le risque financier n’a pas disparu, il est absorbé par le couple Banque Centrale/Trésor Public; ses capacités d’absorption sont limitées.

Rédigé par
Bruno Bertez
8 juin 2020

A force de tourner sur eux-mêmes, le monde de la finance et les règles mathématiques qui le régissent n’ont plus le moindre sens.

Le monde de la finance vit sur une erreur, il croit que le risque a disparu , non il n’ a pas diparu, il est transféré à l’assureur suprême de dernier ressort: le couple Banque Centrale/Tresor Public.

La Banque Centrale est une banque comme les autres, elle peut faillir, elle peut subir un run, c’est à dire que l’on peut refuser son papier; le Trésor Public est un agent économique comme un autre, ses ressources sont limitées par la capacité contributive des citoyens du pays concerné.

Je soutiens que la diversification chère aux gérants de portefeuille est un leurre: il n’y a plus de diversification, tout a le même sous jacent, tout est corrélé.

La seule chose que nous pouvons dire sur les marchés est que leur comportement est devenu extrêmement corrélé.

Les prix baissent et montent tous en même temps, et plus rapidement que dans le passé.

Comme disait l’économiste Charles Rist : « Tout ce que je sais c’est qu’ils varient. »

Les praticiens et théoriciens des marchés assimilent le risque à la volatilité – et à ce titre, donc, ils prétendent le mesurer, ils affirment mesurer le non mesurable.

Assimiler le risque à la volatilité du marché financier c’est assimiler l’incertitude du réel à la volatilité des réactions qu’elle provoque; c’est mesurer le risque réel par sa perception mieux encore, par les réactions à sa perception.

Il y a trois choses distinctes; le risque dans le réel, la perception ensuite et enfin la traduction en mouvements sur les marchés et la théorie moderne nous dit; tout cela c’est la même chose!

Aujourd’hui, les cadres d’investissement basés sur la volatilité sont omniprésents.

Le risque de portefeuille est mesuré à l’aide de modèles de valeur à risque (VAR), qui sont des tentatives de capturer la volatilité d’un portefeuille et de quantifier des pertes probables avec divers degrés de confiance statistique, sous réserve d’hypothèses sur les corrélations et les distributions de rendement.

Tout le monde utilise les mêmes outils intellectuels, les mêmes concepts – aussi bien les agents financiers et bancaires que ceux qui sont censés les contrôler et surveiller. Voila le point important que je veux vous faire passer; tout le monde utilise les mêmes outils intellctuels: il n’y a pas diversité des prises de  décision. Autrement dit, tout le monde est du même côté du bateau.

Il n’y a pas d’observateurs extérieurs qui verraient les choses de Sirius et ainsi appréhenderaient la fausseté de la pensée dominante en matière de monnaie et de finance.

Tout le monde est dans la bouteille comme les mouches, tout le monde habite l’asile, aussi bien les fous que les psychiatres.

Des modèles rassurants

Le fait de mesurer et de mettre en modèles rassure et élimine en quelque sorte l’incertitude : elle devient maîtrisée, on la choisit, on choisit son profil de risque. Comme si cela était possible !

Mais on y croit! Pourquoi ? Parce que, lorsque le risque se présente, comme ce fut le cas fin mars 2020, les autorités interviennent et absorbent le risque, elles se mettent en face. Il n’a pas disparu, non,  il est masqué étouffé par l’intervention des assureurs suprêmes:  Banque Centrale et Gouvernement.

Partout, les investisseurs sont encouragés à définir leur « profil de risque ». Cela se traduit par la construction de portefeuilles qui tentent de cibler les différents niveaux de volatilité : les personnes âgées peu enclines à prendre des risques sont encouragées à investir dans des fonds moins volatils… les jeunes professionnels à risque sont encouragés à remonter le spectre de la volatilité, à monter, comme on dit, dans l’échelle du risque.

L’industrie de l’investissement professionnel dans le monde est obsédée par la volatilité. La volatilité est intégrée au marketing financier. L’absence de volatilité, présentée comme absence de risque, sert à placer du papier, sert à faire avaler du papier aux gogos que sont tous, tous les intervenants. Les theories en viguer ont transformé tous les investisseurs sauf une poignée, en gogos.

Les gestionnaires de risques fondent leurs processus de décision sur la volatilité, les investisseurs institutionnels veulent des cibles de volatilité, le secteur privé et le régulateur utilisent la volatilité comme objectif à travers lequel ils croient que tout est capturé.

Quand j’étais actif en Bourse, seule une poignée d’investisseurs parlaient de volatilité. L’indice VIX lui-même n’a été lancé qu’en 1993. Malgré ce qui se passait dans les départements des grandes écoles de finances du monde, les praticiens appréhendaient le risque très différemment des mathématiciens. Ils observaient encore le monde réel.

On avait peur des cycles du profit, des cycles des taux, des événements politiques, sociaux, etc. La valeur des actifs s’établissait au travers des oscillations, des hauts et des bas – et ainsi se dessinait une sorte de valeur moyenne plus ou moins proche de la valeur dite fondamentale.

On passe désormais outre

Maintenant, quelles que soient les catastrophes, on reste serein et si cela baisse on achète immédiatement sur la baisse : « buy the dip » !

Les temps ont changé ; le risque concret, réel, a disparu des raisonnements. On passe outre à tout !

Le risque est remplacé par sa mesure, laquelle est une prophétie qui se réalise d’être crue : si les marchés ne réagissent plus aux événements négatifs, alors la volatilité est faible… et donc on déclare que la volatilité étant faible, le risque lui-même est faible – CQFD !

Il n’y a plus de risque parce que les mesures du risque qui servent de guide à l’investissement nous disent qu’il n’y en a plus – et il n’y en a plus par le miracle de la tautologie. Les signes du risque, la volatilité de type VIX, ont remplacé les risques réels. Le monde des signes sert d’auto-référent, il évacue le réel. A force de tourner sur lui-même, le monde mathématique imaginaire a évacué ce qu’il était censé mesurer.

Avant, presque tous les grands investisseurs considéraient les fluctuations des prix du marché comme sources d’opportunité. Certains comme Benjamin Graham ou Warren Buffett en faisaient le fondement même de leur méthode d’investissement.

Maintenant, il n’y a plus d’opportunités. La seule chose à faire, c’est d’acheter les indices, de faire de l’investissement passif, moutonnier. Bref, cela revient à nier le risque.

On imite, on réplique. C’est la négation à la fois de la sélectivité de l’analyste et du timing du stratège ! C’est la négation de l’affectation, de l’allocation efficace du capital – c’est l’amplification des aberrations, c’est le marché actuel qui va de record en record quelles que soient les nouvelles.

A suivre…

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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