Deuxième partie:

Notre hypothèse de travail est que la Fed intervient dans le cadre d’une théorie, d’une conception fausse et archi fausse de l’économie et de la monnaie, une conception idéologique, mais qu’elle travaille bien, dans ce cadre.  Elle ne commet pas d’erreur; elle est cynique. Son objectif est politique, au service d’un ordre social.

La propagande de ces gens, de ces   élites dominantes est que la croissance forte, selon les normes historiques est impossible, il faut y renoncer. Elles n’ont pas d’explication convaincante, ce qui révèle  le côté idéologique. Les imbécillités sur la population, les mentalités et la consommation de drogue ne trompent que les gogos, tout cela est symptôme et conséquence et non pas cause.

La réalité est que la croissance lente est un choix délibéré afin de protéger l’ordre social. L’ordre social repose sur le partage de la richesse nationale et le partage de la valeur ajoutée au profit d’une classe et de ses alliés et au détriment d’une autre classe.

Si la croissance s’accélérait, le pouvoir des travailleurs redeviendrait fort ainsi que leur « bargaining power », les salaires monteraient, les parts des revenus salariaux dans les GDP grimperaient, les taux d’intérêt monteraient également et les détenteurs de capitaux singulièrement financiers seraient squeezés, laminés, détruits.

Hausse de la part des salaires conjuguée avec la hausse des taux, c’est la débandade dans la finance. C’est l’effondrement de la valeur des actifs financiers avec le terrible enchaînement; chute des garanties des dettes, dépréciation des collatéraux du manège infernal de la création monétaire bancaire, effondrement de la capacité bilantielle du système bancaire,  obligation de deleverager, blocage des marchés de dérivés, envolée des VaR, les value at risk, désolvabilisation des banques, des ultra riches. Les actifs financiers sont « pricés » pour la perfection, c’est à dire pour la défaite historique durable des classes salariées! Voila le fait: la croissance lente protège l’ordre  social issu de la financialisation ! C’est une question de vie et de mort pour les élites.

Il arrive que ces élites parlent et que la vérité leur échappe. Heureusement pour elles, les médias ne travaillent pas et ils ne sont pas compétents.

Dudley le gouverneur le plus important après Yellen a laché le morceau la semaine dernière. Dudley comme il se doit est un ancien de Goldman Sachs . La hausse des taux de la Fed est bien entendu une absurdité si on est normal, si on raisonne sainement donc Dudley nous explique pourquoi il faut monter les taux alors que la croissance est faible, très en deçà des normes et du souhaitable:

“If we were not to withdraw accommodation, the risk would be that the economy would crash to a very, very low unemployment rate, and generate inflation,” Dudley said. “Then the risk would be that we would have to slam on the brakes and the next stop would be a recession.”

Traduction: « si nous ne retirions pas la politique accomodante , le risque serait que l’économie s’installerait à un niveau trés trés bas de chômage et cela générerait de l’inflation » !

Tout est dit; ah les braves gens! Si la croissance continuait, alors le chômage baisserait encore, on aurait un taux de chômage très, très bas et la mécanique se mettrait en branle avec hausse des salaires, hausse de la part des salaires dans le revenu national, baisse des marges bénéficiaires, hausse des taux d’intérêt et inflation c’est à dire destruction des couches sociales qui ont été privilégiées tout au long de la financialisation et singulièrement depuis 2008.

L’inflation nous dit Dudley/Goldman c’est bien, mais uniquement si c’est celle des prix, pas si c’est celle des salaires. La Fed recherche l’inflation, mais la « bonne inflation », celle qui augmente les marges bénéficiaires, pas celle qui les réduit.

En fait ce que Dudley « oublie » dans sa chaîne de raisonnement c’est: la baisse du chomage, le plein emploi augmenteraient le pouvoir des salariés, eux qui sont laminés depuis 18 ans, et ils obtiendraient des hausses des salaires auxquelles les entreprises résisteraient en montant leurs prix et en fabriquant de l’inflation.

Le zozo Dudley  utilise là l’idéologie de la courbe de Phillips qui ne dit rien d’autre que ceci: quand la croissance accélère , le facteur travail est plus rare, moins surabondant, les rapports de forces avec le capital se modifient les salariés exigent des augmentations, leur part augmente et cela fait de l’inflation.

Devant ce choix politique, idéologique on comprend beaucoup mieux les paradoxes de la situation: croissance économique modeste, faible relativement aux normes historiques, mais masse de capital accumulée colossale et hors de proportion avec ce que l’a connu dans le passé, donc l’inflation est intolérable. Et même si on a fait semblant de la souhaiter, il faut à tout prix l’empêcher de développer. Donc il faut stopper la croissance, empêcher le resserrement du marché du travail et la hausse des salaires, il faut prendre le risque de casser la dynamique pour protéger la valeur des actifs financiers, et réduire les perspectives.

Les marchés de taux  ont tout compris: les ultra riches achètent les obligations et fonds d’état car ils savent que les autorités les protègent et empêchent leur dépréciation.

Les taux longs baissent, la courbe des taux s’aplatit. C’est l’austérité sous une autre forme et elle permet de maintenir la valeur des actifs financiers, ce que les marchés traduisent bien. Et apprécient.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 réflexions sur “Editorial. Le paradoxe de la hausse des taux. L’austérité et le malthusianisme au service des marchés et des ultras riches

  1. C’est abject… et M. Bertez je suis sûr que vous avez raison sur toute la ligne!

    Comment les classes (de moins en moins) laborieuses peuvent elles renverser la table et faire en sorte que le Système se remette à travailler dans un sens vertueux?

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  2. Yep ! Je trouve que vous avez tout juste.
    Tout est effectivement fait pour que la situation actuelle perdure, que l’on stagne pour préserver les rentes. L’inflation est poison mortel pour les rentiers, et c’est pourquoi le mandat de la BCE était de la maintenir basse. Un ajout à votre analyse: les marges des entreprises ne sont plus limitées par le niveau de vie des travailleurs occidentaux: on peut brimer nos salaires, les grandes multinationales se tournent vers l’Asie et sa nouvelle classe moyenne, avide de consommer à l’Occidentale, pour faire encore plus de bénéfice & réduire les coûts de production.
    Question complémentaire de celle de Nanker: Si l’on ne parvient pas, collectivement, à renverser la table comment s’en sortir individuellement ? … Car l’exemple de la Grèce montre que le peuple n’arrive pas à renverser ladite table (évidemment, les élections étant un vrai piège à ….).

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  3. Tout vient des systèmes de retraites occidentaux.Ces fausses promesses qu’il faut tenir en faisant monter les bourses,en pressurisant le travail,en truquant les taux,en imprimant l’argent par tonnes,en menant des politiques migratoires délirantes

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