La récession et les déficits français sont les pires d’Europe..malgré les vantardises de Tintin/Macron.

Depuis que l’économie est sens dessus dessous, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin jouent les «Dupond et Dupont» des Aventures de Tintin. 


Chronique de Jean Pierre Robin dans  Figaro Vox

Le gouvernement doit dire pourquoi il en est ainsi et vite rectifier le tir, explique Jean-Pierre Robin.



À l’instar des deux sosies disant chacun la même chose sous des formes légèrement différentes, les deux ministres de Bercy ne cessent de renchérir l’un l’autre. Ainsi mardi 2 juin, sous un soleil resplendissant, le ministre de l’Économie et des Finances a laissé tomber au détour d’une phrase sur RTL que la récession du PIB français ne serait pas de 8 % mais de 11 % en 2020. Et, quelques heures plus tard, devant la commission des finances de l’Assemblée nationale, le ministre de l’Action et des Comptes publics prévient que le déficit atteindrait 11,4 % du PIB cette année au lieu des 9,2 % envisagés jusqu’alors.

Chacun sait que les finances publiques sont le sismographe affolé de l’activité économique dont la crise entraîne à la fois plus de dépenses publiques, d’aides et moins de rentrées fiscales. Et comme dans la bande dessinée où les «Dupondt» ont le don des situations inextricables, le beau rôle revient toujours à Tintin le malin.

Au soir de cette même folle journée de juin, Emmanuel Macron a donc ciselé ce tweet roboratif: «La réouverture des cafés, hôtels et restaurants signe le retour des jours heureux! Nul doute que les Français seront là pour retrouver cette part de l’esprit français, de notre culture et de notre art de vivre. En ces temps difficiles, l’État continuera à soutenir ce secteur.» En 280 signes tout est dit, l’évocation du programme du Conseil national de la résistance de 1944 et la louange de l’État protecteur, «quoi qu’il en coûte», selon la formule emphatique du président de la République le 13 mars à la télévision.

L’impact vertigineux du Covid-19

Les mots et les chiffres. Ceux de Le Maire et de Darmanin expriment l’impact vertigineux du Covid-19 sur notre économie. Alors que le produit intérieur brut, qui mesure l’ensemble des biens et services produits sur le territoire français dans l’année, avait été de 2426 milliards d’euros en 2019, son repli de 11 % signifiera un manque de 267 milliards. Soit 3985 euros pour chaque Français, l’équivalent de trois fois le smic net mensuel. Fichtre.

Quant au déficit total (État, Sécurité sociale et collectivités territoriales) de 11,4 % du PIB de 2020, il représente 246 milliards d’euros, comme l’a précisé Gérald Darmanin. Et le ministre des Comptes d’ajouter que la dette publique – 2380 milliards en 2019, soit 98,1 % du PIB – s’élèverait de ce fait à 2647 milliards, 121 % du PIB 2020.

Un tel niveau d’endettement dépasse-t-il l’entendement? Tout est relatif.

Les esprits chagrins rappelleront qu’en Allemagne l’encours de dette publique ne devrait pas excéder 70 % du PIB en 2020 et les autres se consoleront en observant que le Japon a depuis une dizaine d’années un ratio supérieur à deux fois son PIB annuel tandis que l’Italie se situera à plus de 150 %.

Le véritable sujet d’inquiétude s’énonce autrement: pourquoi, en guère plus de trois mois, l’épidémie de Covid-19, qui a frappé l’ensemble des pays européens de façon symétrique, a-t-elle autant déstabilisé l’économie française? Révisant la semaine dernière ses prévisions macroéconomiques, la Banque centrale européenne prédit un recul de 8,7 % du PIB de la zone euro et un déficit des comptes publics de 8,5 % du PIB en moyenne.

L’Hexagone fait partie des mauvais élèves avec l’Italie et l’Espagne. De même, la consommation des ménages français devrait reculer bien plus (- 10 %) que celle des Européens (- 7,8 %) ; les entreprises tricolores réduiront leurs investissements productifs de 20 %, contre une moyenne européenne de 15,5 %. Pourquoi, pour quoi?

Étatisation des salaires

La spécificité de la crise du Covid est d’avoir frappé en même temps la demande et l’offre productive. C’était manifeste pendant le confinement, quand les gens pouvaient difficilement sortir, que les magasins étaient fermés pour la plupart, que nombre d’usines et de bureaux sommeillaient. Or, sous ces deux aspects, l’économie française s’est avérée très vulnérable.

Le gouvernement aurait-il imposé un confinement plus sévère qu’ailleurs? Selon ses propres dires «il a instauré le système de chômage partiel (financé par l’État) le plus généreux d’Europe» (Édouard Philippe dixit). À son acmé, plus d’un salarié sur deux du secteur privé y a eu recours, contre seulement 21,7 % en Allemagne, selon l’institut de conjoncture Rexecode.

Hélas, cette stupéfiante étatisation des salaires n’a pas incité les Français à dépenser. Ils accumulent une épargne forcée qui pourrait représenter 100 milliards d’euros sur l’année, redoute Bercy, car, tel un virus, elle tend maintenant à muter en épargne de précaution par crainte du chômage.

Cercle vicieux

Quant à l’offre, du fait de sa polarisation dans les services, la France cumule plusieurs handicaps. «Les contraintes de distanciation sociale pèseront encore longtemps sur toutes les activités qui impliquent de la promiscuité et des contacts interpersonnels», souligne le cabinet d’études Xerfi. De l’aéronautique au tourisme, d’Airbus au Musée du Louvre, la filière des métiers vivant de la mobilité n’a pas le vent en poupe.

Voilà pourquoi le PIB français est secoué plus que d’autres par le Covid-19. Or, loin de jouer comme un stabilisateur anticrise, les dépenses publiques qui enflent démesurément (64 % du PIB!) plombent les comptes de l’État sans pour autant redynamiser l’économie. «Le plus dur du point de vue social et du point de vue économique est devant nous», a admis Bruno Le Maire en annonçant la chute de 11 %.

Il est urgent de sortir de ce cercle vicieux malthusien où les déficits et la récession se donnent la main dans une descente aux enfers. L’argent public doit promouvoir la relance, au lieu de perpétuer l’inactivité et le marasme

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